Olivia
Le plafond pèse sur moi. Ce n'est plus une simple impression, c'est une certitude, une fatalité. Comme s'il attendait le moment parfait pour s'effondrer et m'enterrer vivante sous les décombres. Mais ce ne serait pas juste le plafond. Ce serait tout. L'univers entier, prêt à imploser.
Et peut-être que c'est ce qu'il faut. Peut-être que tout devait finir ainsi. Peut-être qu'ils avaient raison depuis le début, tous ces gens avec leurs vérités crues et leurs jugements tranchants. Peut-être que le monde, ma vie, tout est censé se fracasser. C'est toujours comme ça, non ? Chaque histoire, chaque relation, chaque foutue fin. Je devrais être rodée à force. Insensible.
Rien ne devrait m'atteindre. Et pourtant... ça m'atteint. Encore. Toujours.
La mort. Elle m'accompagne depuis si longtemps que j'en suis presque venue à la considérer comme une vieille amie. On se connaît par cœur, elle et moi. Chaque matin, je l'accueille comme on accueillerait un invité envahissant : un baiser rapide pour la forme, une poignée de main pour les services rendus, et un crachat pour tout ce qu'elle a détruit.
Elle est là, présente, constante, perfide. Elle coule dans mes veines et glisse sous ma peau. Elle fait partie de moi. Un parasite que je nourris malgré moi.
Je joue avec elle depuis une éternité. Un jeu où personne ne gagne jamais : sauf elle. Je connais son odeur, cette puanteur acide qui s'infiltre partout, qui s'accroche aux murs, aux vêtements, à l'air que je respire. Je connais la froideur de son toucher, cette caresse glacée qui s'immisce jusque dans mes os.
Et parfois, l'envie me prend de la suivre. Juste pour voir. Juste pour que ça s'arrête. Mais l'envie de la détruire est encore plus forte. Qu'elle souffre, qu'elle ressente au moins une fois ce que je ressens. Qu'elle se brise, comme moi.
J'ai l'impression qu'on m'a arraché le cœur à mains nues, qu'on l'a laissé saigner à blanc sur le sol. Mes poumons sont enfermés quelque part, dans un lieu sombre et sec où rien ne pousse, où rien ne vit.
Tout semble mort. Moi, je suis morte à l'intérieur.
Suffocante dans ma propre peau, prisonnière d'un corps que je ne reconnais plus. Je voudrais tout arrêter. Que le monde s'arrête. Que la douleur s'éteigne enfin. Juste... un moment de silence.
Mais non. Rien ne s'arrête. Rien. Les images tournent en boucle, encore et encore. Un supplice sans fin. L'odeur du sang, le froid du métal, la vision du vide. C'est imprimé sous mes paupières, gravé dans le creux de ma poitrine. Chaque fois que je ferme les yeux, je revois la scène. Plus nette, plus cruelle. Ça ne disparaît jamais. C'est là, pour toujours.
Je pose une main tremblante sur mon ventre, comme si ça pouvait soulager le poids écrasant qui y réside. Ridicule. Si seulement les choses étaient aussi simples. Mais elles ne le sont jamais. Pas pour moi. Jamais pour moi.
J'aimerais juste un peu de répit. Qu'on me foute la paix. Être vide, enfin. Apathique, insensible. Devenir cette personne glaciale que les autres voient déjà en moi. Ne jamais avoir existé. Voilà ce que je veux. Ne pas avoir à vivre cette mascarade, cette farce qu'on appelle la vie.
Je me redresse lentement. La couverture glisse au sol, comme un fantôme qui m'abandonne. Mon regard se perd dans la pièce. Les vêtements pliés avec soin, les cadres photos sur les étagères, les fausses plantes dans le coin, les jeux vidéos rangés sous la télévision, la boîte de bonbon ouverte sur la table basse.
Tout semble si faux. Comme si je m'étais réveillée dans un décor de théâtre. Un monde parallèle où je suis encore debout, alors qu'elle ne l'est plus. Ça aurait dû être moi. Ça aurait toujours dû être moi. C'est moi qui mène une vie dangereuse. Moi qui joue avec la mort, pas les autres. Pas elles.
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Coupable
RomanceTome 2 de "Condamnation" Olivia Medina Rosales, princesse de l'Ordre - une organisation criminelle redoutée - est réputée pour sa beauté glaciale et son esprit impitoyable. Dirigeant d'une main de fer le secteur opérationnel de l'organisation, elle...
