Lauren se rua sur son ordinateur de service tandis qu'Eddy allumait la clim. Il faisait une chaleur étouffante dans le bureau, et les prévisions météorologiques des prochains jours ne promettaient pas d'amélioration.
Après avoir entré son mot de passe, Lauren agressa sa boîte mail professionnelle à coup de pointeur de souris.
— Arrête de cliquer comme une abrutie, tu vas planter l'ordi. Tu sais bien que cette antiquité est longue à la détente les premières minutes qui suivent sa mise en route.
— On a pas de temps à perdre, grogna-t-elle. Il me faut à tout prix la date précise du dernier meurtre pour la comparer à la date à laquelle Strauss est arrivé ici.
— Il est arrivé quand dans la région déjà ?
— D'après son profil Facebook, le 21 juin 2021. Il a commencé à travailler à l'hosto le lundi d'après, le 28 juin.
— Et t'as pas trouvé la date du dernier meurtre sur internet ?
— Rien de pertinent, les articles qui traitent l'affaire datent de début juillet, sauf que le corps était en mauvais état, il devait traîner là depuis des jours.
Eddy – qui s'était posté derrière le siège de Lauren pour avoir une vue sur son écran – fronça les sourcils.
— Tu veux me faire croire que le corps est resté aussi longtemps dans la nature sans que personne ne s'en rende compte ?
— Le corps de Lucy est bien resté en bord de route pendant plus de cinq semaines, se défendit-elle. J'ai espoir de trouver le rapport du légiste qui nous dira que la mort remonte à une date antérieure au 21 juin.
— Pas faux. En même temps, on a plutôt intérêt que ça aille dans ce sens. Parce que si c'est pas le cas, notre seule piste tombe à l'eau.
La messagerie électronique de Lauren s'ouvrit enfin. La flic cliqua sur le seul message qui n'était pas encore ouvert. Elle téléchargea les pièces jointes après avoir entré un énième code d'authentification.
Elle chercha le dossier sur lequel figurait le nom de la dernière victime sud californienne, faisant abstraction de tous les autres. Pour le moment, ce n'était pas ce qui importait en priorité.
Enfin, elle le trouva.
Elle fit défiler les pages du dossier numérisé jusqu'à tomber sur le rapport du légiste, en date du 7 juillet 2021. Elle prit un instant pour inhaler l'air humide du bureau avant de détailler le compte-rendu.
— D'après le rapport, le légiste a estimé la mort au...
Elle s'interrompit. Les mots lui manquaient alors qu'elle venait de comprendre ce que signifiaient les chiffres qu'elle lisait.
— Au 20 juin 2021, poursuivit Eddy pour elle. Avec une marge d'erreur de plus ou moins trois jours au vu de l'état du corps et les conditions dans lesquelles il a été conservé.
Lauren se jeta contre le dossier de sa chaise montée sur roulettes. Eddy était dans l'incapacité de décrire ce qu'il voyait. C'était bien la première fois qu'il voyait Lauren dans cet état. Elle semblait... sceptique.
— Qu'est-ce qu'il t'arrive ? C'est plutôt une bonne nouvelle. Strauss n'est pas évincé de la liste des suspects grâce à cette date.
— Certes, mais c'est quand même étrange. Et n'oublie pas la marge d'erreur de plus ou moins trois jours. Si c'est plus, ça l'évince, et si c'est moins... Bah ça change pas grand-chose.
— Comment ça ?
— Il est arrivé ici le 21 juin. Le trajet de la Californie à la Caroline du Nord prend sept heures en avion, ou deux jours et demi en voiture. J'avoue que ça m'étonnerait qu'il ait fait le trajet en voiture, mais il va quand même falloir qu'on obtienne des autorisations pour avoir accès à ses comptes bancaires pour vérifier tout ça.
— Donc ce qui te dérange, résuma Eddy, c'est le fait qu'il aurait débarrassé le plancher aussi rapidement après son dernier meurtre ? Il aurait très bien pu prévoir son départ depuis un moment. C'est même ce qu'il y a de plus logique. De cette façon, il était sûr de ne pas être soupçonné pour les crimes.
