Eddy actionna le frein à main, s'autorisant enfin à respirer profondément. Il avait l'impression d'avoir fait ces dix minutes de trajet en totale apnée. Il aperçut la voiture de sa collègue dans sa cour, juste devant son garage, et se décontracta un peu plus.
Elle n'était déjà pas partie seule.
Il lui envoya un message pour la prévenir qu'il était arrivé et qu'il l'attendait.
Eddy observa le quartier pour s'occuper. C'était la première fois qu'il prenait le temps de le faire depuis qu'il avait pris l'habitude de faire les aller-retours chez sa collègue. De nuit, il devait bien avouer que ce quartier avait quelque chose d'inquiétant, d'anxiogène. Du moins, c'était ce qu'il ressentait en sachant qu'un malade courait les rues et s'attaquait à n'importe quelle tête brune.
D'ici, il avait une vue parfaite sur l'étendue de la départementale Woodland Church. À cette heure, le soleil avait déjà décliné pour laisser place à la lune, et les voitures se faisaient moins nombreuses. Beaucoup moins nombreuses. Presque inexistantes.
Il se concentra à nouveau sur l'observation du quartier. La maison en pierres blanches de sa collègue était isolée des autres, son voisin le plus proche se trouvant en face, de l'autre côté de la départementale. C'était le lieu idéal pour s'en prendre à elle sans qu'il n'y ait de témoin. En pleine nuit, seule chez elle, elle aurait beau crier pendant les sévices que son bourreau lui ferait subir, personne ne l'entendrait.
Ça va vraiment pas d'imaginer ce genre de chose...
Il soupira en fixant cette grande maison dont sa collègue était propriétaire. Les volets n'étaient pas fermés, seuls les rideaux l'empêchaient de distinguer l'intérieur. Il sut juste que la lumière était encore allumée, l'éclairage LED intérieur contrastait avec le noir de l'extérieur.
— Qu'est-ce qu'elle fout bon sang ? rouspéta-t-il. Ça fait cinq minutes que je l'attends.
Soudain, une angoisse.
Et si elle avait fait un malaise ? Et si les tremblements qu'il avait perçu dans la voix de sa collègue au téléphone n'étaient pas liés à la peur mais à l'épuisement ? Et si après avoir raccroché, elle s'était écroulée, se fracassant le crâne contre un meuble ou sur son carrelage ?
Une supposition plus atroce lui vint. Et si le tueur l'avait éliminée ? Il avait obtenu son numéro de téléphone après tout, alors pourquoi pas son adresse ?
Calme-toi. Elle allait bien il y a un quart d'heure. Ce type prend le temps avec ses victimes, il n'a pas le temps de leur faire toutes ses horreurs en aussi peu de temps. C'est Lau elle-même qui te l'a dit.
— Fait-chier, pesta-t-il. Elle a vraiment fini par faire un malaise en fait ? On avait prévu de faire un tour en forêt, pas à l'hosto.
Il ouvrit sa portière de voiture et se propulsa hors de l'habitacle quand les lumières de chez Lauren s'éteignirent enfin.
La flic bondit hors de chez elle et se retrouva en une poignée de secondes à ouvrir la portière passager. Eddy la dévisagea, les sourcils froncés.
— Je peux savoir ce que tu foutais ? Je commençais à m'inquiéter.
— J'analysais les paroles de ce connard, rétorqua-t-elle sèchement. J'avais pas entendu que tu étais arrivé.
Eddy nota que sa collègue était encore plus tendue qu'il ne l'avait imaginé. En temps normal elle se serait empressée de se moquer du fait qu'il s'était inquiété, et l'aurait charrié pendant tout le trajet. Là, rien, si ce n'était cet air renfrogné qu'il ne lui connaissait pas.
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Mirror
Mystery / Thriller/!\ Cette histoire est destinée à un public averti, des scènes pouvant heurter la sensibilité de chacun /!\ Raleigh, Caroline du Nord. Depuis plusieurs semaines, la ville est secouée par une série de meurtres mystérieux. Chaque victime est une femme...
