Chapitre 21

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La porte de la chambre claqua.

Eddy leva les yeux de son café et découvrit Lauren dans l'encadrement de la porte. Elle marchait au ralenti, un bras couvrant ses yeux gonflés de fatigue que la lumière du jour agressait impitoyablement. Il voyait au moins une bonne nouvelle à cette réaction : Lauren était visiblement parvenue à dormir un peu.

Sa collègue avança vers lui, du moins en direction de la table où il s'était lui-même installé.

— Bien dormi ? demanda-t-il en guise de salutation.

— Étonnamment bien, oui, admit-elle en prenant place sur la chaise en face de lui.

— Tant mieux. Café ?

Elle acquiesça. Eddy se leva jusqu'au plan de travail pour mettre la cafetière en marche.

— Tu ne comptes quand même pas dormir sur ton canap' jusqu'à la fin de l'enquête ? demanda soudain Lauren alors que la machine couvrait presque entièrement le son de sa voix.

— Tu préférerais peut-être que je dorme sur le carrelage ?

— Non, siffla-t-elle en levant les yeux au ciel. Dans ton lit.

— Tu l'occupes déjà, rétorqua-t-il.

— Pas parce que je l'ai voulu. Je peux parfaitement dormir sur le canapé, et par conséquent tu pourrais garder ton lit.

Il ne répondit rien. La machine avait cessé son boucan et chacun profita éphémèrement du calme qui régnait dans la maison.

— Un sucre ? Comme d'hab' ?

Ce fut cette fois Lauren qui ignora sa question, vexée qu'il eut fait fi de la sienne. Eddy prit alors son silence pour un oui et déposa la tasse sur la table après y avoir plongé un carré.

— Sérieux Ed. Tu vas te détruire le dos.

Il but une gorgée de la boisson amère avant d'ancrer ses iris dans ceux de sa collègue.

— Je te séquestre pour que, d'une part tu arrêtes de n'en faire qu'à ta tête, et d'autre part parce que j'aimerais m'assurer que tu te reposes un tant soit peu. Lau, tu crois que c'est en te défonçant le dos sur un canap' que tu vas pouvoir te requinquer ne serait-ce qu'un tout petit peu ?

— T'as vu l'enquête sur laquelle on bosse depuis des semaines ? tempéra-t-elle. On est tous fatigué Ed, et c'est bien normal. Toi aussi tu as besoin de te reposer, auquel cas tu ne tiendras pas le coup !

— Non Lauren ! T'es pas juste fatiguée, t'es complètement épuisée ! Tu crois que je ne vois pas que par moment tu trembles comme une feuille, que t'as des cernes aussi creusés que ceux d'une vieille de quatre-vingt-dix ans, et que tu te concentres pour pas t'écrouler au sol une fois sur deux lorsque tu fais un effort ? Arrête de me prendre pour un con et fait gaffe à toi putain ! Tu me fais peur là !

Il avait explosé. Son impulsivité relative à Lauren l'avait trahi. Il n'arrivait plus à faire comme si le monde était rose et qu'il ne voyait rien.

Mais finalement, à en croire la tête de sa collègue, sans doute n'était-ce pas une si mauvaise chose.

La béatitude de son visage projetait son abasourdissement.

— Ça se voit tant que ça alors, remarqua-t-elle dans un sourire fendu.

Les traits du visage d'Eddy s'apaisèrent. Elle ne niait pas son état, et c'était déjà une bonne chose en soi. Il savait au moins que si elle faisait en sorte d'éviter le sujet en temps normal, ce n'était pas sous la force d'une forme de déni, mais plutôt parce qu'elle ne voulait réellement pas que son état s'ébruite. Par fierté ou par peur d'être mise sur la touche, il ne savait pas encore, bien qu'il ne fût pas impossible que les deux raisons puissent en être la cause.

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