Mirage
Putain de merde. Cette Lame Maudite me doit au moins un salaire entier, voire une putain de prime de dangerosité pour tout ce que je fais pour lui. Sérieusement, je suis pas une baby-sitter de luxe et encore moins une assistante sociale pour gamins en crise existentielle qui décident de disparaître sans prévenir.
Heureusement que personne ne m'avait sollicité pendant tout ce cirque avec l'Oracle. Courir aux quatre coins de la ville pour dénicher des indices mythologiques ? Je ressemble à Indiana Jones, peut-être ? Bordel, je suis chasseuse de primes, pas guide touristique pour illuminés en quête de vérité spirituelle.
La seule chose qui aurait pu être vaguement divertissante – et j'insiste bien sur le "vaguement" – c'était Boucle d'Or numéro 1 et numéro 2. Ces deux têtes brûlées avec leur manie de toujours vouloir avoir raison me rappellent furieusement l'époque où Renard et moi on traînait nos gueules sur des missions d'infiltration bien trop risquées pour ce qu'on était censés être payés.
Maintenant, je n'ai plus que des souvenirs en guise de compagnon, et quelques vieilles fringues qui traînent dans l'appart. Faudrait sûrement que je fasse mon deuil correctement, mais entre nous, j'ai pas vraiment le luxe de me vautrer dans la mélancolie.
L'Ordre commence à puer sévère, et chez les Ombres, on sait qu'on ne peut compter que sur nous-mêmes. On a jamais vraiment été une équipe – et encore moins une famille. Travailler ensemble, se serrer les coudes ? Heureusement qu'on a jamais dû jouer aux agents soudés, ça aurait été un massacre.
As et Caméléon, eux, ont toujours fonctionné en binôme : l'arrogance d'un gamin insupportable sous la surveillance de sa grande sœur blasée. Trouver l'un, c'est trouver l'autre. Simple, efficace, et surtout, ça m'évite de leur courir après.
Renard et moi, c'était un peu pareil. Il était manipulateur, égoïste, mesquin et foutrement susceptible, mais putain, je l'aimais. Comme un frère, un partenaire, quelqu'un qui ne m'a jamais laissée tomber. Je revois encore sa tronche fermée quand la Princesse lui passait un savon et son sourire charmeur quand elle venait quémander un service. Sincèrement, je suis étonnée que ce ne soit pas elle qui l'ait envoyé six pieds sous terre. À sa place, je lui aurais déjà arraché les ongles pour les lui planter dans les orbites.
Et puis, y'a l'Épée. Ce foutu gamin solitaire qui s'est imposé chez nous sans qu'on ait vraiment notre mot à dire. Quand la Princesse l'a ramené, on a tous pigé qu'on allait devoir lui obéir, et franchement, je me demande encore comment il a réussi à prendre une telle place. Y'a du sang sur ses mains, c'est certain, et pourtant, toutes les Ombres semblent prêtes à le suivre aveuglément.
Tout le contraire de Cobra. Ce vieux débris était une ordure finie, un connard comme on en fait peu. Peut-être que certains vont le pleurer, peut-être que la Patronne va galérer à lui trouver un remplaçant. Moi ? Son cadavre ne m'empêchera pas de dormir, et encore moins de boire un verre pour fêter ça.
Quant à l'Oracle... lui, il va me falloir un moment avant de le comprendre. Ce qui est sûr, c'est qu'il a une confiance absolue en lui. Il affirme ses positions et il sait comment survivre dans notre monde. Et rien que pour ça, il mérite peut-être que je garde un œil sur lui.
Le parking de l'hôtel pue la pisse et la sueur rance. L'endroit parfait pour des affaires merdiques. Je descends de la voiture et jette un coup d'œil aux néons fatigués qui grésillent au-dessus de l'entrée. Si ce bâtiment avait une gueule, ce serait celle d'un vieux boxeur fatigué qui encaisse les coups sans broncher mais qui sait que son dernier round approche.
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Coupable
RomanceTome 2 de "Condamnation" Olivia Medina Rosales, princesse de l'Ordre - une organisation criminelle redoutée - est réputée pour sa beauté glaciale et son esprit impitoyable. Dirigeant d'une main de fer le secteur opérationnel de l'organisation, elle...
