Chapitre 54 - Mathieu

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Le Café de la vingtième avenue est un lieu presque magique, un subtil mélange de chaleur humaine et de chaos organisé. Parfait pour notre bande tout à fait décalée. Et par ailleurs, c'est là où les parents de Léa se sont réellement rencontrés avant de vraiment tomber amoureux. Ce lieu est important pour elle, et ce soir, il bourdonne comme une ruche. Les éclats de voix et les rires s'envolent vers le plafond bas, se mêlant aux parfums de café fraîchement moulu et de viennoiseries encore tièdes. Sur la table, la tension dans l'air est électrique mais chaleureuse . Deux grands moments approchent : les finales régionales du circuit universitaire, mais aussi la draft.

Autour de la grande table centrale, chacun semble détendu, excité même. Léa, assise contre moi, déborde d'énergie. Ses yeux pétillent, elle parle vite, les mots jaillissant comme si elle avait trop de choses à dire en trop peu de temps. Elle est convaincue que tout va bien se passer pour nos deux équipes, mais surtout pour moi. Moi, je ne partage pas son optimisme. Si une équipe voulait m'avoir pour la saison prochaine, ils l'auraient d'ores et déjà fait ou au moins pris contact avec Tony, mais rien...

Mon regard se perd dans la salle, mais mon esprit est ailleurs. La peur s'insinue en moi, persistante et lourde. Et si j'échoue ? Et si je n'y arrive pas ? Si je rate cette chance, la seule qu'il me reste ? Les recruteurs n'ont donné aucun signe. Pas un appel, pas une promesse. Rien. Le silence assourdissant d'un futur incertain. Cette sélection, c'est plus qu'un jeu. C'est ma dernière chance. Sois-je marque les esprits des recruteurs et je retrouve ma place en NBA, soit... c'est fini. Définitivement. Pas d'entre-deux. Je n'ai pas le droit à l'erreur, et cette idée me pèse comme une enclume. J'ai beau avoir réodorer mon image, j'ai cette impression que l'ancienne reste accroché à ma peau comme une sangsue.

Je m'efforce de respirer, de ne pas sombrer. Mais c'est difficile. Pourtant, malgré l'anxiété qui me ronge, je ne peux m'empêcher de regarder Léa. Elle rayonne. C'est elle qui m'apaise, qui m'ancre. Sa confiance en moi est presque contagieuse, mais pas assez pour effacer mes doutes. Elle discute avec Giovanna de la stratégie des filles pour leur match, ses mains dessinant dans l'air des plans imaginaires. J'écoute distraitement, essayant de me raccrocher à cette légèreté qui m'échappe. Tout le monde autour de la table rit et plaisante.

Et moi ? Je les observe, tout en m'absorbant dans mes pensées, mon regard glissant vers elle. Comment ai-je pu être si chanceux ? Il y a encore quelques mois, j'étais persuadé que l'univers m'avait puni, m'avait arraché tout ce que j'aimais. La NBA, ma carrière, ma vie entière. Et quand je les ai perdu, j'ai cru que tout était fini. Mais aujourd'hui, je vois les choses différemment. Revenir ici, entouré d'amis sincères, m'a fait renaître. Et Léa... Léa m'a appris à respirer à nouveau. À me voir autrement. Elle a été la plus grande bénédiction de toutes.

Elle m'a appris que nos erreurs passées ne définissent pas qui nous sommes aujourd'hui. Elle m'a rendu meilleur, m'a permis de grandir, de voir au-delà de mes propres failles. Je la regarde à nouveau, et un élan soudain me traverse. Je ne réfléchis pas. Je me penche vers elle et dépose un tendre baiser sur ses lèvres.

Elle rit doucement contre les miennes, surprise mais pas mécontente.

— Ah ! Regardez-moi ces deux-là ! Et dire qu'ils nous faisaient croire qu'entre eux ce n'était qu'un jeu ! S'écrit Giovanna, faussement indigné

Léa sourit en se redressant, rougissant légèrement. Les rires éclatent autour de la table, et je sens ma propre anxiété s'effilocher, comme si ce simple geste avait dissipé une partie de mes peurs. Mais cette légère atmosphère ne dure pas quand la porte du café s'ouvre, et qu'un silence morbide s'abat sur la table. Tous les regards se tournent vers l'entrée. Marco entre, et il n'est pas seul. Sa main tenant celle de quelqu'un d'autre.

NB LoveOù les histoires vivent. Découvrez maintenant