Mattéo
– Ça va aller ?
Oli ne prend même pas la peine de répondre avec des mots. Son hochement de tête est sec. Elle est tendue comme une corde prête à rompre, chaque muscle de son corps semblant au bord de la rupture sous une pression invisible. Mais ce n'est pas de la peur. Pas de l'hésitation. C'est autre chose. Une énergie brutale, une rage contenue qui brûle derrière son regard d'acier.
Hier encore, quelque chose en elle a changé.
L'instant où elle a ouvert cette enveloppe, tout s'est figé. Elle a su. Elle a enfin mis un nom sur la taupe qui nous ronge de l'intérieur. Mais elle n'a rien dit. Ni à moi. Ni aux Ombres. Pas même à Simon. Pas même à sa propre mère.
Elle s'est contentée d'un silence glacial. Et elle nous a tous mis à la porte, sans discussion possible.
Simon a guidé As et Caméléon vers la sortie d'un simple regard entendu. Moi, je suis resté. J'ai refusé de bouger, comme si ma présence silencieuse pouvait lui apporter un semblant de réconfort.
Je me suis assis sur le canapé, dans cet appartement devenu un mausolée. J'ai attendu. Longtemps.
Au début, il n'y avait que le vide. Un silence si total que j'ai un instant cru qu'elle s'était volatilisée, qu'elle avait fui dans la nuit sans un bruit. Mais non. Elle était toujours là.
Puis, soudain, le chaos.
Un meuble a raclé le sol. Un objet s'est fracassé contre un mur. Puis un autre. Et encore un autre. Des coups sourds ont résonné, violents et précipités. J'entendais sa colère vibrer à travers chaque impact, chaque respiration trop rapide.
J'aurais pu intervenir. J'aurais pu frapper à la porte, tenter de la raisonner. Mais je ne l'ai pas fait.
Parce qu'au fond, je savais qu'elle avait besoin d'exorciser cette rage, ce dégoût, cette douleur. Elle devait hurler en silence, briser quelque chose de tangible pour ne pas se briser elle-même.
Puis le silence est retombé. Un silence plus terrible encore que le fracas.
Et alors, je l'ai entendue pleurer.
Des sanglots rauques et étranglés. Pas de la tristesse. Pas seulement. C'était un mélange amer de rage, d'injustice et de trahison. Un son que je n'oublierai jamais.
Je me suis levé d'un geste mécanique et je suis allé m'enfermer dans la cuisine. Parce que je savais qu'elle ne voudrait pas d'un témoin. Parce que je savais qu'elle m'aurait haï s'il elle m'avait vu.
Et ça me tue. Ça me ronge de savoir qu'en toutes ces années, elle n'a jamais autant pleuré que ces dernières semaines.
Mais malgré tout, malgré cette douleur qui lui brise le cœur et l'esprit, elle tient bon. Elle se redresse. Elle avance.
Alors oui, ça me démange de savoir qui est cette taupe. De mettre un nom, un visage sur cette trahison. Mais plus que tout, je choisis de lui faire confiance. Parce qu'Oli sait ce qu'elle fait. Et parce que quand elle frappera, elle ne ratera pas sa cible.
Les figures les plus influentes de l'Ordre pénètrent dans la salle de réunion, une à une, avec la solennité de ceux qui savent que la nuit sera décisive. Leurs Bras Droits les suivent de près, visiblement soulagés de retrouver leurs véritables supérieurs après des jours d'incertitude. Parmi eux se glissent quelques subordonnés de confiance, mais aussi des clients influents et des chefs de gangs sous notre coupe, venus témoigner leur allégeance ou réclamer des comptes.
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Coupable
RomantiekTome 2 de "Condamnation" Olivia Medina Rosales, princesse de l'Ordre - une organisation criminelle redoutée - est réputée pour sa beauté glaciale et son esprit impitoyable. Dirigeant d'une main de fer le secteur opérationnel de l'organisation, elle...
