Chapitre 48 - Mathieu

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La douce lumière du début d'après-midi, s'infiltre à travers les grandes baies vitrées de la salle d'économie, mais elle ne parvient pas à percer le brouillard dans mon esprit. Mes pensées sont ailleurs, engluées dans un tourbillon constant qui s'appelle « Léa ». Depuis notre altercation dans les douches ce matin, je n'arrête pas de penser à elle, à son regard sur moi, à ses mots, nos mots... à nos corps qui étaient si proches et pourtant si loin. Son visage me revient sans cesse, celui qu'elle avait quand elle m'a laissé dehors, seul, sous la pluie, assis sur ce banc. Je voyais le combat dans ses yeux, ce tiraillement entre ses pensées. Et pourtant, rien n'a changé. Elle ne ressent pas la même chose que moi... ou, du moins, pas avec la même intensité que ce que je porte en moi.

Ce soir, tout pourrait changer. Le match, mon avenir, peut-être même ma vie. Des recruteurs seront peut-être là, assis quelque part dans les gradins, le regard acéré, scrutant chacun de mes mouvements, de mes décisions. Pour eux, avec toutes les rumeurs qui tournent autour de ma vie « parfaite », il n'y a pas de place à l'erreur. C'est simple : je ne peux pas faillir.

Les garçons sont déjà installés au fond de la salle. Marco, Maël et Lucas, fidèles à eux-mêmes, parlent fort, rigolent, se chamaillent. Leur insouciance habituelle devrait m'arracher un sourire, mais aujourd'hui, je reste là, silencieux les yeux fixés sur le tableau où Monsieur Howarton griffonne des notes que je n'ai aucune intention de lire.

— Ce soir, c'est notre heure de gloire, lance Marco en balançant sa chaise sur deux pieds. J'espère que vous êtes prêts, les gars.

— Prêts à te ramasser quand tu perdras encore le ballon ? réplique Maël, un éclat moqueur dans le regard.

— Parle pour toi, mec. Lors du dernier entraînement, c'est toi qui as raté le panier de la victoire.

Leurs rires éclatent dans la pièce, emplissant l'espace, mais moi, je ne bouge pas. Je suis pris au piège d'un tourment invisible. Une voix en moi me cris de participer, de plaisanter, de reprendre le rythme, mais une autre, plus profonde, me retient, m'empêche de faire le moindre effort. Alors, sans réfléchir, sans même comprendre pourquoi, les mots brûlent mes lèvres et se frayent un chemin jusqu'à mes oreilles, aussi faibles qu'un murmure, mais assez forts pour que les gars les entendent :

— Je crois que je suis amoureux.

Un silence brutal tombe, glacé, lourd. Les regards se tournent vers moi, incrédules, surpris. Marco est le premier à réagir, éclatant d'un rire tonitruant, comme si cette confession était une victoire qu'il attendait depuis des années.

— Dieu soit loué ! Enfin ! Il a fallu quoi ? Une décennie ?

Ses bras s'agitent, comme si mes mots étaient la fin d'un combat qu'il avait mené pour moi. Maël et Lucas rient aussi, mais leur joie ne réchauffe rien en moi. Mon visage reste figé, mon cœur lourd.

Lucas finit par calmer son rire et me fixe avec une expression qui ne me plaît pas, sérieux, presque inquiet.

— Je devrais être content pour toi, Mathews, mais franchement, je ne suis pas sûr de l'être.

Je fronce les sourcils, déconcerté.

— Pourquoi ?

— Pas pour toi. Pour elle.

Son regard se plante dans le mien, une lueur d'angoisse dans ses yeux. Je n'aime pas ce que j'y vois. Ça me dérange, mais je ne l'arrête pas.

— Écoute, commence-t-il, d'un ton posé, en se redressant sur sa chaise. Tu sais que je t'aime comme un frère, mais on ne va pas se mentir, tu es instable. Tu n'as jamais été doué pour ça, pour les histoires de cœur. Tu n'es pas du genre à vraiment... ressentir, tu vois ? Et ça, c'est dangereux.

NB LoveOù les histoires vivent. Découvrez maintenant