Chapitre 41

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Eric Stangness. C'était le nom qui retenait l'attention des trois flics depuis près de cinq minutes.

Thomas et Eddy s'étaient empressés de jeter un œil aux autres dossiers pendant que Lauren s'était penchée sur le dossier qui avait été sélectionné par Thomas. Tous les deux n'avaient rien trouvé d'autre tandis que le sourire de leur collègue gagnait du terrain sur son visage à mesure qu'elle notait des éléments.

Tout s'emboîtait parfaitement pour Stangness. Un homme chétif, sa carte d'identité indiquait qu'il ne mesurait qu'un mètre cinquante-cinq et son visage creusé était orné d'une paire de lunettes qui masquait ses rides naissantes. En outre, un homme discret que presque personne ne devait remarquer au quotidien. Personne en le voyant dans la rue ne le soupçonnerait d'être un tueur en série. Et pourtant...

Lauren leva les yeux de son dossier pour la première fois depuis qu'elle l'avait eu entre les mains à l'entente de bruits de pas en provenance du couloir. La porte du bureau s'ouvrit sur Johnson et Matthew qui perçurent aussitôt la tension dans la pièce.

— Du nouveau ? se risqua à demander Matthew.

— Thomas a trouvé notre homme. Eric Stangness.

Le regard de Johnson s'illumina.

— Fantastique ! s'égosilla-t-il. Faites-nous le topo !

— Homme de quarante-deux ans, présenta-t-elle sans perdre de temps. Il a accusé de viol la compagne de son père il y a vingt-cinq ans. Il avait dix-sept ans lorsqu'il a décidé de se faire entendre pour les abus qu'il subissait depuis ses dix ans. Son père l'a quant à lui accusé de mentir et a payé un avocat réputé pour défendre le cas de sa femme. L'accusée a été innocentée et Stangness a dû payer un dédommagement pour diffamation.

Matthew fronça les sourcils et pinça ses lèvres entre elles.

— C'est tout ? T'as pas trouvé de déclencheur ? Le type pète juste les plombs comme ça vingt-cinq ans plus tard ? Gratuitement ? T'as pas trouvé de femme ou d'enfant qui aurait pu déclencher sa folie ?

— Je n'ai rien trouvé de tout ça non. Il n'a jamais été marié et n'a pas d'enfant.

Matthew était sur le point de faire remarquer à sa collègue que c'était un peu léger pour accuser cet homme mais il se rétracta quand il vit cette lueur d'amusement dans son regard.

Comme toujours, elle avait anticipé ses questions et ses remarques.

— Vas-y, dis-moi ce que tu as trouvé de mieux qu'une femme ou un gosse.

— Son père et sa belle-mère sont morts. Emportés par la Covid il y a 4 ans, au début de la crise. Sachant qu'il a commencé ses agissements il y a un peu moins de trois ans, je te laisse finir les déductions.

— D'accord, je vois où tu veux en venir. Tu penses que c'est la mort des deux personnes qui l'ont fait le plus souffrir qui lui a fait péter un câble ? Je trouve que presque deux ans c'est un peu long pour se décider à passer à l'acte, mais c'est toujours mieux que vingt-cinq. Ça se tient.

— Cette longue période peut s'expliquer par le temps qu'il a dû passer à trouver la couverture parfaite et à se documenter sur les tueurs en série, supposa Lauren.

Thomas se leva, pris d'un soudain entrain.

— Qu'est-ce qu'on attend alors ? Faut demander à Alexander de nous sortir les fadettes de ce Stangness !

Il disparut à toute vitesse dans le couloir sous le regard amusé de Lauren. Ils touchaient enfin au but. Ce n'était plus qu'une question d'heures avant que cet Eric ne croupisse en prison.

Les esprits pourraient enfin redescendre en pression.


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