Chapitre 64 - Mathieu

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Cela fait deux semaines que Léa est sortie du coma. Deux semaines d'un mélange d'espoir et de doutes entremêlés, où chaque instant passé à ses côtés me comble autant qu'il me torture. Je la retrouve peu à peu, mais chaque sourire qu'elle m'offre est une lame à double tranchant. Comment puis-je prétendre que tout va bien alors que le poids du secret que je porte m'écrase un peu plus chaque jour ?

Les révélations sur l'accident de ma mère me hantent encore. Le rôle de Tomas, son père, est une ombre grandissante, une vérité acérée que je suis incapable d'ignorer. Depuis des années, la culpabilité me ronge, mais aujourd'hui, elle est devenue un abîme dans lequel je me perds. Chaque regard qu'elle pose sur moi me rappelle que je lui mens. Que je la trahis par mon silence.

Elle va mieux. Physiquement, du moins. Mais Marco n'est plus là, et son absence est un gouffre qu'elle tente de combler par une résolution qui me brise le cœur. Elle s'accroche à l'illusion d'une vie qui pourrait redevenir normale, à cette idée folle qu'elle peut tout reprendre là où elle s'était arrêtée. Mais moi, je ne peux pas ne pas faire semblant. Pas alors qu'elle se bat pour ne pas sombrer.

Aujourd'hui, elle quitte l'hôpital. Un retour à la réalité. Je suis là, tôt ce matin, prêt à l'accompagner, à absorber avec elle le choc de cette nouvelle étape. Mais dès que j'entre dans sa chambre, mon souffle se coupe. Catarina est là. Immuable, droite comme un chêne battu par les tempêtes. Lorsqu'elle se tourne vers moi, son regard est une arme froide.

— Tu vois, Léa, je t'avais prévenue. Il n'est pas fait pour toi. Tu mérites mieux.

Son ton est cinglant, inflexible. Elle ne m'a jamais aimé, et après tout ce qui s'est passé, elle ne le fera jamais. Mais au fond, ce n'est pas moi qu'elle hait. C'est la douleur. C'est la perte. C'est ce fichu destin qui a détruit sa famille et dont elle me rend responsable. Et peut-être aussi qu'elle a peur. Peur que sa fille découvre enfin la vérité.

Léa se redresse, le regard sombre, mais sa voix est une onde calme, pleine de détermination.

— Maman, je l'aime. Et si tu refuses de l'accepter, alors je partirai. Je ne reviendrai plus. Marco aurait voulu que je me batte pour ce qui compte pour moi, et c'est exactement ce que je vais faire.

Elle est forte. Si forte. Je devrais me réjouir de la voir ainsi, de la voir affronter sa mère avec tant de courage, mais au lieu de cela, une peur froide m'envahit. Parce qu'elle ne sait pas. Parce qu'elle ne comprend pas ce qu'elle défend encore aveuglée par l'amour qu'elle me porte.

Catarina se lève brusquement, furieuse. Sa voix claque comme un coup de fouet.

— Tu ne sais pas ce que tu fais, Léa. Tu vas souffrir à cause de lui, je te le garantis. Tu as déjà perdu ton meilleur ami, et ce n'est pas suffisant ?

Elle marque une pause. Son regard est un abîme, quelque chose de brisé qui cherche les mots justes, ceux qui feront mal. Puis elle murmure, presque trop bas pour être entendu :

— Tu n'es pas la seule à porter ce fardeau. Nous le portons tous.

Un frisson glacé remonte le long de ma colonne vertébrale. Parle-t-elle de l'accident ? Ou y a-t-il encore un autre secret caché sous les cendres de leur vie ?

Puis elle s'en va sans un mot de plus, laissant une chambre saturée d'un oppressant silence. Léa me fixe, les yeux brillants. Elle sait que quelque chose ne va pas. Que mon silence pèse trop lourd pour être anodin. Mais elle ne dit rien. Pas encore. Elle se contente d'attraper ma main. De s'accrocher à moi comme si j'étais encore la bouée qui l'empêchait de sombrer.

Nous terminons de rassembler ses affaires sans un mot. Je l'aide à quitter l'hôpital, chaque pas à l'extérieur rendant le monde plus tangible. Plus lourd.

NB LoveOù les histoires vivent. Découvrez maintenant