Je pensais que courir m'aiderait à tout oublier. Que chaque foulée allégerait un peu ce poids qui m'écrasait la poitrine. Que l'air glacial, mordant, me viderait enfin de tout ce chaos intérieur. Mais je m'étais trompée. Rien ne s'efface. Rien ne disparaît.
Et puis, je l'ai vu. Mathieu.
Je ne sais même pas comment c'est arrivé. Une seconde, je courais seule, focalisée sur le rythme de mes pas, et sur ma respiration. L'instant d'après, il était là, juste devant moi. Mon cœur manqua un battement, peut-être même deux. Une part de moi a voulu fuir, s'éloigner avant qu'il ne me voie, tourner sur une autre allée pour éviter cette confrontation. Mais c'était déjà trop tard. Nos regards s'étaient déjà croisés. Impossible de faire marche arrière.
Alors j'ai fait ce que je sais faire de mieux : j'ai prétendu. J'ai feint la normalité, comme si je ne l'évitais pas depuis des semaines. Comme si je n'avais pas passé ces derniers jours à espérer et redouter ce moment.
— J'ai fait un rêve... Ou peut-être que ce n'en était pas un, a-t-il murmuré. Ce jour-là, au bord de la route...
Ses mots m'ont coupé le souffle. Je savais exactement où il voulait en venir. Mais je restais figée, incapable de bouger ou de parler, comme si prononcer quoi que ce soit rendrait ses paroles encore plus réelles.
— Tu as dit... « mon petit ami », a-t-il ajouté, sa voix fragile, comme si le simple fait de le dire lui coûtait.
Je me suis raidie. J'ai senti tout mon corps se verrouiller, ma gorge se serrer douloureusement. Mon instinct me hurlait de nier, d'inventer quelque chose : qu'il avait mal entendu, que c'était une erreur, que son esprit lui jouait des tours à cause de l'accident. N'importe quoi. Mais rien ne sortait. Parce que je savais qu'il avait raison. Parce que c'était la vérité, et cette vérité me terrifiait.
Et puis, comme si ce n'était pas déjà suffisant, il a continué, et ses derniers mots ont fini de m'achevée :
— Je crois que j'aurais aimé qu'on soit plus qu'un simple jeu, Léa. Ce jeu qu'on a commencé... Ça a pris une ampleur que je ne contrôle plus.
Ses paroles flottaient entre nous, lourdes et douloureuses, impossibles à ignorer. J'ai voulu répondre, vraiment. Mais les mots restaient bloqués, comme si ma gorge refusait de les laisser passer. Peut-être que, au fond, je n'avais rien à dire. Parce qu'il avait raison. Tout ce qu'il ressentait, je le ressentais aussi.
Et c'était insupportable. C'était la vérité brute, crue, que je n'étais pas prête à affronter. Pas encore.
Et puis, sans prévenir, il a réduit mes pensées au silence. Ses lèvres ont rencontré les miennes avec une douceur, mais aussi une intensité qui m'a coupé le souffle. C'était comme si, d'un coup, tout ce que je redoutais et désirais à la fois se matérialisait. Mon esprit s'est embrouillé, aspiré dans un tourbillon de questions et d'incertitudes. Mais malgré ce chaos, une chaleur inattendue s'est répandue dans tout mon corps, une étrange légèreté, presque rassurante.
J'aurais dû le repousser. Trouver les mots pour dire que ce n'était pas ce que je voulais, pas ce que je pouvais. Mais je n'ai rien fait. Son baiser m'a prise au dépourvu. Et pendant un court instant, j'ai oublié. J'ai oublié les promesses, les responsabilités, la douleur. Il n'y avait plus que lui, et cette chaleur qui me submergeait.
Mais la réalité m'est revenue comme un coup de poignard.
Un flash, subitement, brutal : la promesse faite à ma mère. Cette ligne invisible que je ne devais pas franchir, pour elle, pour moi. Tout ce que je ressentais s'est évaporé en un instant, remplacé par une vague d'angoisse. J'ai senti mes murs intérieurs se relever en urgence, comme une armure mal ajustée. J'ai reculé, rompant brusquement le baiser, et je l'ai regardé, le cœur en miettes.
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NB Love
Storie d'amore« M'aimer a été sa bouée de sauvetage, mais l'aimer provoquera mon naufrage... » Léa Miller et Mathieu Lewis partagent plus qu'une passion pour le basket : tous deux sont les enfants de légendes sportives rivales et hantés par la perte d'un parent...
