Chapitre 59 - Mathieu

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        Je sors de la chapelle, le cœur lourd, les jambes vacillantes. L'air du couloir me semble oppressant, chaque pas résonne plus creux que le précédent. J'avance lentement, comme si mon corps refusait de bouger, comme si le simple fait de quitter cet endroit m'arrachait quelque chose. Mais je n'ai pas le choix. Alors, je me force, un pied devant l'autre, jusqu'à atteindre la salle d'attente.

Quand j'entre, tous les regards se tournent vers moi. Personne ne parle. Je vois dans leurs yeux qu'ils comprennent. Ils savent où j'étais. Personne ne pose de question. Je vais m'asseoir à côté de Lucas, qui me serre l'épaule en silence. Le contact est bref, mais suffisant. Je sais qu'il est là. Qu'ils sont tous là.

Le silence nous entoure tous, mais il est lourd, chargé de douleur et d'incertitude. Chacun est enfermé dans sa propre peine, incapable de prononcer le moindre mot. Les respirations sont saccadées, les corps tendus. Ce silence est assourdissant, plus cruel que n'importe quelle parole.

Les heures passent, une après l'autre, s'éternisant. Les regards se croisent sans vraiment se voir, l'angoisse se lit sur chaque visage. Caterina, Richard, Lucas, Maël, Giovanna, Lydie... et moi. Nous sommes tous là, figés dans l'incertitude. Chaque tic-tac de l'horloge résonne dans le silence comme un coup de marteau sur ma poitrine.

Finalement, les médecins réapparaissent. Leur présence, cette fois encore, ne rassure en rien. Leurs visages sont tendus. Le médecin principal prend un instant, son regard balayant la pièce avant de parler.

— Les résultats sont tombés, dit-il, avec un ton qui semble presque détaché. Parmi vous, seuls deux sont compatibles avec la patiente.

Mon cœur rate un battement. L'espoir, aussi fragile soit-il, renaît. Si je le suis, je suis près à lui donner ma vie pour qu'elle revienne. Ça doit être moi. Je dois me rattraper, la sauver.

Puis il continue :

— Marco... et vous. Me pointe-t-il du doigt.

Un éclair d'espoir, aussi fugace que fragile, traverse mon esprit. Je pourrais être celui qui la sauve. Je serre les poings, espérant que ce soit réel. Mais ce souffle de vie s'éteint brutalement quand le médecin reprend, ses mots glaçant instantanément l'air autour de moi.

— Malheureusement, en raison de vos antécédents de consommation de substances, la greffe n'est pas possible. Votre corps n'est pas un donneur viable.

Le monde s'effondre autour de moi. Tout devient flou. Le choc est brutal. Je veux dire quelque chose, protester, crier que ce n'est pas possible, mais rien ne sort. Mon corps ne réagit plus. Un goût acide envahit ma bouche, me laisse le souffle court. Je lève les yeux, mais je ne vois plus rien. Mon esprit est soudainement empli d'un vacarme, comme si tout s'effondrait. Je pourrais la sauver. Je suis là, juste là, à quelques centimètres de pouvoir changer son destin.

Mais mon passé... Mon passé me rattrape, me brise, me condamne à l'impuissance. Je sens la culpabilité me transpercer, me figeant sur place.

Mes mains se serrent sans que je puisse les contrôler, les poings fermés, prêts à exploser. Mais la douleur me noue la gorge, un mélange d'horreur et de honte. Je ferme les yeux, essayant de chasser ce vertige d'impuissance mais rien n'y fait.

— Non... je murmure, presque inaudible. Je pourrais... je pourrais...

Mais rien ne change. Rien ne peut changer.

Le médecin, implacable, poursuit, comme si ses mots n'étaient qu'un détail supplémentaire, une simple constatation de fait :

— Il n'y a plus qu'une seule option. Marco.

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