Lauren fit la grimace. Encore une fois, quelque chose la dérangeait. Même s'il avait prévu son coup, il y avait bien trop de facteurs qu'il devait prendre en compte à ce moment-là. Le moment de transe qu'il allait subir après son acte, s'assurer de ne laisser aucune trace exploitable, sa femme – qu'il devait emmener avec lui et qui n'avait apparemment aucune connaissance des agissements de son mari. Beaucoup de paramètres aux variables indéfinies pour quelqu'un qui est censé ne pas avoir une grande confiance en ses capacités. D'autant plus qu'absolument rien ne l'accusait d'être responsable de ces meurtres.
Alors pourquoi aurait-il pris la poudre d'escampette aussi précipitamment ? Ça ne lui ressemblait pas de se précipiter de la sorte, il aimait prendre son temps.
— Je peux pas encore dire pourquoi ça me dérange à ce point, avoua-t-elle, mais je suppose que la seule façon d'en savoir plus, c'est d'en savoir encore plus sur Strauss. Allons voir Johnson pour savoir s'il est parvenu à obtenir un mandat pour fouiller sa barraque.
Elle se leva et se précipita jusqu'au bureau de Johnson, Eddy sur ses talons. Elle frappa à la porte de son supérieur et fit irruption sans attendre la moindre réponse.
— Commandant, il nous faut le mandat de perquisition sur le domicile de Philippe Strauss.
— Bonjour à vous aussi Adams, répondit-il sèchement.
— Excusez-moi commandant, mais moins nous perdons de temps et mieux c'est pour tout le monde. On doit arrêter ce malade avant qu'il ne fasse une prochaine victime. J'ai de nouvelles preuves qui accablent Strauss. Je suis presque sûre que la fouille de sa maison nous apprendra des choses supplémentaires.
Johnson soupira avant de lui tendre le mandat réclamé.
— Qu'est-ce que vous avez découvert de nouveau pour justifier l'accusation de ce médecin ?
— Une série de meurtres identiques à Los Angeles qui ont soudain cessé lorsque Strauss est arrivé ici. Selon moi, c'est un motif suffisant pour investiguer.
Le visage de leur commandant s'illumina. C'était le genre de visage qu'il arborait lorsque des arguments parvenaient à la convaincre. Mais cette fois-ci, une lueur nouvelle s'y ajoutait : l'espoir. Après ces six semaines d'enquêtes rythmées par incompréhensions, fausses pistes et remises en question, une lueur se dessinait enfin au fond de ce tunnel sombre.
— Vous vous équipez en conséquence, leur intima-t-il d'un air sévère. De mon côté, je me charge de monter une équipe pour vous accompagner, à laquelle j'appartiendrais personnellement.
Lauren écarquilla les yeux, ce qui n'échappa pas à son supérieur.
— Pourquoi j'ai l'impression que ça vous étonne que je veuille aller sur le terrain ? Cette enquête est hors norme, on a besoin des flics les plus expérimentés.
J'ai aussi l'impression que ça pourrait être une bonne façon pour toi de te faire mousser si on parvient à l'appréhender et qu'on sait que tu étais sur place.
— Si vous voulez mon avis, ça ne sert à rien qu'on débarque à quinze là-bas. Je mettrais ma main à couper qu'il n'y sera pas. À la rigueur, on tombera sur sa femme qui nous ouvrira la porte.
La mine de Johnson se décomposa aussitôt.
— Mais l'idée d'une équipe supplémentaire n'est pas si mauvaise. Il faudrait juste que vous privilégiez une autre piste. Focalisez-vous sur la recherche du véhicule du suspect. D'après la fiche de renseignements qu'il a donnée à l'hôpital, il sera propriétaire d'une Ford Galaxie noire, immatriculée 84752-V.
Johnson bascula sur l'arrière de son fauteuil, scrutant ses deux meilleurs éléments avant de soupirer.
— Je peux pas me permettre de prendre le moindre risque. On va venir avec vous malgré tout, je préfère être trop prudent que pas assez. Voilà ce que je propose : on fouille la baraque, et si ça donne rien, on se sépare dans la ville et les agglomérations à la recherche de la bagnole. Si on la trouve, on devrait le choper.
Lauren acquiesça, bien qu'elle sût que ce n'était qu'une perte de temps.
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Mirror
Mystery / Thriller/!\ Cette histoire est destinée à un public averti, des scènes pouvant heurter la sensibilité de chacun /!\ Raleigh, Caroline du Nord. Depuis plusieurs semaines, la ville est secouée par une série de meurtres mystérieux. Chaque victime est une femme...
