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Olivia

    Quand je passe la porte de l'appartement de mon frère, je sais déjà que ce ne sera pas une scène tranquille. Peu importe le temps que je prends à me préparer, il ne me faut jamais bien longtemps pour voir que quelque chose ne va pas. Ce dont je suis certaine c'est que la rumeur de mon coup de sang a déjà fait le tour de l'Ordre, ce que j'ignore, c'est ce que me réserve ma famille.

    Mais Marco et moi, on se connaît trop bien. Il doit être fou de rage.

    Il faut aussi dire que les événements récents ne m'aident pas. Il paraît que Gabin s'est évaporé dans la nature après le désordre chez les West et je lui laisse quelques heures avant de me prévenir qu'il va bien. Enfin, s'il n'est pas mort. Je secoue la tête pour éviter de penser à cette éventualité qui me glace le sang.

    Si l'un de mes proches compte mourir dans les prochains jours, je lui demanderais d'attendre encore un peu. Surtout Gabin. S'il pouvait partir dans 70 ans, dans un sommeil paisible, ça m'arrangerait.

    Mattéo, comme d'habitude, se fond dans mon ombre, sans bruit. Je n'ai même pas à lui demander de me suivre, il le fait. Il suit mon rythme et mon silence. Parce que lui, il connaît la situation. Il a vu ce qu'il s'est passé, il a compris.

    Quand on entre dans le salon, le tableau est déjà cruellement posé devant moi. Marco est assis dans le canapé. Il se tient la tête entre les mains, la bouteille de whisky à portée de main, déjà à moitié vide. Mes frères ne sont pas de gros buveurs d'alcool – contrairement à moi. Gabin déteste le goût et la perte de contrôle que ça peut impliquer. Marco ne supporte pas la désinhibition et les démons que ça fait ressortir chez lui.

    Ses yeux se lèvent enfin, sombres et perçants. Le regard de Marco a toujours eu cette intensité. C'est maintenant que la tempête éclate. Il n'a pas encore parlé, mais l'air entre nous craque déjà. Il se redresse.

    L'odeur du whisky, du chagrin et du venin flotte dans la pièce.

    – Qu'est-ce que t'as encore foutu ?

    Ce sont les premiers mots qu'il me balance. C'est tout. Juste la force brute de sa voix qui fait frissonner.

    – Laisse-moi t'expliquer.

    Je m'avance et mon regard foudroyant rencontre le sien. J'ai déjà fait le deuil de ce que j'attends de lui : mon grand frère compatissant. Il ne sera jamais ce frère-là aujourd'hui, je le sais. Mais je dois parler. Je doit me défendre.

    – Tu penses quoi, hein ? tonne-t-il en se levant. Que c'était la solution, peut-être ? On perd Lila et tu t'attaques à un putain de gang complet ! Tu veux vraiment que je te dise que tout ça, c'est acceptable ! Que tu m'expliques la fierté d'avoir massacré tout ce monde-là juste parce qu'ils t'ont enfoncé un couteau dans le cœur ?

    Les mots de Marco me frappent, forts et aiguisés. Mais je restes stoïque et immobile.

    – J'ai fait ce qu'il fallait. Oui, j'ai massacré ce putain de gang. Et non, je ne regrette rien. Parce qu'ils étaient responsables. Mais pas seulement pour Lila. C'est pas comme si c'était la première fois que l'Ordre avait un problème avec eux.

    Marco s'approche d'un pas lourd, l'air enragé et dévasté.

    – Quoi ? T'es fière de toi ? Tu parles comme ça parce que tu crois que tout ça va changer quelque chose ? T'as tué des hommes pour rien ! On est tous en deuil, mais tu penses vraiment que leur mort effacera notre douleur ? Tu crois que c'était justifiable ? Tu le penses vraiment ?
    – Justifiable... Ça ne l'est jamais. Mais je l'ai fait pour Lila, pour l'Ordre, et aussi pour nous. Pour cette fois où nous étions plus forts, plus prêts que ces merdes qui nous ont trahis.

CoupableOù les histoires vivent. Découvrez maintenant