Une vingtaine de minutes déjà, que nous sommes plantés là, au milieu de cette route déserte. La voiture refuse obstinément de démarrer. Le moteur a probablement pris un choc lors de la sortie de route. Je la vois, un peu plus loin, dos tourné, les bras croisés, comme si elle essayait de contenir ses sentiment prête à exploser.
Je descends une nouvelle fois de la voiture et m'approche d'elle. Mes pas crissent sur le gravier, mais elle ne bouge pas. Pas un geste, pas un regard. Cette fille est aussi têtue qu'une chèvre. Elle a décidé que je roulais trop vite donc elle s'est interposée. Maintenant elle a décidé qu'elle ne m'adresserait plus la parole, et bien sûr, elle s'y tient. Je ne comprends pas pourquoi elle reste aussi omniprésente dans mon esprit et dans mon cœur... Enfaite, ce qui me perturbe le plus, c'est l'impact qu'elle a sur moi. Elle m'agace au plus haut point, elle me méprise ouvertement, et me traite comme un moins que rien constamment, et pourtant... Je n'arrive pas à la sortir de ma tête. À croire, c'est ce qui m'excite chez elle, son tempérament de malpolie.
— Miller. Je lâche en approchant. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? La voiture est fichue.
Elle pivote lentement. Ses cheveux, encore ébouriffés, tombent devant ses yeux.
— On marche, dit-elle simplement. Ce n'est pas comme si on avait le choix, non ?
Je serre la mâchoire. J'ai envie de lui hurler dessus. Cette fichue voiture... Ma voiture ! Les dégâts, les répercussions avec mon père... Tout ça à cause de son geste insensé et sa tête de bougonne. Mais les mots restent coincés dans ma gorge. Alors je me contente de grogner et de commencer à marcher à ses côtés.
Le silence entre nous est lourd. Chaque pas sur l'asphalte résonne dans la nuit, amplifiant la tension qui était déjà auparavant insupportable. Elle ne dit rien, et je n'ai aucune envie de parler non plus. La colère bout en moi, mais la sienne est tout aussi palpable. Je ressens son mépris jusqu'au fond de mon être et malgré tous mes efforts pour ne pas perdre pied en la voyant à nouveau énervée contre moi, ma frustration finit par m'envahir.
Et comme si la situation n'était pas assez pourrie, la pluie commence à tomber. D'abord quelques gouttes, légères, presque hésitantes, puis, sans prévenir, un déluge dru et glacial.
— Génial, je marmonne, la pluie ruisselant déjà sur mon visage.
Miller ne dit toujours rien. Elle continue d'avancer, son corps replié sur lui-même, ses bras serrés autour de sa poitrine. Ses cheveux trempés collent à son visage et à son dos. Sous la lumière blafarde des lampadaires, sa silhouette semble presque fragile, vulnérable. Je n'arrive pas à savoir si elle pleure ou si c'est juste la pluie. Quoi qu'il en soit, cette fille me rendra fou avant même que je puisse accepter qu'elle ait accaparé une part de mon être avec elle.
Un peu plus loin, nous arrivons à un croisement. Miller s'arrête enfin et se tourne vers moi, le visage fermé.
— On va couper par-là, lâche-t-elle, en désignant un petit chemin de terre sur la gauche.
Je suis son doigt du regard. Le sentier est étroit, boueux, bordé d'arbres sombres, et disparait dans l'obscurité de la nuit.
— Pas question, rabroué-je sèchement. C'est une mauvaise idée. On reste sur la route principale. C'est plus sûr.
Elle plante ses yeux dans les miens, étincelants de défi, et je sens déjà que je vais le regretter. Rien que le fait de l'avoir contredit la pousse à s'obstiner.
— Fais ce que tu veux, Mathieu. Moi, je prends le raccourci.
Quand elle prononce mon prénom de cette façon, je sais qu'elle est réellement remontée contre moi et ça a le don de d'autant plus m'exaspéré. Mais avant même que je puisse répondre, elle se détourne et s'engage sur le chemin.
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NB Love
Roman d'amour« M'aimer a été sa bouée de sauvetage, mais l'aimer provoquera mon naufrage... » Léa Miller et Mathieu Lewis partagent plus qu'une passion pour le basket : tous deux sont les enfants de légendes sportives rivales et hantés par la perte d'un parent...
