Un silence de plomb régnait dans le bureau de Lauren et Eddy. Ce dernier fixait les cahiers tandis que sa collègue tentait d'articuler les différents éléments ensemble. Elle ne comprenait pas ce soudain revirement, comment se faisait-il que Stangness fasse soudain preuve d'arrogance ? Ce n'était pas logique.
— Lau, j'ai bien compris à force que tu étais une experte dans la traque de ce genre de tueur, mais tu es sûre que tu ne te serais pas plantée dans l'établissement du profil de ce monstre ? Tu ne fais que nous rabâcher depuis le départ qu'il est incapable de se foutre de nous, de nous provoquer. Pourtant, nous conduire ouvertement chez lui en nous laissant à disposition son téléphone et trois pièces à conviction, je sais pas pour toi, mais moi ça me fait quand même légèrement penser à de la provoc'.
— Je ne suis pas sûre qu'il nous provoque à proprement parler. Je dirais plutôt qu'il nous fait plutôt passer un message.
Eddy quitta enfin les carnets des yeux, levant son visage tiré par la fatigue vers Lauren.
— Ah oui ? Et quel genre de message selon toi ?
— Le genre de message qui annonce la fin de l'histoire, intervint Matthew. Il va commettre son dernier crime puis nous n'entendrons plus jamais parler de lui. Du moins, plus aux États-Unis.
Un fracas retentit, attirant l'attention de tous au fond de la pièce. Johnson s'était brusquement levé de sa chaise et avait frappé la table de la paume de ses mains.
— C'est une vaste blague ? s'insurgea-t-il. On ne peut pas laisser ce type s'évaporer dans la nature comme ça ! Comment pouvez-vous rester aussi calme, Adams ? Vous qui cherchez à le coincer à n'importe quel prix depuis le début de l'enquête ? Il s'agirait de se réveiller un peu pour éviter qu'un désastre pareille ne survienne !
Lauren adressa une œillade noire à son supérieur. Lorsqu'il se laissait submerger par la panique – comme la plupart des personnes finalement – Johnson était capable de devenir un profond connard.
— Depuis quand se laisser aller à la panique est-ce bénéfique ? rétorqua-t-elle dans un rictus provocateur. On aura tout le temps de stresser sur le terrain. On a jusqu'à ce soir pour le coffrer. Tâchons de faire les choses au mieux sans nous agacer pour mettre toutes les chances de notre côté.
— Ce soir ? rebondit Matthew, ayant perdu de vue la logique de son amie. Pourquoi ça serait ce soir ? Pourquoi pas dans une heure ? Ou même maintenant ?
Lauren leva les yeux au ciel, prenant un air innocent alors qu'elle faisait mine de réfléchir.
— Hum, peut-être parce qu'il est déjà 15h17 et qu'il lui faut le temps de s'organiser pour tuer sa dernière victime ?
La bouche du californien se fendit d'un sourire en coin.
— À d'autres. J'ai compris, tu te payes encore ma tête, tu ne te baserais jamais sur un truc aussi aléatoire, encore moins à ce stade de l'enquête, à moins que le choc que tu as reçu sur la tête ne t'ait anéanti le cerveau. Vas-y petit génie, qu'est-ce que tu as déterminé cette fois ?
Lauren lui adressa un regard complice puis le nargua en tirant subtilement la langue.
— Ou alors c'est peut-être parce que la victime équivalente à Los Angeles a été assassinée la nuit, et que jusqu'à présent il a tué les victimes de chez nous de façon strictement similaire à celles de Los Angeles, allant jusqu'à claquer l'heure de la mise à mort.
— Et à quelle heure a été tuée la victime de Los Angeles ? la questionna sèchement Johnson.
Leur supérieur n'était visiblement pas d'humeur à jacasser, et Lauren ne pouvait pas lui en tenir rigueur, au vu de la pression qu'il avait, elle n'avait pas le droit de trop lui en vouloir.
Après tout, les heures tournaient et leurs chances de retrouver ce fumier seraient nulles une fois cette journée écoulée.
— Le légiste avait estimé la mort à 23 heures.
— Ce qui nous laisse donc un peu moins de huit heures pour trouver qui dans ces carnets de note pourrait être sa prochaine proie, et nous rendre sur place pour éviter un nouveau drame. C'est un peu juste, tu ne trouves pas ?
— Je ne pense pas que dans ces deux carnets il y ait énormément de femme brune âgées de très exactement vingt-quatre ans.
— Je présume que c'est l'âge qu'avait la victime équivalente ? proposa Eddy.
— Tout juste. Si on la trouve, c'est gagné.
Thomas souffla par le nez, amusé.
— Effectivement, cette tâche ne devrait pas nous prendre huit heures. Je comprends mieux pourquoi tu es aussi sereine depuis le début.
Lauren hocha la tête. Cette affaire touchait enfin à sa fin. Cet enfoiré aurait mieux fait de ne jamais s'essayer à la provocation en laissant délibérément toutes ces preuves chez lui. Finalement, il avait bel et bien fini par emprunter cette même route que beaucoup de ses prédécesseurs : un accès de confiance.
Quelle que pouvait être la mentalité initiale du tueur, il n'était pas rare que même les plus incertains et timides d'entre eux finissent par faire preuve d'arrogance. Réaction normale, qui s'expliquait notamment par l'euphorie ressentie en constatant qu'ils pouvaient faire autant de victimes qu'ils le voulaient sans se faire prendre et donc sans la moindre conséquence, comme s'ils étaient de véritables dieux de la mort.
— Je pense que ça ne devrait pas nous prendre plus d'une heure, estima-t-elle. Mais évitons quand même de perdre trop de temps et mettons-nous-y dès maintenant.
Eddy acquiesça, s'emparant d'un des deux carnets pour l'étudier avec Thomas, tandis que Matthew prit le second pour s'en occuper avec Lauren.
Au bout d'une trentaine de minutes, les deux carnets avaient été intégralement passés au crible. Lauren et Matthew avaient relevé trois noms qui correspondaient à la description tandis que Thomas et Eddy en avaient sélectionné deux.
— Ça nous fait donc un total de cinq victimes potentielles, résuma Lauren en se jetant dans le fond de son siège.
— Et maintenant, l'interrogea Thomas, on fait comment pour savoir laquelle il vise précisément ? Il y a un nouveau détail à exploiter pour les filtrer ?
— On ne peut pas savoir laquelle il visera parmi celles-là, coupa-t-elle court. C'est impossible à déterminer, surtout en si peu de temps. On va devoir envoyer des troupes chez les cinq.
Thomas écarquilla les yeux avant de se masser machinalement la nuque.
— Eh beh, heureusement qu'il n'y a que cinq cibles potentielles, ricana-t-il nerveusement. On aurait eu l'air fins s'il y en avait eu vingt.
Lauren esquissa un sourire. Pour une fois, elle ne pouvait pas contredire son collègue.
— Au lieu d'ironiser sur les limites de mes pratiques, on ferait mieux de prévenir Johnson pour former les équipes et bien se mettre au point sur nos façons de procéder. C'est notre dernière chance d'arrêter ce connard, alors il faut tout mettre en œuvre pour ne pas la gâcher.
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Mirror
Mystery / Thriller/!\ Cette histoire est destinée à un public averti, des scènes pouvant heurter la sensibilité de chacun /!\ Raleigh, Caroline du Nord. Depuis plusieurs semaines, la ville est secouée par une série de meurtres mystérieux. Chaque victime est une femme...
