Chapitre 25

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Le silence. Lauren et Eddy n'avaient plus échangé le moindre mot depuis leur découverte de la voiture du suspect dans un fossé à seulement quelques kilomètres du domicile des Strauss. Aux yeux des deux flics, cette découverte, couplée à ce qui manquait visiblement dans les deux logements qu'ils avaient fouillé, ne pouvait signifier qu'une seule chose : Strauss savait qu'il était plus que suspecté.

— Il y a une chose que je ne comprends pas, évoqua enfin Eddy qui mit un terme à ce silence pesant. Comment le type a-t-il pu savoir qu'on était sur sa trace ? Qu'est-ce qui a fait qu'il se sente en danger au point de se débarrasser de son véhicule et des quelques choses qu'on suppose incriminantes dans ses deux résidences ?

— Il ne l'a pas su à proprement parler. Disons qu'il l'a plutôt deviné.

— Quoi ? Tu vas me sortir que le mec est mentaliste maintenant ? Sérieusement, on n'a fait aucune allocution, on tente de garder le silence le plus absolu sur cette enquête. Alors il a pu savoir que nous étions aussi proches de lui ?

— Je parlerai plutôt d'un genre de sixième sens. Les types de ce genre arrivent à sentir quand quelqu'un qui fait partie de la même trempe qu'eux sont sur leur dos. Il a senti que je commençais à comprendre sa façon de voir les choses, sa façon de procéder. Cet enfoiré joue littéralement avec moi. Pour lui cette partie de chasse n'est ni plus ni moins qu'un jeu du chat et de la souris.

Eddy haussa un sourcil, visiblement peu convaincu. La réalité était que Lauren elle-même ne croyait pas un traître mot de ce qu'elle venait de raconter. Elle savait que cette histoire de sixième sens n'était pas fondée, et qu'il était vrai que le tueur n'avait normalement aucun moyen de suivre la progression de l'enquête à travers les médias. Et pourtant, ils en étaient là, à tenter de comprendre pour quelle foutue raison il les avait, une fois de plus, devancés.

La seule raison logique que Lauren entrevoyait ne l'enchantait guère. Selon elle, il ne faisait presque aucun doute qu'elle était observée. Et si elle avait le malheur d'évoquer le sujet avec son collègue, elle savait que l'inquiétude de ce dernier le forcerait à la maintenir captive chez lui tant que ce fou furieux ne serait pas hors d'état de nuire.

En experte en la matière, Lauren savait qu'il existait plus d'une manière pour suivre les avancements d'une enquête. Mais dans le cadre des tueurs en série, la principale façon de s'y prendre était de se mêler à la foule pour revenir sur leurs scènes de crimes. De cette façon, ils avaient tout le loisir de constater la stupeur sur les visages du grand public et l'incompréhension sur ceux des flics dépassés par la situation.

Mais là, ça ne colle pas.

Elle en revenait encore et toujours au même. Ça ne correspondait pas au profil qu'elle avait dressé. Pour retourner sur les scène de crimes avec autant de monde aux alentours et surtout autant de flics à la ronde, il faut une énorme confiance en soi. Procédé en totale contradiction avec un tueur qui se sent obligé de copier les autres tueurs pour avoir la sensation de bien faire les choses.

C'était forcément autre chose. Pour garder un œil sur l'enquête, et peut-être même sur Lauren, il avait une autre façon de procéder. La priorité pour elle désormais, était de comprendre comment il s'y prenait.

— Ed, tenta-t-elle d'une voix assurée, tu veux bien me ramener chez moi ? On est au point mort en ce qui concerne l'enquête. J'ai besoin de tout reprendre une nouvelle fois, mais chez-moi, dans un lieu que je connais bien. On n'a plus que très peu de temps avant que cet enfoiré de fasse une nouvelle victime, alors-

— Ça va, arrête de chercher des justifications. Je te ramène dans ton trou paumé. Du moins, pour ce soir. Si t'es pas sage, c'est retour dans ma demeure, et pour plus longtemps qu'une nuit.

Lauren avait ouvert les yeux en grand. Elle ne s'attendait pas à ce que ce soit aussi simple de convaincre son collègue.

Ce qu'elle ignorait, c'était qu'Eddy s'était résigné à devoir la ramener chez elle après la découverte de la voiture de leur principal et seul suspect. Il savait que c'était ce qu'il y avait de mieux à faire pour l'enquête.

À l'heure actuelle, permettre à Lauren d'être seule chez elle était leur meilleure chance de faire entrer l'enquête dans son tournant majeur.


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