La journée commence comme toutes les autres depuis un moment : un ciel laiteux et une légère odeur d'herbe coupée dans l'air. C'est sûrement à cause du jardinier qui termine de ranger ses outils sur le perron. Je me suis levée tôt ce matin, plus par habitude que par envie. Il faut dire qu'avant, Lewis venait souvent à cette heure-là. Il aimait me surprendre au réveil, juste pour m'entendre râler. Ça le faisait rire. Il disait que ma mauvaise humeur matinale était la meilleure façon de commencer sa journée. C'est complètement absurde et ça m'agaçait... mais maintenant qu'il n'est plus là, je réalise à quel point ça présence détenait une place importante dans ma vie.
Ses blagues nulles, ses piques dès le matin, ces petites choses qui m'exaspéraient autant qu'elles me faisaient rire. Tout ça me manque tellement.
La maison est calme, encore plongée dans la tranquillité du matin. Je descends à la cuisine, faisant attention à ne réveiller personne. Le parquet grince sous mes pas. La lumière passe à peine à travers les rideaux, dessinant des ombres sur les murs. J'essaie de m'occuper, de remplir cette matinée déjà bien vide, préparer un café, faire griller du pain. Mais tout reste à moitié fait. Mon macchiato refroidit sur la table, mon toast traîne dans l'assiette. Et moi, je fixe le mur, perdue quelque part dans ma tête.
La journée s'annonce longue. Il n'y a pas grand-chose de prévu mise à part mon entraînement au campus, mais même ça, ça ne m'emballe pas. Ce vide, cette impression persistante de néant, comme quelque chose d'inachevé, de manque que je ressens depuis des jours, ne fait que grandir.
Hier, Giovanna m'a envoyé un message insistant pour qu'on se retrouve ce matin, avec Lydie, dans le jardin du campus. Elle veut tout savoir sur ma rencontre avec Lewis dans le parc. Je ne sais même pas pourquoi j'ai accepté. Peut-être parce que Giovanna ne laisse jamais place à un refus comme réponse. Ou peut-être parce que rester seule à la bibliothèque m'aurait encore plus plombé le moral.
Quand j'arrive au jardin, Giovanna est déjà là. Elle parle au téléphone, son sourire éclatant et ses gestes exagérés. Tout le monde la regarde. Elle attire les regards sans même s'en rendre compte. Lydie, elle, est assise à l'ombre d'un grand chêne, concentrée sur son carnet. Elle griffonne quelque chose. Ou peut-être qu'elle dessine, je ne vois pas très bien de là ou je suis.
— Ley' ! s'écrie Giovanna dès qu'elle me voit. Viens, assieds-toi, j'ai trop de trucs à te raconter !
Elle est comme ça. Toujours trop. Trop de mots, trop d'énergie. Une énergie qui m'est pourtant presque étouffante aujourd'hui, mais je m'assois quand même près d'elle.
Le jardin est calme. Les rayons du soleil percent doucement à travers les branches. L'endroit a toujours été paisible, comme une bulle hors du temps. Mais aujourd'hui, ça ne me fait aucun effet. Ce calme, il amplifie tout. Mon malaise, mon agitation, ce manque inexplicable qui s'accroche à moi depuis des jours. Et aujourd'hui, ce que je ressens, c'est une agitation permanente, un besoin de quelque chose que je ne parviens pas à nommer.
Je suis assise avec les filles autour de cette vieille table en bois. Giovanna parle depuis une vingtaine de minutes, sans arrêt, un flot de mots. Quelque chose sur un projet de cours, je crois. Mais mon esprit, lui, vagabonde. Je fixe la table devant moi, hochant machinalement la tête aux paroles de Giovanna sans vraiment l'écouter.
Lydie, elle, est concentrée sur son stylo qu'elle fait tournoyer entre ses doigts, comme si elle réfléchissait intensément.
Moi, je ne réfléchis pas. Mon regard finit par dériver, attiré malgré moi vers le terrain de basket, juste derrière les haies. Et c'est là, que je le vois. Lewis.
Il est assis sur le rebord en béton, entouré des garçons, en pleine partie. Il rit comme si de rien n'était, la tête rejetée en arrière, ses cheveux en bataille attrapant la lumière du soleil. Il semble tellement... insouciant. Tellement lui.
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NB Love
Romance« M'aimer a été sa bouée de sauvetage, mais l'aimer provoquera mon naufrage... » Léa Miller et Mathieu Lewis partagent plus qu'une passion pour le basket : tous deux sont les enfants de légendes sportives rivales et hantés par la perte d'un parent...
