Chapitre 32

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La ventilation des six écrans d'ordinateur et les bips de deux d'entre eux emplissaient sa salle de contrôle. Maintenant qu'il y pensait, c'était sans doute pour ça que ses collègues ne semblaient jamais excédés par les sons des machines. Eux ne faisaient qu'observer les vidéosurveillances des clients partis en vacances ou en week-end, tandis que lui surveillait effectivement quatre maisons vides, mais aussi deux autres parfaitement habitées.

Ses prochaines victimes.

À chaque mouvement détecté, un bip était émis. Avec ces deux écrans, il n'avait pas fini de les entendre. L'une bipait toute la journée, et l'autre prenait le relais pour la nuit, ne lui laissant aucun répit.

Il était quatre heures du matin et cette salope ne daignait toujours pas dormir. Elle épluchait encore et encore ses dossiers depuis près de trois heures, s'enfilant des litres de café.

Il avait arrêté de compter le nombre de fois qu'elle avait repris l'enquête depuis le début, mais cette fois était différente des autres. Cette flic semblait plus motivée que jamais, il le voyait dans ses gestes assurés.

Il devait avouer que cette attitude après avoir découvert le corps des Strauss n'était pas celle qu'il avait attendu. Il avait espéré qu'elle abandonne qu'elle lâche l'affaire.

Malgré tout, il avait envisagé cette possibilité. Heureusement qu'il prévoyait toujours un plan de secours pour se sortir des situations qui devenaient épineuses.

Soudain, elle changea d'attitude du tout au tout. Elle était devenue crispée, stoppant le moindre de ses mouvements. Sa tête pivota lentement vers la caméra. Vers lui.

Elle l'avait démasqué.

Ça aussi, il l'avait envisagé.

Elle se rapprocha de lui, ancrant ses yeux dans les siens, un bref instant.

Puis soudain, le noir.

Elle avait éteint la caméra. Elle ne le laissait plus l'observer.

Cette garce n'a donc pas fini de me mettre des bâtons dans les roues.

Il ralluma l'appareil à distance. Une fonctionnalité mise en place pour leur permettre de relancer les caméras après une coupure de courant. Bien pratique pour lui dans cette situation.

Adams avait regagné son canapé, son téléphone scotché à l'oreille. Elle ne perdait pas de temps, mais si elle se concentrait uniquement sur sa compagnie de vidéosurveillance à elle, elle n'avait aucune chance de lui mettre la main dessus.

Il lui tardait de voir si son cerveau de super flic allait lui permettre de remonter jusqu'à lui avant qu'il ne s'occupe de sa prochaine pouffe.

Elle prenait des notes, à toute allure. Elle avait sûrement dû joindre l'un de ses collègues pour obtenir des infos, mais à cette distance, impossible de savoir lesquelles.

Il effectua un zoom, priant pour qu'elle ne remarque pas que sa caméra avait repris du service. Il lut – ou plutôt déchiffra – l'adresse qu'il redoutait.

Bon sang. Ça, il ne l'avait pas prévu. Du moins, pas aussi tôt. Elle avançait beaucoup trop vite.

Maintenant qu'elle avait cette information, que comptait-elle faire ?

Elle avait raccroché et maniait son téléphone avec hésitation. Elle ne savait plus quoi penser, elle hésitait.

Après de longues minutes durant lesquelles il s'est délecté du mutisme de cette flic qu'on considérait comme la meilleure de sa génération sur la côte ouest, il réprima un rire nerveux alors qu'elle se précipitait sur une feuille à l'entrée.

Elle disparut dehors dans la seconde qui suivait.

Elle n'allait quand même pas faire ce qu'il pensait ?

Très bien, si tu sembles si pressée de mourir, je ne vais pas te refuser ce plaisir.

Il était furieux. Il l'attendait de pied-ferme. Cet imprévu le forçait à changer l'ordre de ses plans.

Il respira profondément. Il devait se calmer. S'occuper de ça maintenant ne changeait absolument rien pour lui.

Après tout, s'il ne s'était pas pris à ce point à ce petit jeu, son compte aurait déjà été réglé depuis bien longtemps.


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