Chapitre 26

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Lauren claqua sa porte d'entrée et prit le plus grand soin de la verrouiller à double tour. Elle balaya son entrée puis son salon de ses deux yeux verts fatigués mais alertes. Le cœur battant la chamade, elle avança pour emprunter le couloir qui menait à sa salle de bain puis à sa chambre, tenant son Glock d'une main trop tremblante à son goût.

Rien de suspect à l'horizon

Elle souffla un bon coup, se retenant de se gifler mentalement. Si elle commençait déjà à devenir parano en à peine cinq ans de métier, elle ne donnait pas cher de sa peau dans les années à suivre.

Mais, en y réfléchissant bien, elle avait toutes les raisons du monde de ne se sentir en sécurité nulle part. Strauss savait où elle en était dans l'enquête, et elle ne savait toujours pas comment ce médecin pouvait s'y prendre pour constamment avoir au moins deux coups d'avance.

Il fallait qu'elle reprenne ses esprits avant d'analyser la situation dans sa globalité et d'émettre des hypothèses. Elle gagna sa cuisine ouverte sur le salon et se servit un verre de sirop de grenadine, la boisson qu'elle se servait toujours lorsqu'elle avait besoin de réconfort.

Elle emporta son verre avec elle jusqu'au canapé. Elle en but quelques gorgées avant de le déposer sur le bois verni de sa table basse.

Elle s'enfonça dans son sofa en cuir en échappant un nouveau soupir, fermant ses yeux pour faire diminuer son rythme cardiaque.

Cette enquête menaçait de lui faire perdre la tête. Elle sentait que toutes les pistes se mélangeaient dans les circuits de ses neurones.

Et si elle appelait Matt pour lui demander son avis sur l'enquête ? Un regard neuf n'était parfois que bénéfique, d'autant plus que son ami avait travaillé pendant quatre longues années à ses côtés. Il avait fini par apprendre comment elle procédait lors de ses enquêtes. Si Lauren lui racontait tout, du début jusqu'à la fin, peut-être qu'il trouverait ce qui avait pu lui échapper.

Elle se redressa et chercha son téléphone du regard. Elle l'avait laissé sur le meuble de l'entrée.

Elle grogna en se levant quand soudain, la sonnerie de son mobile retentit.

Lauren accourut, pressée de voir s'il s'agissait de son ami californien avec qui elle n'avait pas dialogué depuis trop longtemps à son goût. Mais elle redescendit aussitôt en pression et sentit presque son sang se glacer lorsqu'elle constata qu'il s'agissait d'un appel masqué.

Elle savait, ou du moins se doutait de qui il pouvait s'agir.

Elle déglutit péniblement et essaya tant bien que mal de stabiliser sa respiration avant de prendre l'appel. Elle ne prononça pas le moindre mot, attendant que son interlocuteur prenne la parole en premier.

Elle se sentit blêmir lorsqu'un souffle sourd résonna à travers le téléphone.

— Ça fait un moment que vous me courrez après, lieutenant Adams.

Lauren réprima un hoquet effrayé et bondit sur une feuille vierge pour noter les éléments qu'elle jugeait importants, à commencer par l'heure.

La voix de celui qui se présentait comme étant le tueur était trafiquée par un filtre, à l'image de toutes ses enquêtes qu'on pouvait voir dans les séries policières. Décidément, cette enquête n'avait rien de commun. Lauren avait l'impression de nager en plein délire.

Un nouveau souffle lourd, et il poursuivit :

— Notre partie de chasse m'a vraiment diverti. Pour vous remercier et vous féliciter d'avoir autant persévéré, je tenais à vous faire une petite surprise.

— Tu peux te carrer ta surprise où tu penses, Strauss.

Elle espérait que le fait qu'elle l'appelle par son nom le fasse réagir d'une quelconque façon. Même si Strauss savait où elle en était dans l'enquête, la simple résonance de son nom dans la bouche de Lauren permettait de réduire la distance entre eux deux. Lauren voulait lui montrer qu'elle n'avait pas peur de lui, et que tous ses stratagèmes pour tenter de l'intimider se solderaient par un échec.

