Chapitre 40

11 2 1
                                        

Lauren, Eddy et Thomas s'étaient rapidement mis au travail après qu'Alexander leur avait transmis la liste des employés qui avaient été retenus par l'algorithme. Matthew, de son côté, s'était éclipsé avec Johnson, et Lauren se doutait que cela devait avoir un lien avec l'aide que son ami avait proposé d'apporter.

Sans doute une nouvelle histoire de procédure, songea-t-elle.

Elle évinça un nouveau dossier de sa pile de tri et était sur le point de passer au suivant quand un soupir de Thomas attira son attention sans pour autant lui faire relever les yeux de ses papiers.

— Vous trouvez des choses, vous ? grogna Thomas. Moi, que dalle pour le moment. Et bonjour la corvée barbante.

— Ça fait à peine une heure qu'on cherche, railla Lauren. Je croyais que tu savais faire preuve de plus de concentration.

Thomas fit la moue en lorgnant sur la pile de dossiers conséquente que sa collègue était déjà parvenue à traiter par rapport à lui et Eddy.

— D'habitude, je suis quelqu'un d'assez concentré, mais là j'ai trop d'interrogations pour être efficace.

Eddy esquissa un sourire, se doutant de la nature d'au moins une de ses questions.

— J'avoue que j'ai moi aussi un peu de mal à voir où on va, confia-t-il sans effacer son rictus.

Lauren releva enfin les yeux de sa pile de papier et ne put se retenir de glousser en voyant que ses collègues n'avançaient pas aussi rapidement qu'elle l'avait imaginé.

Et tout ça, c'est de ta faute espèce de quiche, se blâma-t-elle en riant dans son for intérieur.

— Pardon les gars, j'ai oublié de vous mettre au parfum, c'est ça ? Le fait de revoir Matt qui sait déjà parfaitement comment gérer ce genre de dossier m'a un peu fait perdre de vue que vous étiez des novices dans le domaine. C'est bien ça qui te dérange, Thomas ? Tu ne sais pas quoi chercher ?

— J'avoue que ça serait mieux en sachant exactement quoi chercher, acquiesça le concerné. Je me doute que s'il manque de confiance en lui, on doit chercher quelqu'un qui n'a pas forcément eu d'antécédent avec la justice, ou alors dans le pire des cas pour des délits mineurs. Enfin, ça s'est vraiment dans le cas où il manquerait de confiance en lui.

Lauren leva les yeux au ciel. Elle avait perçu que son collègue avait tenté d'ajouter son grain de sel avant qu'Alexander ne leur annonce que son logiciel avait terminé de faire un premier tri. Elle sentait qu'elle allait une nouvelle fois avoir des comptes à lui rendre.

— Vas-y, balance ce qui te chagrine, cracha-t-elle, lassée.

— Pour une fois, ce n'est pas pour remettre en doute ta théorie, se dédouana-t-il aussitôt. Après ce qu'il t'est arrivé, ça prouve bien que tu étais plus que sur la bonne voie. Je veux seulement essayer de comprendre. Je n'aime pas exécuter bêtement les ordres qu'on me donne, sans en comprendre le but. Tu n'arrêtes pas de nous bassiner avec le fait que ce salaud manque de confiance en lui, mais moi j'aimerai que tu me dises ce qui te fait penser ça, hormis le fait qu'il imite d'autres tueurs. Je trouve que c'est assez léger pour étayer ta théorie.

Lauren redescendit aussitôt. Elle n'aurait jamais imaginé que son collègue s'intéresserait à ce genre de détail. Pour elle, il n'était qu'un petit toutou bien dressé qui obéissait docilement à ses supérieurs sans se soucier des éléments extrinsèques. Plus elle travaillait avec lui, et plus elle se rendait compte que cette image qu'elle s'était faite de lui était erronée.

Eddy avait peut-être raison finalement, Thomas n'était pas un mauvais flic.

— Non justement, ce simple détail veut dire beaucoup de choses sur lui. Les tueurs en série ont chacun leur identité, leur façon de faire qui leur est propre : leur mode opératoire. Même s'il peut évoluer au début de la carrière d'un tueur, ce mode opératoire finit par se stabiliser et devient commun pour chacune de ses victimes. C'est sa façon de faire à lui, sa façon de se démarquer des autres. Certains tueurs en série ajoutent même leur signature, c'est une marque visible qu'ils laissent soit sur leur scène de crime, aux alentours de la victime, soit sur la victime elle-même. Cette signature démontre la volonté des tueurs à exposer leur crime, ils en sont fiers, comme s'il s'agissait d'une œuvre d'art. Ils se considèrent comme des artistes en un sens. Notre type ne montre aucun mode opératoire spécifique ni de signature particulière, si ce n'est le viol systématique de ses victimes. Cette variante est la seule qu'il ajoute, la seule touche personnelle qu'il s'autorise pour s'approprier ses crimes. Hormis ça, il n'ose pas s'affirmer et ce trait de caractère se retrouve généralement dans son quotidien.

MirrorOù les histoires vivent. Découvrez maintenant