34

302 23 61
                                        

Jeremy

    J'ajuste le col de ma chemise blanche grâce à mon reflet dans le miroir, une fois, deux fois. Comme si un bout de tissu bien placé allait pouvoir cacher le chaos que j'ai dans la tête. Je sais pourquoi je vais à ce dîner, et ce n'est pas pour le plaisir d'entendre les anecdotes semi-douteuses des collègues de ma mère.

    Trouver la taupe. Voilà mon objectif. Tout le reste, la bouffe, les rires forcés, c'est du bruit de fond.

    La sonnette me fait sursauter. Ça doit être Martin. Je prends une grande inspiration, enfile ma veste noire et descends rapidement.

    En bas, la silhouette massive de Martin m'attend, adossée à sa voiture. Une vieille berline noire qui, comme lui, donne l'impression qu'elle pourrait traverser un mur sans broncher. Martin a toujours ce sourire qui semble dire : "T'inquiète pas, j'ai tout sous contrôle."

    Je me rends compte que depuis que je suis gosse, il a toujours été là. Pas juste comme le partenaire de ma mère, mais comme une sorte de figure paternelle par intérim.

    – T'es élégant, petit gars, dit-il en me détaillant d'un regard moqueur mais bienveillant. T'essayes d'impressionner quelqu'un du bureau ?

    Je roule des yeux en grimpant dans la voiture.

    – J'espère que les lasagnes de Louise me trouveront sexy.

    Il éclate de rire en s'installant derrière le volant. Ce rire grave et chaleureux, c'est une constante avec lui. Une sorte de grand frère géant qui sait comment te mettre à l'aise, même quand t'as un plan foireux en tête.

    Le trajet se fait dans une ambiance paisible. Martin, fidèle à lui-même, démarre une conversation légère.

    – Alors, les vacances, ça va ? T'as l'air de sortir pas mal en ce moment.
    – Ouais, ça roule, mentis-je, les yeux rivés sur le paysage qui défile. Et toi, toujours à jongler avec les dossiers pour maman ?
    – Elle me fait courir partout, comme d'hab.

    Il me lance un regard en coin, souriant.

    – Mais t'as hérité de ça, non ? Vous êtes tous les deux pareils : un peu bornés, mais tellement autoritaires qu'on peut rien vous refuser.

    Je ricane, mais l'idée de ressembler à ma mère me serre un peu le cœur. Pas parce qu'elle est pas géniale – elle l'est, c'est clair. Mais parce qu'elle serait probablement dévastée si elle savait ce que je mijote depuis plusieurs jours.

    On arrive rapidement chez Louise, une des inspectrices de l'office. Sa maison est modeste, mais accueillante, nichée dans une rue calme. Des guirlandes lumineuses serpentent autour de la terrasse, et l'odeur de viande grillée flotte dans l'air. Ça a tout l'air d'un dîner de potes, pas d'un repaire potentiel pour un traître.

    Martin gare la voiture et m'attrape par l'épaule avant qu'on entre.

    – Détends-toi un peu, Jerem. Personne te juge ici. C'est juste une soirée pour décompresser.

    Je hoche la tête avec un sourire forcé. Si seulement c'était aussi simple.

    À l'intérieur, l'ambiance est déjà bruyante. Louise nous accueille avec une bière à la main et un sourire qui aurait pu faire fondre un iceberg. Les conversations fusent de tous les côtés, des rires éclatent. C'est le genre de soirée où tout le monde s'efforce d'oublier qu'il a passé la journée à côtoyer des rapports de meurtres et des criminels en liberté.

CoupableOù les histoires vivent. Découvrez maintenant