Elle obtint quelques secondes de silence avant qu'il ne reprenne son monologue sans prendre compte de l'intervention de la flic.

— Mon cadeau se trouve le long de la Nationale Wake Forest, à quelques kilomètres du lieu où vous avez découvert Lucy Scott.

Lauren pris note aussi bien du lieu indiqué que du fait que le type se souvenait du nom de sa première victime dans la région. Certains tueurs oubliaient l'identité de leurs victimes, tandis que d'autres, comme lui, se souvenaient parfaitement de leur nom et ce à quoi elles ressemblaient. Ce détail pouvait avoir son importance dans l'enquête.

— Notez bien tout ce que vous avez à noter, lieutenant. Je ne me répéterai pas.

— C'est un piège, c'est ça ? prononça Lauren avec une pointe d'amusement. Vous me croyez assez stupide pour tomber dedans ? Vous pensez sérieusement que je vais me pointer seule là-bas ?

— Vous me sous-estimez lieutenant, j'avoue que ça me déçoit.

Lauren nota qu'il lui répondait pour la première fois depuis le début de l'appel. Elle écrivit également que – bien que le filtre utilisé pour masquer sa voix ne permettait pas d'en être sûr – son interlocuteur semblait soudain plus agressif. Ses mots étaient prononcés plus brièvement, il s'attardait moins sur la prononciation de certaines syllabes. Il parlait plus rapidement.

— Si j'avais réellement voulu vous faire du mal maintenant, sachez que je m'y serais pris exactement de la même façon que pour toutes les autres. Si ça vous chante, vous pouvez bien emmener votre collègue, le lieutenant Williams avec vous. Vous pouvez même faire venir l'ensemble des forces de police dont vous disposez, ça m'est égal.

— Vous tentez de faire jouer mon esprit de contradiction ? Vous espérez que le fait de me dire de venir avec mes collègues va finalement m'inciter à me pointer seule ? C'était bien essayé, mais c'est mal me connaître.

Elle nota un long souffle. Il commençait à perdre patience.

Lauren s'amusa à penser qu'elle devait être l'une des rares personnes à être suffisamment folles pour provoquer ouvertement un tueur en série.

— Lucy Scott, Suzanne Neil, Laura James, Julie Hart, Vicky Pelton, Lisa Moore. C'est un tableau de chasse vraiment plaisant, n'est-ce pas ? J'avoue qu'il le serait d'autant plus avec Lauren Adams comme trophée. Vous comprenez, Lauren ? Si je voulais vous faire du mal, je n'aurais pas pris le temps de vous appeler. Je vous aurais attendue, patiemment, planqué dans votre dressing ou derrière la porte de votre salle de bain. Je vous aurais attaquée par surprise, au moment où vous vous y serez le moins attendue, comme toutes les autres. Vous n'auriez rien eu le temps de voir venir, comme toutes ses victimes auxquelles vous désespérez de pouvoir rendre justice un jour.

Lauren nota qu'il l'avait appelée par son prénom, sans mentionner ni son nom ni son grade. Lui aussi tentait de réduire la distance entre eux deux dans l'espoir de l'intimider. Ce type commençait à taper sur le système de la flic.

— Croyez-moi quand je vous dis que je vais vous coffrer, l'avertit-elle. Votre petit jeu va rapidement prendre fin. Je vais vous mettre la main dessus et là vous vous mordrez les doigts d'avoir osé passer ce coup de fil pour me provoquer. On saura rapidement qui de vous ou de moi connaît le mieux l'autre.

— Il me tarde que vous le découvriez, Lauren. Je suis impatient de voir où notre histoire va nous mener.

Il raccrocha aussitôt qu'il eut fini sa phrase.

Lauren ne bougea pas, gardant les yeux rivés sur ce bout de papier qu'elle avait marqué de l'encre de son stylo. Elle l'analysa durant de longues secondes avant de soupirer.

Elle n'avait plus qu'une seule chose à faire.


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