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Olivia

Ma patience a des limites – et elles sont mises à rude épreuve. Du bout du doigt, je parcours les lignes de transactions bancaires, comme si l'une d'elles allait soudain s'illuminer et m'indiquer le nom de cette petite salope de taupe.

S'il était encore en vie, l'homme qui a viré mon argent aurait eu tout le temps de regretter son audace. Mais il est six pieds sous terre, avec un trou dans la tête. Et même si j'ai encore des doutes sur la main qui a appuyé sur la gâchette, je sais parfaitement qui a couvert ses arrières auprès des autorités.

Un râle douloureux interrompt mes pensées. Mes yeux quittent l'écran de mon téléphone et se posent sur Martin Perret, ou du moins sur ce qu'il en reste. Il est attaché à une chaise, le torse à moitié nu, marqué de bleus et d'entailles superficielles. Il serre les dents, tente de garder contenance, mais son souffle court trahit la douleur qui le ronge.

Moi, j'ai toujours fière allure. Assise dans mon coin, mes escarpins vernis contrastent avec le sol en béton souillé. Mon costume impeccablement taillé ne porte aucune trace du chaos ambiant. J'ai choisi de rester en retrait et d'observer. Après tout, ce n'est pas moi qui mets les mains dans le cambouis – du moins, pas encore.

L'endroit est exigu, cloîtré sous des murs en béton brut. Quelques ampoules dénudées diffusent une lumière blafarde, accentuant les ombres inquiétantes qui dansent sur les visages. Derrière la porte, les bruits de pas s'estompent à mesure que le reste de mon équipe s'affaire ailleurs. Ici, nous ne sommes que quatre : moi, mes deux hommes, et notre invité récalcitrant.

Lior et Gabriel sont mes hommes de main les plus fidèles, et aussi les plus vicieux. Lior, un colosse au visage taillé à la serpe, a un sourire carnassier en permanence affiché. Il est du genre à prendre son temps, à savourer chaque instant de souffrance qu'il inflige. Il a grandi dans la rue, trimballé de foyer en foyer, avant de rejoindre nos rangs il y a dix ans. Aujourd'hui, il est un de mes meilleurs atouts.

Gabriel, lui, est plus méthodique, plus discret. Ancien militaire, renvoyé pour insubordination, il s'est trouvé une seconde famille à nos côtés. Il préfère les méthodes plus subtiles : le scalpel plutôt que le marteau.

– C'est bon, tu veux peut-être un verre d'eau ? ironise Lior, une lueur cruelle dans les yeux

Perret se contente de cracher du sang sur le sol. Fier. Il n'est pas encore brisé. Ça viendra.

Gabriel, silencieux jusqu'alors, sort un couteau et le fait tourner lentement entre ses doigts. Il s'accroupit devant Perret, approche la lame de sa joue et trace une ligne invisible sur sa peau.

– Tu sais, murmure-t-il, la peau humaine est incroyablement résistante. Mais avec un peu de patience... il suffit d'un rien pour qu'elle cède.

Il appuie légèrement, juste assez pour entailler la chair sans aller trop loin. Perret tressaute, ses narines palpitent, mais il ne lâche rien. Lior, amusé, attrape la main du flic et la pose sur l'accoudoir de la chaise.

– On va voir si tu tiens toujours autant, sourit-il, en sortant un briquet de sa poche

La flamme danse, se reflète dans les pupilles dilatées de Perret. Il a beau être entraîné, il a beau être un dur à cuire, la douleur pure – celle qui s'immisce jusque dans l'os – finit toujours par faire craquer les plus résistants.

Je soupire et pose enfin mon téléphone sur mes genoux. D'un geste lent, je décroise les jambes et me redresse légèrement sur ma chaise. Ce simple mouvement suffit à capter l'attention de mes hommes.

CoupableOù les histoires vivent. Découvrez maintenant