Chapitre 27

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Eddy prit à droite et s'engagea sur Falls of Neuse Road, ignorant presque Taylor Swift qui chantait Cruel Summer à tue-tête dans l'habitacle.

Encore un petit quart d'heure et il serait chez lui.

Les deux dernières journées qui venaient de s'écouler n'avaient pas été de tout repos, et il savait d'avance que celles qui l'attendaient s'annonçaient pires encore.

Il soupira au simple fait d'y penser.

Il en avait par-dessus la tête de cette enquête, de découvrir les restes des femmes que ce déglingué s'amusait à torturer avant de les exécuter. Il était épuisé de constamment avoir l'image de leurs cadavres en tête du matin jusqu'au soir – dans le meilleurs des cas, quand ces derniers concevaient à ne pas le hanter durant son sommeil. Il était simplement épuisé de constater que tous leurs efforts n'étaient pas encore près d'aboutir.

Ce cinglé semblait toujours avoir une longueur d'avance sur eux, si ce n'étaient deux. Eddy était même intimement persuadé que ce qu'ils avaient trouvé entre hier et aujourd'hui, n'avait été en réalité possible que grâce au bon vouloir du tueur. Que ce soient les deux empreintes retrouvées dans les bureaux, ou même la voiture dans le fossé, Eddy était persuadé que c'était Strauss – ou qui que soit le tueur – qui les avait laissées de son plein gré, en toute connaissance de cause. Sinon, pourquoi ne pas avoir passé un coup de plumeau rapide sur la surface des meubles pour effacer la forme des objets qu'il était venu récupérer ? Et pourquoi avoir laissé sa voiture en bord de route, à la vue de tous, plutôt que de l'abandonner dans la forêt où il aurait été bien plus complexe de tomber dessus ?

Cette ordure jouait avec eux, il les menait par le bout du nez.

Eddy se sentait totalement impuissant, complètement dépassé par la situation. Il ne comprenait pas comment Lauren parvenait à garder la tête froide, à reprendre pour la énième fois toute l'enquête depuis le début.

Si cette femme n'avait pas été son binôme, Eddy devait bien avouer qu'il aurait sans doute fini par faire comme Thomas avant lui, reléguant l'enquête à une autre équipe.

La sonnerie de son téléphone interrompit la fin de la prestation de Taylor Swift. Eddy jeta un œil à son écran puis fronça légèrement les sourcils.

— Non mais j'y crois pas, se plaignit-il.

Il tendit la main vers son appareil pour autoriser l'appel qui remplaça le son de la radio dans les baffles de sa voiture.

— Tu bats les records là quand même, embraya-t-il d'un sourire narquois. Je suis même pas encore arrivé chez moi que tu m'appelles déjà. Je te manque à ce point ?

— Ed, il m'a appelé.

Le flic troqua aussitôt son rire contre un air au moins aussi grave que la voix de sa collègue. Au-delà de la gravité de son timbre, c'étaient ses tremblements qui l'interpellèrent. De mémoire, Eddy n'avait jamais connu Lauren avec une telle voix, quelle que pouvait-être la situation.

— Qui ça ? osa-t-il enfin demander.

— Le tueur.

Les yeux d'Eddy s'ouvrir en grand et son pied droit écrasa la pédale de frein, faisant crisser les pneus sur l'asphalte. Il demeura au milieu de la route, la boule au ventre.

Il lui fallut quelques secondes pour reprendre possession de ses sens.

— Je te demande pardon ?

— Il dit qu'une surprise m'attend, près de là où Lucy a été découverte.

Eddy obtempéra aussitôt un demi-tour, parcourant à nouveau Falls of Neuse Road dans l'autre sens. Le moteur vrombit, propulsant la petite Seat à toute allure en direction de chez Lauren.

— Tu te fous de moi ? s'égosilla-t-il.

— Ed, j'ai sérieusement l'air de plaisanter là ?

— Je te préviens, tu ne bouges pas de chez toi ! lui ordonna-t-il. Je passe te prendre et on y va ensemble. Interdiction formelle de faire cavalier seul cette fois. C'est bien clair ?

Il l'entendit soupirer à l'autre bout du fil.

— Ed, si je t'ai appelé, tu crois vraiment que c'est pour y aller seule ? Je t'attends, je bouge pas de chez moi.

— Tu deviens raisonnable on dirait, railla-t-il.

Lauren ne rétorqua rien. Elle était visiblement d'une humeur de chien ce soir, mais Eddy ne pouvait pas lui en tenir rigueur.

— Je te laisse, le prévint-elle soudain. Je vais appeler Johnson. Il ne fait aucun doute pour moi que c'est une nouvelle victime, sa fameuse surprise. Et quand bien même ce n'en serait pas une, ça reste utile à l'enquête, et vu le sermon qu'on s'est déjà pris, on va éviter de lui faire des cachotteries. Et puis, je vais déjà devoir me taper un rapport sur cette foutue conversation téléphonique, alors je préfère prendre de l'avance en envoyant la cavalerie au plus vite. J'ai pas vraiment envie de passer ma nuit dans cette putain de forêt.

Elle raccrocha et Eddy jura.

Quand je disais que les journées à venir s'annonçaient merdiques au possible.

Il accéléra, pied au plancher.

Il ne lui restait désormais plus qu'à prier pour que Lauren ait la présence d'esprit d'attendre dix minutes sans changer d'avis pour finalement se rendre sur place en solo.


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