Chapitre 62 - Mathieu

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Cela fait maintenant deux semaines que Léa est plongée dans ce lourd silence, deux semaines où chaque seconde me ronge un peu plus, où l'attente m'étrangle sans relâche. Deux semaines aussi que Marco n'est plus là, et avec lui, une partie de moi s'est éteinte. Le monde autour de moi a perdu toute consistance. Ses couleurs, ses sons, sa logique. Il n'y a plus que ce vide glacial, cette absence insupportable. Les jours se confondent avec les nuits, et chaque minute loin de son sourire me donne l'impression de me noyer un peu plus.

Je croyais que j'avais touché le fond. Jusqu'à il y a deux jours où j'ai cru que tout s'effondrait.

Les médecins ont dit qu'ils avaient failli la perdre. Son cœur s'est arrêté. Trois minutes. Trois longues minutes où mon monde entier s'est brisé avec elle. Ce vide, ce gouffre abyssal qui m'a avalé tout entier, je ne l'oublierai jamais. J'ai regardé à travers cette vitre, impuissant, mes poings tremblants contre le verre. Les bips des machines me martelaient les tempes, un décompte cruel de tout ce que je risquais de perdre.

Lorsqu'ils l'ont stabilisée, ils ne m'ont pas laissé entrer. "Elle a besoin de repos." Moi aussi, paraît-il. Mais comment dormir quand l'ombre de la mort plane au-dessus de celle que j'aime ? Quand chaque nuit, dès que je ferme les yeux, je revois Marco, son rire, son dernier regard sur cette scène avant que tout bascule ?

Je suis seul. Seul avec ma rage et mon impuissance.

Les visites se succèdent, mais plus personne n'essaie de me distraire. Evan est toujours absent. Lucas essaie de rester fort pour ses proches, et Marco... Marco n'est plus là pour m'ancrer dans la réalité. Il s'est éteint dans ce maudit accident.

Accident... tentative d'homicide volontaire plutôt.

Cette pensée me hante, m'obsède, me consume. Les heures passent, pesantes, écrasantes. Le monde tourne autour de moi, mais je suis figé, enfermé dans cette cage où le temps s'étire, cruellement et implacablement. Mon corps est engourdi, vidé de toute force. Puis, un mouvement dans ma veste se fait ressentir brisant le silence.

Mon téléphone vibre. Je tressaille. Ma main tremblante s'égare dans ma veste avant de retrouver mon téléphone. L'écran s'illumine, projetant une lueur blafarde sur mes doigts crispés. Le nom du détective que j'avais engagé quelques mois plus tôt s'affiche à nouveau.

Un audio.

J'appuie sur lecture.

La voix de l'homme est ferme, détachée, presque mécanique.

— J'ai trouvé ce que vous cherchiez. Je comprends que la situation actuelle est compliquée, alors afin de vous éviter un déplacement, je vous envoie tout par mail.

Le bip final résonne dans mes oreilles comme une détonation.

Mes mains tremblent tandis que j'ouvre l'application. Une pièce jointe. Le fichier se charge lentement, trop lentement. Puis, enfin, il s'affiche.

Des mots. Des preuves. Froides. Irréfutables.

Des photos, des témoignages, un rapport détaillé. Noir sur blanc, l'horreur s'étale sous mes yeux.

Un homme a saboté les freins d'une voiture. Pas n'importe quelle voiture. Celle qui m'a percuté à pleine vitesse, celle qui a faillit nous envoyé vers l'au-delà.

L'homme s'est fait passer pour un mécanicien, profitant de la panne soudaine du véhicule d'une jeune femme. Sur les images, il est flou, mais je le reconnais immédiatement.

Rocco.

L'un des chiens d'Evan.

Un frisson glacé me traverse l'échine.

NB LoveOù les histoires vivent. Découvrez maintenant