L'horloge chantait dans le bureau du commandant Johnson. Thomas, Eddy et Lauren étaient plantés comme des piquets autour de leur chef qui avait les yeux rivés sur son ordinateur portable fermé, le visage grave.
— Adams, comment vous expliquez que notre principal et seul suspect soit retrouvé mort dans une forêt, et avec sa femme de surcroit ?
— Il s'est foutu de nous, commandant, expliqua-t-elle calmement. Soit on a été mené sur la piste de Strauss par le plus grand des hasards et notre type n'a pas supporté que ce soit quelqu'un d'autre que lui qui soit associé à son art, soit c'est le tueur qui a fait en sorte qu'on vise le toubib et il a décidé qu'il était temps de se débarrasser de lui.
— Donc si je comprends bien, intervint Thomas, malgré le fait qu'on ait retrouvé le seul type qu'on visait, et qu'on a aucune piste qui nous mène vers un autre suspect, tu restes convaincue que c'est l'œuvre d'un seul et même type ? Un tueur en série ?
Lauren leva les yeux au ciel. La découverte des Strauss dans les bois l'avait retournée, et en ajoutant à cela la fatigue qui commençait à se faire sérieusement ressentir, elle n'était pas sûre de supporter très longtemps les interventions intempestives et improbantes de son collègue.
— Sérieux Thomas, tu veux vraiment remettre ça sur le tapis, là ? Maintenant ? Le fait que Strauss soit mort prouve une chose à mes yeux : notre type est incapable de bosser avec quelqu'un d'autre. Il deviendrait fou à l'idée de devoir partager le mérite.
Johnson la dévisagea, quittant enfin son ordinateur des yeux. Lui aussi émettait de plus en plus de doute quant aux affirmations de sa subordonnée, mais la lueur dans son regard le convainquait de ne rien ajouter pour le moment. Il lui laissait encore quelques jours pour trouver une nouvelle piste.
— Si vous n'avez rien de plus pertinent à dire, je vous laisse. J'ai un salopard à coffrer.
Elle se précipita dans son bureau, Eddy à ses trousses. Il referma la porte derrière lui, cherchant les mots justes pour remonter le moral à sa collègue. Mais quand il se retourna pour l'observer, Lauren n'avait finalement rien d'une personne qui nécessitait des paroles réconfortantes. À la grande surprise d'Eddy, Lauren ne semblait pas le moins du monde anéantie par la nouvelle. Elle semblait même gonflée à bloc, plus motivée que jamais.
— Ça ne te fait rien que le type qu'on suspectait était en fait innocent ? s'étonna-t-il.
— Ça ne m'ébranle pas plus que ça, en effet. Le profil ne collait pas vraiment maintenant que j'y pense. C'est sans doute ça qui me dérangeait à ce point depuis le début de l'enquête.
— Tu veux dire que tu t'es plantée de profil ?
— Non pas du tout. Mon profil ne change pas. Mais disons que j'ai visé la mauvaise personne avec ce profil. Tout portait à croire que c'était Strauss, alors j'ai préféré taire mes interrogations. Mais maintenant que je peux prendre du recul, il faut bien avouer que le type ne correspondait pas du tout à celui qu'on cherche. Je veux dire, le mec était chirurgien, c'était évident que ça allait pas être lui.
— Tu sais pourtant au moins aussi bien que moi que les toubibs font d'excellents tueurs en série, justement à cause de leurs connaissances sur le corps humain.
Lauren esquissa un sourire. Son cerveau chauffait à ébullition. Plus elle étayait ses pensées et plus elle sentait qu'elle progressait dans cette affaire.
— Je te l'accorde. Mais en général lorsque se sont des médecins, on retrouve une précision chirurgicale dans les blessures. C'est un peu la marque de fabrique de ce genre de type. Mais là, avoue que c'est loin d'être le cas pour nos victimes. Tout est brouillon, grossier, les traits ne sont pas fins. C'est aux antipodes des façons de faire des médecins tueurs.
