Chapitre 50 - Léa

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Pourquoi ne m'a-t-il pas écouté ? Pourquoi n'en fait-il toujours qu'à sa tête ? Et pourquoi, bon sang, mon cœur bat-il si fort comme s'il voulait hurler au monde qu'il était présent dès qu'il se retrouve à mes côtés ? Pourquoi l'avoir choisi lui et pas un autre ? Que des pourquoi se bousculent dans ma tête, étouffant les reproches de ma mère, dont les mots ne sont plus qu'un simple bruit de fond. Ses lèvres bougent, débitant des accusations, mais je suis ailleurs, hantée par une autre image. Mathieu, là-haut, sous la douche, l'eau ruisselant sur sa peau... et cette distance que je m'impose pour ne pas tout gâcher.

— Va te doucher, maintenant. On en parlera plus tard !

Sa voix, tranchante, me ramène brusquement à la réalité. Je ne réponds rien et monte à l'étage.

En passant devant la chambre de Lucas, l'envie d'y entrer me brule les doigts, pousser la porte, juste une minute. Voir Mathieu. Lui dire combien il me manque, combien je veux l'avoir près de moi. L'embrasser, sentir à nouveau ses lèvres contre les miennes, sans jeu cette fois-ci, sans peur. Mais la raison me rattrape. Je continue, les pieds traînants, jusqu'à ma chambre, puis la salle de bain.

J'entre sous le jet d'eau avant de m'effondrer. Mon corps tout entier est soudainement pris de soubresaut alors que les sanglots me submergent. Mes larmes se mêlent à l'eau tiède, emportant avec elles un poids que je ne sais comment soulager.  Mon cœur saigne et me supplie de tout lui dire, de lui faire confiance.

— Mathieu saura quoi faire, me murmure une petite voix, celle de l'espoir. Mais ma tête me hurle le contraire.

— Laisse-le partir. Avec toi il ne fera que souffrir. Nos familles ne sont pas faites pour se côtoyer, nous sommes maudites, rien ne peut être liées entre nous.

— Mais je l'aime, murmuré-je entre deux sanglots.

Bon sang, je l'aime vraiment... Mais putain pourquoi ça fait un mal de chien de l'admettre ? S'il savait que l'avoir vu faire ce geste l'autre soir, cette célébration, ce tir... avait changer quelque chose en moi...

Après de longues minutes, je sors de la salle de bain, les cheveux encore mouillés, le cœur plus lourd que jamais. Mais une chose est certaine, je dois empêcher ma mère de mettre ses menaces contre lui à exécution. Il est hors de question que j'ai dû endurer ce supplice d'être loin de lui tout ce temps pour qu'elle finisse par le faire quand même à cause d'une petite erreur d'anticipation. Il n'aurait jamais dû venir me chercher et je n'aurai jamais dû monter avec lui, j'aurai dû appeler Lucas... S'il lui arrivait quelque chose par ma faute, je ne me le pardonnerais jamais.

J'enfile un legging, un marcel puis un large sweat et descends lentement dans la cuisine. Ma mère est là, debout devant le plan de travail, un couteau à la main, découpant frénétiquement et violemment des carottes. Je m'approche lentement, réfléchissant à comment vais-je lui demander ça.

— Maman ?

Elle ne se retourne pas, mais arrête tout de même de massacrer ses pauvres carottes.

—  Pourquoi tu ne veux pas comprendre que c'est pour ton bien que tu doives t'éloigner de lui Léa ? À chaque fois que tu es avec lui, il t'arrive un malheur.

Je retiens un soupir et m'efforce de garder mon calme.

— S'il te plaît, maman, baisse d'un ton il est là-haut. Il pourrait t'entendre.

Elle pose le couteau avant de soupirer.

— Il n'est plus là. J'ai demandé à son père de venir le chercher et de veiller à ce qu'ils ne reviennent plus ici.

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