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C'est la merde.
Mais pas le genre de merde que tu balaies d'un revers de main et que tu oublies en trois minutes. Non, c'est le gros bordel, celui qui te saute à la gorge, te retourne l'estomac et te fait réfléchir à toutes tes décisions de vie.
Là, tout de suite, je dirais que mes chances de survie doivent frôler les 10 % – mais seulement parce que je suis gentil avec moi-même. Et encore, ça inclut le scénario où quelqu'un là-haut décide de me faire un cadeau d'anniversaire en avance.
Parce que sur ces dix petits pourcents, je fais le compte de ce que je peux ne pas faire : commander des mojitos à vie, acheter enfin cette bagnole italienne que j'ai en tête, ne pas crever la gueule ouverte dans un entrepôt humide entouré de types qui réfléchissent probablement à comment rendre ma mort intéressante pour leur CV.
Franchement, je n'ai jamais autant détesté les statistiques.
Le sac en tulle qu'ils m'ont collé sur la tête commence sérieusement à me démanger. Le genre de truc que tu vois dans des tutoriels de magie à bas prix, sauf qu'ici, le tour principal consiste à savoir si je vais sortir en un seul morceau.
Pas de lapin, pas de chapeau, juste mes os en guise de mise. Et comme toujours, ça ne respire pas la victoire.
Autour de moi, les voix chuchotent. Ça murmure, ça rigole doucement. Ça fouille, aussi. Ce léger bruit métallique ? Probablement une arme qui passe d'une main à l'autre.
Allez, que celui qui veut presser la gâchette lève la main. On gagne du temps et tout le monde peut rentrer se coucher.
Mais non, ça traîne. Ils aiment bien faire durer, ce genre de types. Je ne vois rien, mais je peux imaginer le regard satisfait sur leur visage. Pas besoin d'être un génie : un beau gosse attaché sur une chaise avec un sac sur la tronche, c'est une scène qui appelle automatiquement un sourire narquois.
Et à quelques mètres derrière, il y a Mirage. Je le sais, je l'entends presque respirer. Pas de panique dans ses gestes. Juste du calcul, de la froideur, ce petit clic mécanique qu'elle a dans le cerveau quand elle décide si quelque chose mérite d'être pulvérisé ou ignoré.
Elle n'a pas bougé depuis un moment, mais je sens sa présence, comme un bloc de marbre en colère. Avec elle dans les parages, tout est toujours une question de priorité : est-ce qu'elle va décider que je mérite d'être sauvé aujourd'hui, ou bien qu'elle vaut mieux que ce foutoir ?
Hier soir, l'idée semblait brillante, et c'est bien ça le problème : à chaque fois que je pense avoir une bonne idée, je finis attaché à une chaise ou poursuivi par des hélicoptères.
Mais soyons honnêtes, ça avait bien commencé.
Une ouverture de bar. Je veux dire, quoi de plus innocent qu'un Mojito, quelques rires et deux-trois anecdotes de conduite à haute vitesse racontées avec panache ?
Même Mirage, dont l'idée de détente se situe entre "nettoyer son fusil" et "dormir avec une dague sous l'oreiller", avait daigné esquisser quelque chose ressemblant à de la détente. Et moi ? J'étais dans mon élément, évidemment. Le roi de la soirée, jouant les équilibristes entre le charme naturel et un soupçon de mauvaise foi, comme à mon habitude.
Puis elle est apparue. Une femme parfaite, calibrée pour faire oublier à n'importe qui son propre nom. Un sourire comme une flamme, juste assez pour te brûler sans avoir le temps de crier au secours.
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Coupable
RomanceTome 2 de "Condamnation" Olivia Medina Rosales, princesse de l'Ordre - une organisation criminelle redoutée - est réputée pour sa beauté glaciale et son esprit impitoyable. Dirigeant d'une main de fer le secteur opérationnel de l'organisation, elle...
