Chapitre 33

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Lauren serra le frein à main et coupa le moteur. Elle prit quelques secondes à l'arrêt dans sa voiture pour observer son environnement. Le parking était gigantesque, elle estima que près de 500 voitures pouvaient largement y tenir.

De quoi accueillir le personnel et quelques clients qui souhaiteraient souscrire à un abonnement, songea-t-elle.

Mais si le parking était d'une taille imposante, elle était toutefois étonnée de constater que seules une cinquantaine de voitures y étaient garées. Ainsi occupé de seulement un petit dixième de sa capacité, il paraissait presque vide.

Lauren se gifla mentalement. Elle se maudissait d'avoir eu la superbe idée de s'aventurer dans un tel coin à une heure aussi merdique. C'était la deuxième fois en deux jours qu'elle venait de son plein gré dans un lieu où pouvait potentiellement se trouver un tueur en série.

T'es complètement ravagée, on peut plus rien pour toi ma pauvre.

Maintenant qu'elle était sur ce parking après avoir fait plus de cinquante minutes de route, elle n'allait certainement pas faire demi-tour. Elle était là, alors autant aller jusqu'au bout de sa connerie.

Elle respira profondément, faisant fi de son souffle tremblant. Elle devait laisser la peur dans sa voiture. Elle devait encore tenir quelques jours avec l'image de cette flic sûre d'elle. Dans une semaine tout au plus, elle serait en vacances, soit à la montagne, soit à San Francisco pour défier Matthew au bowling jusqu'à pas d'heure. Ou pourquoi pas la mer pour une fois ? D'ordinaire, elle n'appréciait pas la plage. Le sel qui lui dévorait la peau et lui fusillait les cheveux, – sans compter le sable qu'elle traînait jusque chez elle-même après une dizaine de rinçages – très peu pour elle. Mais elle sentait que le simple son des vagues s'écrasant contre le sable à intervalle régulier pouvait être cette petite chose insignifiante capable de la ressourcer.

Lauren secoua la tête. Elle divaguait totalement. Ce n'était pas son genre de se projeter ainsi, surtout lorsqu'il s'agissait de vacances. Elle était ce genre de personne capable de partir sur un coup de tête, vivant au jour le jour.

Elle prit son courage à deux mains et quitta sa voiture, prenant le soin de la fermer à clé.

Elle arriva face au bâtiment d'accueil deux minutes plus tard, après avoir traversé cet interminable parking en se retournant toutes les cinq secondes pour vérifier ses arrières.

La grande affiche collée sur l'une des deux portes automatiques promettait un accueil 24h/24, ce qui arrangeait bien Lauren qui se doutait qu'ils ne devaient pas être des masses à se pointer ici à 5h15 du matin.

Elle s'approcha jusqu'à être détectée par le capteur des portes et s'engouffra dans le bâtiment. Elle tomba aussitôt sur la secrétaire de garde.

— Bienvenue chez Green Protect, la salua-t-elle d'un grand sourire. Avez-vous besoin d'un renseignement ?

Lauren avança jusqu'à son bureau et lui présenta son insigne.

— Département des enquêtes, j'aurai des questions à vous poser.

La secrétaire perdit aussitôt son sourire, consciente que ce n'était pas avec cette petite dame aux boucles brunes qu'elle allait faire des affaires.

— Vous avez un mandat ? Vous n'avez pas le dr...

Lauren brandit aussitôt le papier qu'elle avait attrapé sur son meuble d'entrée, sans laisser le temps à la secrétaire de terminer sa phrase. Son but était de la brusquer, de sorte à ce que la femme grisonnante face à elle perde de son assurance et se montre plus docile. Par expérience, Lauren savait que c'était cette méthode qui était la meilleure à appliquer pour faire plier ce genre de personne.

Maintenant, il ne lui manquait plus qu'à prier pour que l'hôtesse d'accueil ne lui demande pas de lire les mentions indiquées sur le mandat. Ce coup de bluff était tout ce dont Lauren disposait actuellement pour parvenir à ses fins.

— J'ai déjà un mandat, contra-t-elle sèchement, et j'aimerai ne pas perdre plus de temps si vous le voulez bien. La vie de plusieurs femmes est en jeu alors vous serez priée de bien vouloir coopérer.

La secrétaire plissa les yeux, scrutant Lauren pendant quelques secondes avant d'accéder à sa requête.

— Je vous écoute. Il vous faut quoi ?

— Le planning des quatre dernières semaines de tous les employés qui sont uniquement chargés de surveiller les écrans. Au format papier de préférence.

Lauren faisait partie de ces personnes qui préféraient le bon vieux support blanc pour annoter les points utiles à l'enquête. Elle imaginait déjà Thomas – qui lui était bien plus à l'aise avec le numérique – la blâmant pour sa participation active à la déforestation.

La secrétaire la toisa avant de pianoter sur son ordinateur.

— Je vous le dis d'office, ça va pas être possible. Ça fait trop de feuilles.

— Dans ce cas-là, donnez-moi juste leurs noms. Je me débrouillerai de mon côté pour faire un tri et je reviendrai vers vous quand j'aurai fait une sélection.

Elle soupira avant de donner à Lauren ce qu'elle attendait. La liste du personnel travaillant exclusivement derrière les écrans représentait pas moins de quatre feuilles recto-verso. Une ligne correspondait à un individu, mentionnant son nom, son prénom et sa date de naissance.

Lauren fit la grimace. Un travail colossal les attendait encore avant d'espérer trouver qui parmi eux pouvait être suffisamment malade pour buter toutes les brunes qu'il pouvait croiser.

La flic remercia la secrétaire avant de s'éclipser aux toilettes. Elle posa le dossier sur l'évier et photographia les huit pages pour les envoyer à Wilfried. Si son collègue pouvait les avancer en rentrant chacun des noms dans la base de données, Lauren et Eddy auraient une chose de moins fastidieuse à faire à leur arrivée au bureau.

Mais au moment d'envoyer le mail, un message d'erreur s'afficha sur l'écran de son téléphone. Elle ne disposait pas de suffisamment de réseau pour l'envoyer.

En venant se perdre dans un coin aussi paumé, c'était prévisible.

Elle n'avait plus qu'à filer au bureau pour donner ça en main propre à son collègue. De toute façon, elle ne comptait pas repasser chez elle en sachant que ce malade l'espionnait à la moindre occasion.

Elle quitta les toilettes, agacée, et remonta le parking à pied, toujours en vérifiant régulièrement ses arrières. Il faisait moins sombre dehors, le soleil n'allait plus tarder à pointer le bout de son nez. Pourtant, il lui semblait que le parking était encore plus vide qu'à son arrivée.

Un sourire niais étira ses lèvres. Elle imaginait déjà les reproches d'Eddy lorsque ce dernier apprendrait qu'elle n'avait pas dormi de la nuit, encore une fois. Elle préférait s'en amuser, pour une fois que son irrespect pour le protocole apportait quelque chose. Le nom du coupable était disséminé entre ces quatre feuilles, elle le sentait.

Elle posa sa main sur la poignée de sa voiture quand un frisson la paralysa.

Un bip retentit sous la voiture, suivi d'un déclic.

Le souffle de l'explosion balaya tout dans un rayon de trois mètres.


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