— Donc, si je résume, pour toi notre type n'a aucune connaissance en médecine ?
— Tout juste captain ! Et bon sang, les chirurgiens sont des gros connards d'égocentriques. Ils ont une confiance démesurée en leurs capacités. Je comprends même pas pourquoi j'ai pas fait le rapprochement plus tôt !
Eddy se retint de rétorquer que le fait qu'elle ne dorme qu'un nuit sur trois n'y était sans doute pas pour rien. Ce n'était pas le moment de la froisser. Et puis, il aurait bien d'autres occasions de revenir sur le sujet dans le futur.
— Je sais pas toi, mais j'avoue que c'est une bonne chose qu'un chirurgien ait confiance en ses capacités, ironisa-t-il. Si je venais à devoir me retrouver à poil sur une table de billard, je préférerais que le type chargé de m'ouvrir en deux sache ce qu'il fait et soit sûr de lui.
— Je dis pas le contraire. Ce que j'entendais par là, c'est que les chirurgiens – et les médecins en général – ne collent pas au profil de ce connard d'imitateur.
Eddy hocha la tête, convaincu par les arguments de sa collègue. Maintenant, il ne leur restait plus qu'à tout reprendre depuis le début sans jamais quitter le profil de vue. Ils ne pouvaient pas se permettre de faire deux fois la même erreur.
— Tu veux bien qu'on reprenne le profil ensemble ? lui proposa-t-il. Je pourrais peut-être t'aider à déterminer si on a manqué des éléments ou...
— Alors, Ed, ne le prends pas personnellement mais je préférerais me charger de ça seule. Tes suppositions pourraient m'influencer, et j'estime qu'on a déjà perdu trop de temps.
Eddy s'apaisa à l'entente de cette requête. Lui qui pensait que la confiance de Lauren serait en chute libre après leur découverte dans les bois il y a moins de deux heures était satisfait de constater qu'il se faisait de la bile pour rien. Le regard de sa collègue était assuré. Il crut même apercevoir un semblant de sourire qui étirait le coin de ses lèvres.
Elle était une flic encore plus atypique qu'il ne l'imaginait.
— Je comprends. T'es la mieux placée pour faire ça. Si tu sens que tu dois étudier ça seule, je te fais confiance.
Lauren le gratifia d'un sourire avant de s'emparer de son sac à main et de sa veste en jean.
— Tu me ramènes chez moi ? J'ai besoin d'intimité pour bosser efficacement. On se retrouvera demain matin pour faire le point.
Eddy pinça les lèvres. Il n'était pas très rassuré à l'idée de la ramener et de la laisser seule chez-elle alors que le tueur savait sans doute parfaitement où elle habitait.
— T'es vraiment sûre que c'est une bonne idée ? T'as pas peur qu'il vienne chez toi pour...
— Ed, s'il voulait me buter, il l'aurait fait depuis un moment. Je t'assure que je craint rien.
Il étudia sa collègue, cherchant à déterminer si elle lui mentait pour le rassurer ou non. Mais il ne remarqua rien, pas la moindre hésitation, pas un soupçon d'inquiétude. Elle était intimement persuadée de ne courir aucun risque.
— Alors va pour demain matin, soupira-t-il. Mais évite de m'appeler avant le lever du soleil, par pitié.
— Promis cette nuit je te fous la paix, lui assura-t-elle en lui lançant ses clés de voiture. Allez, tu m'escortes ?
Eddy poussa un grognement avant de se la suivre. Il lui tardait de pouvoir enfin se poser.
Cette femme finirait un jour par avoir sa peau.
VOUS LISEZ
Mirror
Mystery / Thriller/!\ Cette histoire est destinée à un public averti, des scènes pouvant heurter la sensibilité de chacun /!\ Raleigh, Caroline du Nord. Depuis plusieurs semaines, la ville est secouée par une série de meurtres mystérieux. Chaque victime est une femme...
