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Jeremy

    La lumière du matin filtre à travers les rideaux jaunis, et je me demande vaguement s'ils ont été blancs un jour. La salle de petit-déjeuner du motel a tout du cliché : des tables bancales recouvertes de nappes en plastique, un distributeur de café qui émet des bruits inquiétants, et des clients qui semblent aussi fatigués que l'endroit lui-même.

    Je suis assis en face de Gabin, un café tiède devant moi, et il me rend dingue.

    Pas parce qu'il est là, parfaitement calme, comme si on n'avait pas fui en pleine nuit d'un bordel sanglant. Non, c'est parce qu'il est là, et qu'il est parfait. Ses cheveux sont en bataille juste assez pour paraître sexy sans effort, sa chemise est un peu froissée mais toujours mieux ajustée que tout ce que je pourrais porter, et il a ce foutu sourire à moitié effacé sur ses lèvres.

    Je le déteste. Et je veux l'embrasser. Parfois, je pense que je pourrais faire les deux en même temps.

    Il boit une gorgée de son café, puis lève enfin les yeux vers moi.

    – Tu comptes me faire la tête encore longtemps ? demande-t-il d'une voix douce mais avec cette pointe de défi qui m'irrite autant qu'elle m'attire

    Je pince les lèvres, refusant de répondre immédiatement. Il continue.

    – Sérieusement, Jey', si t'as quelque chose à dire, dis-le. Ou alors, prends un autre café, parce que là, t'es juste grognon.

    Je le fixe, mes doigts serrés autour de ma tasse. Grognon ? Il se fout de ma gueule ? J'ai était kidnappé, bordel ! Enfin, pas complètement, mais l'idée principale était bien celle-ci.

    – Je ne te fais pas la tête.

    Il arque un sourcil, son sourire s'étirant légèrement.

    – Ah, d'accord. Donc tu ne me fais pas la tête. T'es juste là, à bouder dans ton coin, parce que... ?
    – Parce que tu fais n'importe quoi ! rétorquais-je un peu plus fort que prévu

    Le vieux type avec son chien minuscule se tourne vers nous et je lui offre un sourire désolé. Gabin repose sa tasse, croise les bras, et se penche légèrement vers moi.

    – Voilà. On y est.

    Je sens mon cœur tambouriner dans ma poitrine, mais je refuse de baisser les yeux.

    – Tu nous embarques dans je-ne-sais-quoi, tu donnes des ordres comme si on était tes soldats, et tu ne prends jamais deux secondes pour te poser et réfléchir !

    Son sourire s'efface, remplacé par une expression plus dure et plus sérieuse.

    – Parce que si je prends le temps de réfléchir des gens meurent. Tu veux qu'on discute stratégie ? Très bien. Mais la prochaine fois qu'un type comme Jäger pointe le bout de son couteau, t'iras négocier avec lui pendant que je reste assis, c'est ça ?

    Sa réponse me coupe le souffle, et pendant une seconde, je ne trouve rien à dire. Je déteste qu'il ait raison. Et je déteste qu'il sache qu'il a raison.

    – Je t'ai demandé de ne pas insisté avec la taupe, continue-t-il. Et tu ne m'as pas écouté, comme d'habitude.
    – Je ne savais pas que je devais faire tout ce que tu me demandais.
    – J'essayais de te protéger !

    Cette fois, c'est la femme d'affaires rivée à son ordinateur portable qui relève la tête sur nous. Gabin baisse d'un ton et se penche encore un peu plus vers moi – et son parfum me fait l'effet d'une piqure de rappel douloureuse.

CoupableOù les histoires vivent. Découvrez maintenant