Eddy ouvrit les yeux dans un sursaut. Quelle heure était-il pour que son téléphone lui hurle dessus de la sorte ?
Il sonda son matelas en le tâtonnant de la main, les yeux embués de fatigue. Totalement perdu dans son lit, il lui fallut près d'une dizaine de secondes pour comprendre qu'il avait la tête au pied du lit et les pieds sur l'oreiller.
Son téléphone cessa enfin son boucan. S'il ne s'agissait pas de son réveil, ça ne pouvait qu'être un appel. Et il ne connaissait qu'une seule personne pouvant avoir le culot de devancer son alarme.
Il ne faisait pas encore tout à fait jour dehors. Eddy évalua qu'il devait être un peu moins de six heures du matin.
La sonnerie d'appel retentit de nouveau, lui arrachant un grognement. Quand est-ce que cette femme comptait-elle tenir sa parole. Elle avait juré de ne pas l'appeler avant l'aube.
Bon sang Lau, à peu de chose près, on aurait pu considérer que tu avais passé une nuit décente.
Le flic se repositionna dans le bon sens puis empoigna son téléphone posé sur la table de chevet, décrochant machinalement.
— Putain Lau, ton but c'est de me tuer de fatigue ou qu...
— Ce n'est pas Lauren, Eddy.
L'entente de la voix de Johnson eut pour effet d'achever de le réveiller. Il regarda plus attentivement par la fenêtre et ne comprenait pas. Il lui semblait pourtant que tout indiquait qu'il était moins de six heures du matin. Bien qu'il ne faisait pas totalement sombre, l'extérieur était bien loin de briller à l'image de l'été caniculaire qu'ils subissaient depuis deux semaines. À moins que son réveil n'eût pas sonné et que le manque de luminosité était lié à un orage, Eddy ne parvenait pas à expliquer la situation.
Il éloigna son téléphone de son oreille pour enfin regarder l'heure.
Ses sourcils se froncèrent lorsqu'il lut 5h47.
Si son supérieur l'appelait à une heure aussi peu conventionnelle, c'était sûrement parce qu'ils avaient enfin une piste sérieuse concernant leur enquête.
Eddy ne put réprimer un sourire. Tout ceci allait enfin prendre fin. Il lui tardait de pouvoir enfin prendre des vacances. Il n'avait plus qu'une envie : se dorer la pilule au soleil, au bord de la piscine de ses parents.
— Pardon Johnson, j'étais persuadé que c'était elle. On dirait pas comme ça, mais elle a cette fâcheuse tendance à appeler...
— Lauren est amenée d'urgence à l'hôpital, le coupa-t-il.
Le cœur d'Eddy tenta de s'enfuir par sa bouche. Ses bras et ses jambes s'étaient instantanément engourdies. Son cerveau avait cessé son activité, jusqu'à l'empêcher de respirer.
Il avait entendu les mots que son supérieur venait de prononcer, parfaitement même. Il les avait compris également, et il savait que Johnson n'était pas le genre à faire des blagues du genre pour tirer ses subordonnés du lit. Il n'avait donc aucun doute concernant l'authenticité de l'enchaînement de ces sons juxtaposés les uns après les autres.
Le plus dur pour lui, était de les accepter.
Son cerveau reprit du service, non pas pour l'aider à reprendre le contrôle de son corps, mais pour lui faire imaginer tous les scénarios susceptibles d'avoir mené sa collègue à l'hosto.
Dans le meilleur des cas, elle avait appelé les urgences en sentant qu'elle faisait un malaise et c'était juste son corps qui lui ordonnait d'arrêter les frais parce qu'il ne pouvait plus suivre. Dans le pire, le tueur s'était invité chez elle et l'avait attaquée.
Bon sang, il le savait pourtant que c'était tout sauf une bonne idée de la laisser rentrer chez elle, seule. Sa collègue avait besoin d'un endroit familier pour se concentrer sur l'enquête et espérer établir le profil de ce malade. C'était pour cette raison qu'elle avait insisté pour rentrer chez elle.
