Gabin
Le grincement des portes du camion résonne encore à mes oreilles quand je touche le sol de l'entrepôt, les muscles tendus comme des câbles. Jenna avait raison : l'endroit est immense. Une véritable symphonie d'acier, de béton et de lumière crue. Je me fonds dans les ombres.
– Gabin, souffle Jenna. À trois heures, un conteneur en forme de U. Passe par là, ça te donnera une vue sur la zone de stockage. Et reste bas.
Je hoche la tête, même si elle ne peut pas me voir. Pas besoin de répondre : elle sait que je l'ai entendue.
Je m'avance, plié en deux, le bruit de mes pas étouffé par les tapis roulants et le ronronnement des machines. Le décor a des airs de prison industrielle.
– Comment ça va avec Jerem ? demandais-je sans pouvoir m'en empêcher
J'ai besoin de savoir comment il se débrouille, mais pas trop. Je dois me concentrer, mais j'ai aussi besoin de savoir que ça ne pète pas à l'autre bout.
Le silence dans l'oreillette me donne l'impression de perdre une seconde sur la mission. Un soupir rauque finit par répondre – et je reconnais celui d'Aaron. Est-ce que Jenna vient de me lâcher ou je rêve ?
– Il s'en sort, me répond platement Aaron. Vraiment, il gère. Mais arrête de penser à lui. Focalise-toi sur ton objectif.
Je souris parce qu'il n'a pas tort. Je secoue la tête – chassant mes préoccupations – et reprends ma progression à travers un réseau de caisses métalliques et de filets lumineux.
Dans l'ombre, j'avance jusqu'à ce qu'une porte vitrée attire mon attention. Il y a des personnes à l'intérieur. Impossible de savoir de quoi il s'agit, mais l'odeur et l'ambiance aseptisée me donnent un frisson. Des silhouettes perdues dans le froid d'une cellule. Ils semblent là mais comme emprisonnés dans un silence imposé.
Je me glisse derrière l'angle du bâtiment, m'accroupissant derrière une pile de caisses. Je n'ai pas le choix : je dois savoir ce qu'il se passe ici. Prudemment, je déballe mon appareil miniature. Un petit truc électronique, indétectable à l'œil nu, mais parfait pour l'espionnage.
Je capture des images rapides à travers la vitre, analysant les visages pâles et perdus. Des tests, des patients, des cobayes. Je cligne des yeux. Ce que je cherche n'est pas ici, mais je me fais la promesse de trouver une solution à ce qu'il se trame dans cet endroit.
Juste des expériences de plus, mais ça me donne la nausée.
– Rien dans cette section. Je continue-
Un bruit et je m'immobilise.
Le sol gronde sous des pas lourds et des ombres se dessinent dans la lumière crue. Des gardes en patrouille. J'ai juste le temps de me cacher dans la pièce à côté : un hangar relié aux autres par des escaliers en colimaçon menant aux étages inférieurs.
– Gabin, attends ! relance Aaron dans l'oreillette, même s'il sait qu'il me parle dans le vent. Approche, tu pourrais bientôt être sur la bonne piste.
Je m'exécute sans broncher, mais sa voix aiguisée agace un peu mes sens. Pourtant, je l'écoute avec discipline.
Alors que je m'approche de la zone indiquée, des voix attirent encore mon attention. Trois hommes, en uniforme noir, discutent devant un chariot roulant surchargé de matériel. Mais ce n'est pas le chariot qui attire mon regard : c'est elle.
Amalia.
Elle est inconsciente, les cheveux tombant en mèches sombres sur son visage pâle, tandis que l'un des hommes agrippe fermement ses poignets. Ses pieds traînent sur le sol comme ceux d'un pantin désarticulé.
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Coupable
RomanceTome 2 de "Condamnation" Olivia Medina Rosales, princesse de l'Ordre - une organisation criminelle redoutée - est réputée pour sa beauté glaciale et son esprit impitoyable. Dirigeant d'une main de fer le secteur opérationnel de l'organisation, elle...
