Une fois encore, et comme pour toutes ces garces qu'il s'était juré d'éliminer, il l'observait. Elle restait plantée là, debout, face à sa porte d'entrée, les yeux rivés sur ce papier qui trônait sur le meuble en bois.
Un sourire satisfait étira ses lèvres.
La grande Lauren Adams cogitait. Il était parvenu à la faire douter.
Il imagina qu'elle se demandait si elle devait suivre ses instructions à la lettre, ou bien si elle devait les ignorer. Quel délicieux dilemme il venait de lui présenter. Dans la tête de cette garce, deux possibilités devaient s'affronter si elle était normalement constituée. Soit elle suivait l'ordre et se rendait sur cette nationale pour découvrir sa surprise – et prenait par conséquent le risque de tomber dans un piège cruel –, soit elle l'ignorait mais devrait vivre avec des regrets sur la conscience.
Peu importait le choix qu'elle ferait, les deux convenaient pour la suite de son plan. Dans tous les cas, elle aurait fini par les découvrir tôt ou tard. L'inviter à le faire était simplement un moyen pour lui de lui ajouter une pression psychologique supplémentaire. Il voulait épuiser ses ressources cognitives, la forcer à remettre en doute ses capacités.
Elle apportait peu d'importance au sommeil, il le savait. Il lui suffisait de calculer grossièrement le peu d'heures qu'elle passait dans sa chambre chaque nuit pour se douter qu'elle serait rapidement au bord de la rupture. Il devait être patient, ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'elle ne craque et qu'il ne puisse enfin lui régler son compte, une bonne fois pour toute.
Soudain, un mouvement. Elle avait bougé.
Pas trop tôt.
Elle avait repris ses esprits, semblait-il. Elle fit défiler l'écran de son téléphone avant de le porter à son oreille.
Il le savait. Elle appelait cet enfoiré qui avait déjà passé deux nuits chez elle. Il lui avait suffi de quelques recherches pour découvrir que ce fumier était son collègue. Au-delà de ça, il était même son binôme depuis qu'elle avait fait son arrivée à Raleigh, presque cinq mois auparavant.
Un peu moins de cinq mois qu'ils bossaient ensemble, et pourtant ils avaient déjà réalisé bon nombre de miracles. Près d'une quinzaine d'enquêtes complexes classées avec succès. Ce connard était dangereux lui aussi. Il allait être forcé de se charger de lui.
Il n'était pas très à l'aise à l'idée de tuer un homme – bien qu'il n'hésiterait pas à le faire si nécessaire. Après tout, si les hommes devenaient mauvais, c'était seulement à cause des femmes. Ces salopes sont l'incarnation même du mal. Elles manipulent, mentent et trichent dans le but de changer l'homme sur lequel elles ont jeté le dévolu.
À ses yeux, c'était à cause d'elles et de leur vilité qu'un père aimant se transformerait en un véritable tortionnaire, à cause de leur jalousie et de leur emprise qu'un patron juste et droit deviendra finalement le plus grand des enfoirés.
En rétrospective, si l'homme est cruel, c'est parce qu'une femme l'y a forcé. Ces pétasses ne sont ni plus ni moins que les responsables de la violence de ce monde.
Lauren Adams raccrocha mais ne posa pas son téléphone pour autant. Elle fit de nouveau glisser son doigt sur la vitre de son appareil avant de l'approcher une nouvelle fois de son visage.
Elle appelait quelqu'un d'autre.
Cette garce appelle réellement la cavalerie.
Il fronça les sourcils, son poing heurtant le bureau. Il émit un léger sursaut avant de regarder à tour de rôle sa main et son meuble. Il devait se calmer, qu'elle appelle tous les flics de Caroline de nord ne changeait absolument rien, il ne devait pas s'en préoccuper.
Tout de même, il l'imaginait comme un véritable loup solitaire.
Il devait avouer qu'il était déçu.
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Mirror
Misterio / Suspenso/!\ Cette histoire est destinée à un public averti, des scènes pouvant heurter la sensibilité de chacun /!\ Raleigh, Caroline du Nord. Depuis plusieurs semaines, la ville est secouée par une série de meurtres mystérieux. Chaque victime est une femme...
