Épilogue - Le poids du silence

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Cela fait presque trois semaines que j'ai quitté l'hôpital. Trois semaines à tenter de rassembler les morceaux éparpillés d'une existence qui a été brutalement anéanti, comme un fragile équilibre brisé entre deux réalités.

Ce matin, malgré le froid qui me fouette les joues et le vent glacial qui s'immisce sous mon manteau, un besoin irrésistible m'a conduite ici.

Marco.

Comme si m'adresser à cette pierre glacée portant son nom pouvait, d'une manière ou d'une autre, combler ce vide qui me dévore de l'intérieur depuis que je vis a présent avec une part de lui en moi.

Le cimetière est plongé dans un silence presque sacré. Seuls le bruissement des feuilles mortes et le crissement de mes pas sur le gravier troublent la quiétude des lieux. Je marche lentement, un bouquet de lys blancs serré entre mes doigts engourdis. Je les ai choisis parce qu'il les détestait. Il trouvait ces fleurs trop morbide, trop triste. Mais aujourd'hui, il n'y avait rien d'autre. Rien qui puisse rendre hommage à cette bulle de bonheur qu'il était.

Lorsque j'arrive enfin devant sa tombe, un frisson me parcourt. Son nom est gravé dans le marbre, figé pour l'éternité. Il semble me hurler une vérité que je refuse d'accepter. Une claque, un cri muet que je me refuse à entendre. Mes genoux cèdent sous le poids de l'absence, et je m'agenouille, incapable de me tenir droite.

— Marco...

Sa voix me manque, son rire aussi. Mais aucune réponse ne vient, si ce n'est le lourd souffle de mon propre corps qui peine à accepter ce qui me semble encore irréel.

Je ferme les yeux, laissant l'air glacial m'envahir, et j'inspire profondément. Les mots se coincent dans ma gorge, comme si ma douleur était trop lourde pour être dite.

— Je ne sais pas par où commencer...

Les fleurs glissent de mes mains et se posent délicatement au pied de la pierre. Du bout des doigts, je frôle son prénom, comme si le toucher pouvait me rapprocher de lui, lui donner une forme, un souffle.

— Je repasse sans cesse cette scène dans ma tête. Encore et encore. J'essaie de comprendre, mais tout ce que je trouve, c'est cette foutue culpabilité...

Ma voix se brise, et une larme roule sur ma joue, suivie par d'autres, incontrôlables.

— Pourquoi toi, Marco ? Tu avais la vie devant toi... Tu avais des rêves... Et moi, je suis là, vivante. Ça n'a aucun sens. Pourquoi tu t'es mis devant moi ? Pourquoi tu ne t'es pas protégé toi même ?

Le vent souffle plus fort, secouant les arbres alentours. Je me recroqueville un peu, comme pour me protéger, comme si le froid pouvait me tenir à distance de ce vide qui me déchire.

— Tout me manque. Ton sourire, tes blagues idiotes qui me faisaient rire quand tout semblait s'écrouler autour de moi. Tes câlins... Je donnerais tout pour te serrer contre moi une dernière fois.

Je ferme les poings, sentant la morsure du gravier sous mes paumes.

— Et tu sais ce qui me fait le plus mal ? C'est que je n'ai même pas pu te dire au revoir. Je n'ai pas eu l'occasion de te remercier, de te dire combien tu m'as sauvée... au sens propre.

Ma voix se fait à peine audible, un murmure, noyée dans la souffrance.

— Je t'ai laissé tomber, Marco. Je n'ai pas su te protéger comme toi, tu m'as protégée. Et ça, ça me ronge de l'intérieur...

Le silence qui m'entoure me pèse, oppressant et glacial. Je reste là, le front contre la pierre, permettant à cette douleur de couler, de s'extérioriser après tant de jours à la contenir. Le monde autour de moi semble suspendu, comme figé dans l'instant.

NB LoveDes histoires addictives. Découvrez maintenant