Gabin
J'ai un plan.
Toujours. C'est une règle.
Un Gabin sans plan, ce serait comme une pizza sans fromage, ou un Jerem sans sa beauté : un non-sens absolu.
Et avant que quelqu'un ne demande : oui, ce ranch perdu au milieu de nulle part – avec ses chevaux qui sentent la sueur et ses oliviers à l'agonie – fait partie du plan. C'est même le plan C. Le plan de secours du plan de secours, celui que je garde sous le coude pour les situations compliquées.
Ce qui se passe actuellement ? Prévus depuis longtemps.
Vous pensez que cette ambiance ranch-dans-le-soleil-couchant est un coup de bol ? Qu'on a atterri ici par la force des choses ? Non, bien sûr. J'avais tout anticipé : jusqu'aux brindilles dans le foin et à l'odeur de cuir usé.
Alors pourquoi ça ressemble à une tentative désespérée ? Bonne question. Je suppose que c'est l'illusion que j'entretiens : faire croire que je coule alors que je maîtrise chaque courant sous la surface. C'est mon style.
En parlant de style, parlons d'Aaron. Monsieur le héros du chaos reconverti en homme des cavernes. Il joue parfaitement son rôle, d'ailleurs : regard profond, mâchoire carrée, mains calleuses qui dégagent une énergie de "je travaille dur mais j'écris aussi de la poésie à mes heures perdues".
Clairement, je l'ai gardé dans ce plan pour l'élément dramatique. Lui, sa zenitude, et son ranch rustique sont les parfaits éléments du décor. Mais pas de la solution.
Parce que soyons clairs : Aaron a peut-être trouvé la paix ici – loin des responsabilités – mais moi, je suis à des années-lumière de pouvoir poser mes problèmes dans un enclos et leur dire d'être sages.
Le chaos, c'est ma zone de confort. Organiser ce chaos, c'est mon art.
À quelques mètres de là, Jenna éclate de rire, son sourire éclatant sous la lumière dorée. En cet instant précis, je sais qu'elle est là pour une raison aussi simple qu'elle : être le vent léger qui apaise la tempête dans laquelle je navigue.
Mon regard s'attarde sur Jerem, adossé à la barrière de l'enclos. Ses cheveux tombent devant ses yeux et il les remet parfaitement en place derrière ses oreilles. Son sourire a le pouvoir de perturber mes calculs pendant quelques secondes. Je cligne des yeux en me forçant à me détourner.
Tout est calibré. Le ranch, l'atmosphère, les oliviers, la tension entre lui et moi. Parce qu'un bon plan, c'est comme un bon plat : il faut du temps pour que les saveurs se mélangent parfaitement.
Et puis – soyons honnêtes – je ne laisse jamais rien au hasard. Je sais exactement comment cette histoire va se dérouler. Les variables sont nombreuses, oui, mais elles sont toutes sous contrôle.
Peut-être qu'Oli dirait que c'est de l'arrogance. Moi, j'appelle ça de l'assurance. Elle explose. Moi, je calcule. C'est comme ça.
Alors oui, mes pensées peuvent sembler désordonnées, mais elles ne le sont pas. Mes plans ? Du béton armé. Quand tout cela sera terminé et que tout le monde comprendra à quel point chaque détail était calculé, peut-être que quelqu'un osera dire : "Finalement, Gabin avait raison."
Spoiler : c'est évident.
– Comment va ta sœur ?
Je relève la tête en entendant la voix d'Aaron. Il s'installe à table avec moi, posant un plateau de citronnade et de biscuits sucrés entre nous.
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Coupable
RomansaTome 2 de "Condamnation" Olivia Medina Rosales, princesse de l'Ordre - une organisation criminelle redoutée - est réputée pour sa beauté glaciale et son esprit impitoyable. Dirigeant d'une main de fer le secteur opérationnel de l'organisation, elle...
