Chapitre 36

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Les pas frénétiques d'Eddy résonnaient dans les couloirs de l'hôpital. Plus il approchait de l'accueil, plus ses entrailles se tordaient. Son souffle se faisait de plus en plus court, de plus en plus rapide. L'acidité dans sa bouche menaçait de lui faire rendre son dîner à tout moment.

Lorsqu'il arriva enfin au guichet central, il interpella une infirmière. La soignante devait ne pas avoir plus de la quarantaine, mais avait pourtant l'allure d'une personne de dix ans de plus. D'épais ridules noirs cernaient ses yeux rougis, contrastant avec son teint blafard. Le personnel médical n'avait rien à envier à celui de la police. Après tout, eux aussi côtoyaient la mort au quotidien. Bien qu'ils la percevaient sous un autre angle, ce n'en était pas moins épuisant, aussi bien moralement que physiquement.

— Excusez-moi, je cherche la chambre de Lauren Adams. Elle a été admise il y a environ une heure.

L'infirmière lorgna sur l'insigne qu'il portait à la ceinture et esquissa un maigre sourire. Elle fouina dans ses papiers avant de relever ses yeux fatigués.

— Elle est chambre 115, au premier étage. Votre supérieur est déjà vers elle.

Eddy la remercia et gravit deux à deux les marches qui le menèrent à l'étage du dessus. Il s'engagea dans le long et large couloir à la recherche de la chambre de sa collègue. Seulement, à mesure qu'il s'enfonçait, le couloir se rétrécissait, menaçant de l'écraser.

« Qu'est-ce qui va pas ? Laisse-moi deviner. La grande Lauren Adams est mal à l'aise dans les hôpitaux ? »

Il s'était ouvertement moqué d'elle ce jour-là, mais maintenant qu'il était assailli par la même angoisse, il se trouvait bien pathétique. Encore une fois il se retrouvait seul face au poison ankylosant de la peur. C'était bien malin d'avoir tenu ce beau discours sur l'utilité de la peur devant Lauren. Ce fut un échec cuisant, il n'avait pas su se montrer suffisamment convaincant. Autrement, si elle avait écouté sa peur, sa collègue ne se serait pas aventurée au milieu de nulle part à cinq heures du matin.

Après tout, comment aurait-il pu être convaincant alors que lui-même rêvait de se débarrasser de cette sensation qui l'entravait dans son métier, le paralysant à la moindre occasion. Tout serait tellement plus simple sans peur.

Mais aussi tellement plus dangereux. Lauren en est la preuve.

La vue de Johnson au bout du couloir élargit son champ de vision et l'autorisa à respirer de nouveau. Eddy se précipita vers son supérieur dont l'air soucieux ne passa pas inaperçu. Il se stoppa net lorsqu'il atteignit enfin la chambre, observant sa collègue qui semblait dormir profondément.

— Ça donne quoi ? demanda-t-il une fois que la boule de nerf qui tapissait le fond de sa gorge eut disparue.

— Elle a quelques brûlures et des plaies superficielles sur l'ensemble du corps. Elle risque d'avoir pas mal de douleurs pendant plusieurs jours. Mais le plus inquiétant en l'instant, c'est le coup qu'elle a pris à la tête.

Eddy avait effectivement noté le bandage qui entourait le front de sa collègue et expliquait sans aucun doute le fait que, pour une fois, elle était endormie.

— Les médecins attendent son réveil avant de se prononcer sur l'ampleur de la commotion, poursuivit-il. Mais au vu de la profondeur et de la localisation de sa plaie à la tête, ils craignent une amnésie.

La boule de nerf prit désormais forme dans l'estomac d'Eddy. C'était le scénario à ne surtout pas envisager.

— Vous êtes en train de me dire qu'il y a un risque qu'on ne sache jamais ce qu'elle foutait là-bas à quatre heures du mat' ?

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