La progression de la trotteuse de l'horloge du bureau de Lauren ne faisait qu'accentuer la montée de stress de cette dernière. Il était déjà 18h12 et toujours aucune nouvelle de Stangness. Aucune des unités mobilisées n'avaient encore signalé sa présence ou quelque chose de suspect.
Elle avait elle-même dit : il était imprévisible. Lauren ignorait tout bonnement combien de temps il fallait à ce taré pour « s'occuper » de ses victimes. Mais au vu du carnage et de la violence des sévices infligés à ces pauvres femmes qui contrastaient nettement avec la propreté de l'endroit où gisait le corps, il devait lui falloir un sacré temps pour regagner son calme et être à nouveau capable de suffisamment de discernement pour s'occuper du ménage et du rangement. Redescendre en pression après l'euphorie provoquée par un crime de cet ordre, ça demandait forcément du temps, et pas seulement quelques minutes, ça devait plutôt relever de la demi-heure, au minimum. Et il lui fallait au moins tout autant de temps pour faire son ménage.
Ça n'avait vraiment aucun sens. Il s'agissait de sa dernière victime, Stangness en avait forcément conscience, il était loin d'être idiot. La logique aurait donc voulu qu'il profite au maximum de ce dernier moment, de cette dernière chasse. Lauren l'imaginait mal se pointer pour passer plus de temps à faire le ménage qu'à profiter de ses proies.
Sa salive devint soudain plus acide dans sa bouche.
— Les gars ! s'égosilla-t-elle, rongée par une panique impossible à dissimuler. Vous avez tous en visu les potentielles victimes ?
— Williams : affirmatif. Je la vois à travers la fenêtre de sa cuisine en train de préparer le repas.
— Johnson : négatif. Je vois qu'il y a de la lumière mais les volets sont fermés.
— Anderson : affirmatif. Elle regarde la télé. RAS apparemment.
— Brown : négatif. Les volets sont fermés et je ne vois pas de lumière.
Gordon avait à surveiller le domicile de Lola qui n'était pas chez-elle. Lauren ne s'attendit donc pas à obtenir de réponse de sa part.
La flic contracta la mâchoire. Ils étaient tous plus ou moins arrivés en même temps à leurs différentes positions, à 16h30. Si Stangness faisait tout pour optimiser son temps, il n'était pas impossible qu'il soit sur place avant eux.
Non, reste calme. C'est quand même peu probable. Le mec a besoin de temps pour tout planifier. Réfléchit, il y a forcément une autre explication. Tu l'as dit toi-même, c'est difficile de prévoir quelle personne un tueur en série à prévu de viser. Malgré tes précautions, tu as pu omettre quelque chose.
— À toutes les unités : Faites irruption dans les logements pour vous assurer qu'il n'y ait aucune menace. Même si vous avez un contact visuel avec les femmes potentiellement visées.
— Lauren, l'interpella Matthew, qu'est-ce qu'il se passe ?
— Il y a un truc qui cloche, avoua-t-elle enfin. Il est plus de 18h15 et on a toujours aucune nouvelle de ce fumier. Pour être franche, je m'attendais à ce qu'il se pointe avant 17h30. Faire ce qu'il fait, ça demande du temps, un temps vraiment aberrant. Surtout redescendre en pression après avoir commis son meurtre pour être capable de tout parfaitement tout nettoyer. Il ne peut définitivement pas se permettre de se pointer aussi tard, surtout s'il respecte scrupuleusement une heure de mise à mort.
— Si je comprends bien, tu penses donc qu'il nous a devancé et qu'il est déjà chez l'une d'elles, peut-être tapis dans l'ombre ?
— C'est peu probable en réalité, mais je préfère ne rien laisser passer. Je veux que toutes les maisons soient passées au crible, même celle de Lola qui est chez ses parents. Je ne veux pas que cette enflure ait l'opportunité de se planquer où que ce soit.
— Lau, s'opposa Eddy, si jamais il n'est dans aucune des baraques et qu'il se décide à débarquer pile quand on se met à fouiller, tu n'as pas peur qu'il se sauve et qu'on le perde de vue ?
— Pas d'inquiétude à ce sujet, assura-t-elle d'une voix ferme. S'il n'est nulle part, il ne débarquera pas dans le coin.
— Mais dans ce cas, où est-ce qu'il peut-être ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
Lauren perçut un tremblement dans la voix de son supérieur, celui qui trahissait son agacement. Cette réaction était à prévoir et ne pouvait être blâmée. Elle lui avait assuré que la plus grande probabilité était que Stangness s'en prenne à l'une de ces femmes, et finalement elle était sur le point de confesser qu'une autre piste avait dû échapper à sa vigilance.
Elle pinça ses lèvres entre elles et prit une profonde respiration. Malgré les circonstances, il était hors de question qu'elle vacille si elle voulait que Johnson et les autres la suivent jusqu'au bout. Elle devait garder son aplomb habituel.
— Ça veut dire que j'ai dû manquer une info et que dans le meilleur des cas j'ai moins de cinq heures pour y remédier. Allez sonner chez les victimes pendant que j'essaie de trouver ce qui aurait pu m'échapper.
Elle coupa son micro et se jeta sur le clavier de son ordinateur, gardant sur le côté le dossier de Stangness. Si une chose était effectivement passée entre les mailles du filet, elle ne pouvait que se trouver parmi ces quelques pages.
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Mirror
Mystère / Thriller/!\ Cette histoire est destinée à un public averti, des scènes pouvant heurter la sensibilité de chacun /!\ Raleigh, Caroline du Nord. Depuis plusieurs semaines, la ville est secouée par une série de meurtres mystérieux. Chaque victime est une femme...