Seule. Ça aussi elle ne voulait pas en démordre, elle te l'avait expressément ordonné. Elle ne t'avait pas laissé le choix.
Pourtant, il aurait dû – aurait pu – insister. Elle ne voulait pas de lui dans ses pattes pour ne pas risquer d'être influencer, mais s'il avait été dans une autre pièce à l'écart, il ne l'aurait pas dérangée, et il aurait pu garder un œil sur elle. Pourquoi n'avait-il pas au moins tenté de faire cette proposition ? Il avait déjà squatté son canapé deux fois, une troisième n'aurait rien changé.
Tout simplement parce que tu ne vaux pas mieux que tous ceux qui ne voient en elle qu'une machine à arrêter les pires criminels.
Comme tout le monde, il avait été dépassé par les évènements. En voyant le corps de Strauss dans cette forêt, Eddy avait perdu tout espoir de boucler cette enquête par ses simples compétences. Seule Lauren n'avait pas baissé les bras en découvrant le cadavre du médecin, et c'était précisément à ce moment qu'Eddy avait compris qu'elle était la seule capable de faire face à cette monstruosité.
Après tout, elle en avait coffré des dizaines, des types de ce genre.
Eddy se souvenait avoir été stupéfait par cet article de San Francisco, où tout le monde n'attendait plus que le retour de Lauren pour enfin mettre un terme aux agissements de l'égorgeur de Tanderloin qui sévissait depuis plus de quatre semaines. Pourtant le voilà maintenant qui s'était retrouvé à leur place. S'il avait laissé Lauren faire ce qu'elle voulait, c'était pour le bien de l'enquête.
Il avait pensé avant tout à cette enquête plutôt qu'à l'intégrité de sa collègue.
— Je vous demande pardon ? parvint-il enfin à articuler, bien que difficilement.
— Elle a été retrouvée sur le parking de Green Protect, à côté de sa voiture en flammes.
Eddy se sentit pâlir. Il lui semblait que ses organes s'affaissaient sous l'angoisse. Laisser Lauren seule à ce stade de l'enquête était la pire idée qu'il avait eue. Au-delà de ça, il n'aurait pas dû lui dire de ne pas l'appeler avant l'aube, même si c'était pour la charrier. Sa collègue n'avait sans doute pas relevé l'ironie et avait pris ses paroles au pied de la lettre.
— Et comment elle va ? s'enquit-il, la voix tremblante. Qu'est-ce qu'elle foutait là-bas ?
— J'en sais pas plus que vous. Elle est transportée au Duke Hospital. Je m'y rends immédiatement. Ils m'ont appelé en constatant son insigne. Je voulais juste vous informer de la situation, je vous tiendrai au courant dès que j'en saurai davantage.
Johnson était agacé, la seule intonation de sa voix suffisait à en témoigner. Eddy ignorait toutefois s'il l'était parce que Lauren était dans un état qui nécessitait une hospitalisation, ou si c'était parce qu'elle n'avait encore une fois eu que faire de ses ordres.
Sans doute était-ce un mélange des deux.
— Pas la peine, j'arrive.
Johnson ne rétorqua rien, raccrochant quelques seconde après, et Eddy envoya un message à Anderson dans la foulée, l'avertissant de la situation.
Le flic se leva, désormais parfaitement réveillé. Il enfila son pantalon de la veille qui traînait au pied du lit et extirpa un nouveau T-shirt de son armoire. Il fit un saut dans la salle de bain pour rafraîchir son haleine et se passer un coup d'eau sur le visage.
Il avait à peine posé les fesses dur le siège de sa voiture lorsqu'il reçu une réponse de son collègue californien :
— Je monte dans le premier avion. Je serai là vers 14h30.
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Mirror
Mystery / Thriller/!\ Cette histoire est destinée à un public averti, des scènes pouvant heurter la sensibilité de chacun /!\ Raleigh, Caroline du Nord. Depuis plusieurs semaines, la ville est secouée par une série de meurtres mystérieux. Chaque victime est une femme...
