Ce furent en tout cinq équipes de quatre flics qui avaient été constituées pour assurer la protection des cinq femmes susceptibles d'être la prochaine cible de Stangness. Matthew était assigné à la tête de l'une des équipes, Johnson ayant obtenu toutes les autorisations nécessaires en un temps record pour rester dans la légalité. De cette façon, chaque équipe était dirigée par des officiers ayant travaillé intensivement sur l'enquête ou auprès de Lauren.
La salle de réunion était en effervescence. La fin de cette enquête qui avait bousillé tant de vies et plongé Raleigh dans la terreur arrivait enfin à son épilogue.
— Chaque équipe me fera parvenir la moindre info la concernant, leur intima Lauren d'une voix sans appel. Je ne vous donnerai aucune instruction intempestive, mes ordres ne découleront que de ce que vous me transmettrez. C'est pourquoi je veux absolument tout savoir. Je veux que vous me fassiez parvenir tout ce que vous voyez, entendez, ou même tout simplement ressentez. Rien n'est anodin.
L'un des officiers s'avança et prit la parole :
— Les femmes potentiellement visées sont-elles averties de ce qui risque de les attendre ? Je pense qu'il serait plus pertinent qu'elles soient au courant, ça nous serait d'une grande aide qu'elles fassent en sorte de ne pas rester seules jusqu'à ce qu'on puisse arriver.
Lauren scruta son collègue, un mec tellement discret qu'elle était incapable de ressortir son prénom alors qu'elle le voyait tous les jours depuis qu'elle était arrivée en Caroline. Il lui semblait qu'il s'appelait Peter, ou peut-être Christopher. Peu importait, en réalité, tout ce qui comptait c'était qu'il avait la tête sur les épaules et était consciencieux, bien qu'un peu condescendant par moment.
— Charlie, Lola, et Sharon sont au courant. Je leur ai toutefois demandé de ne pas désinstaller leur caméra pour éviter d'éveiller les soupçons de Stangness. Elles vont rester en sécurité. Elles vont rester avec leur conjoint à leur domicile. Seule Lola va retourner chez ses parents. Sa maison est donc censée être vide.
— Et pour Déborah et Gaby ? renchérit-il en fronçant les sourcils.
— C'est là que c'est un peu plus compliqué. Elles n'ont pas répondu à nos appels. On leur a laissé un message avec les instructions à suivre. J'espère qu'elles l'écouteront.
— Autrement dit, résuma Matthew en s'avançant à son tour, mon groupe et celui du lieutenant Williams devront redoubler de vigilance. L'avantage c'est que les maisons ne sont pas très éloignées les unes des autres, elles sont toutes dans le même secteur. Dès qu'un groupe est persuadé d'avoir le suspect en vue, il avertit les autres pour que tout le monde arrive en renfort le plus vite possible. Plus on sera nombreux et plus on aura de chance de le coincer.
Lauren fronça les sourcils.
— Il ne faudra pas que vous vous rejoigniez tous là-bas, objecta-t-elle. Ça serait contre-productif. S'il se sent coincé, Stangness prendra la fuite, comme toute personne sensée. S'il nous file entre les doigts en bagnole on aura pas l'air con. Une équipe de trois suffira pour les maîtriser, ou au moins à lui faire peur. Alors plutôt que de venir en renfort, bloquez les grands axes pour ne lui laisser aucune issue possible. C'est aussi pour ça que j'aimerais que vous partiez avec au moins deux voitures par groupe. Peu importe qu'elles soient banalisées ou non. Tout ce qui compte, c'est que vous ayez de quoi bloquer les routes. Et pour ça, dix voitures ne me semblent pas être de trop.
— C'est pas idiot, commenta Thomas. La réflexion se tient. Il n'a de toute façon pas vingt mille possibilités pour se faire la malle, il va être obligé de passer par les endroits où on sera posté. Il va pas pouvoir gambader bien longtemps si jamais il parvient à prendre la tangente.
— Aussi, précisa-t-elle, surtout pas de gyro. Soyez les plus discrets possible devant les maisons. S'il vous entend arriver, il va pouvoir prendre la fuite par derrière et là on aura jamais le temps de se déployer.
Johnson s'avança au centre de la salle puis fit signe à toutes les équipes de se préparer. Le départ était imminent, le stress commençait à se faire ressentir pour tout le monde. L'enjeu était gros, pour ne pas dire énorme. La moindre bourde serait fatale.
— Bonne chance les gars, les encouragea Lauren. Soyez prudents surtout.
Tous les officiers quittèrent progressivement la salle et Lauren les observa faire, sentant ses entrailles se tordre.
Ce que c'était frustrant de voir ses coéquipiers partir sur le terrain pendant qu'elle était coincée dans ce bureau avec Alexander.
Frustrant, et terriblement angoissant...
N'avoir aucun contact visuel avec eux, n'avoir que comme preuve de leur survie une simple communication radio, ça la rendait folle. Elle n'était pas faite pour diriger à distance, elle avait besoin de tout observer, de tout analyser, de s'assurer que ses collègues ne couraient aucun danger.
Elle avait simplement besoin de pouvoir tout contrôler.
Johnson s'approcha d'elle, le regard grave.
— Vous êtes bien sûre que la prochaine cible de Stangness est l'une de ces cinq femmes ?
Lauren ne répondit pas immédiatement. Elle avait étudié ce dossier durant des centaines d'heures ces dernières semaines, si ce n'étaient un millier. Après des échecs cuisants, des remises en question auxquelles elle n'aurait initialement jamais songé, des dizaines d'heures de sommeil sacrifiées, et même un séjour à l'hôpital, elle était enfin parvenue à identifier cet enfoiré. Établir le profil d'un criminel en analysant ses crimes, ce qu'ils racontaient, c'était difficile et chronophage, mais possible. En revanche, prédire à l'avance et avec certitude de surcroît l'identité de sa prochaine victime, c'était une autre paire de manches. Dans le cas précis de ce tueur, c'était même impossible.
— On ne peut jamais rien assurer avec certitude, nuança-t-elle. Mais disons que ces femmes sont de loin la piste la plus exploitable et de toute façon la seule que nous ayons.
Le visage du commissaire se ferma davantage. Lauren devina aisément qu'il valait mieux pour elle que ses analyses les mènent au bon endroit. Il en valait de sa liberté à exercer son métier comme elle l'entendait dans cet État.
— J'espère alors que vos déductions sont bonnes, marmonna-t-il en tourant les talons pour rejoindre le reste de ses troupes.
— Je l'espère aussi.
Mais Espoir n'était pas Certitude, et après tant de temps passé à étudier et traquer les tueurs de la pire espèce, Lauren pouvait sentir qu'elle n'était pas au bout de ses surprises. Baisser sa garde et crier victoire trop vite étaient les deux pires erreurs qu'elle n'avait surtout pas le droit de commettre.
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Mirror
Mystery / Thriller/!\ Cette histoire est destinée à un public averti, des scènes pouvant heurter la sensibilité de chacun /!\ Raleigh, Caroline du Nord. Depuis plusieurs semaines, la ville est secouée par une série de meurtres mystérieux. Chaque victime est une femme...
