Chapitre 38

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Lauren avait commencé par se frotter les yeux puis s'était pincé la paume de la main pour s'assurer qu'elle n'était pas encore coincée dans l'un de ses rêves étranges qui n'avaient aucune forme de sens. Après ses vérifications, elle devait se rendre à l'évidence : Matthew était ici, près d'elle, à Raleigh.

Ou alors, le coup que tu t'es bouffé sur le crâne était bien plus puissant que tu ne le pensais.

La présence de son meilleur ami et ex-coéquipier en ces lieux n'avait rien de rationnel. Ils étaient en pleine semaine, il devait être en train de travailler sur une enquête à l'autre bout du continent. Au lieu de ça, il était là, planté dans l'encart de porte de sa chambre d'hôpital, ses bras musclés croisés contre son torse saillant, alors qu'il n'avait normalement aucun moyen de savoir qu'elle était précisément ici.

— Matt ? parvint-elle enfin à articuler. Mais qu'est-ce que tu fous là ?

— Si tu reposes sagement la loque qui te sers de corps dans ce lit, peut-être que je daignerai apporter une réponse à ta question.

Lauren gonfla les joues avant d'exécuter l'ordre de son meilleur ami sous les regards ahuris d'Eddy et Johnson. Cet homme avait décidément une emprise sur elle qu'aucun d'eux ne pourrait jamais se vanter d'exercer un jour à leur tour.

— Du coup ? l'interrogea-t-elle à nouveau. Comment ça se fait que tu sois là ?

— Je suis heureux de voir que ma présence ici te fait plaisir, soupira-t-il.

Il s'avança dans la chambre, jusqu'à venir poser ses fesses sur le rebord du lit de son ancienne collègue.

— Arrête de perdre du temps avec des formules qui ne te ressemblent pas, lui intima-t-elle sèchement. Au cas où tu n'aurais pas percuté, on a pas vraiment de temps à perdre.

Matthew haussa les sourcils mais ne releva pas le ton agressif de Lauren. Il savait mieux que quiconque à quel point une enquête d'une telle envergure pouvait mettre son amie à cran.

— J'ai appris que tu avais eu un accident et que tu avais dû être hospitalisée. Dans de telles conditions, c'est normal que je sois venu ici en quatrième vitesse.

— En plein milieu de semaine ? T'as quand même pas abandonné ton poste pour moi ?

Matthew se retint de rire, désirant éviter de perdre en crédibilité, mais il ne put s'empêcher de souffler du nez.

— Lau, je veux bien que cette enquête te monte à la tête à un point tel que tu doives partager avec moi tes doutes quant à certaines choses, m'assommant d'un monologue parfois long de plus d'une heure. Mais je ne pensais pas que tu étais atteinte au point de ne pas retenir les quelques infos personnelles que je te donne durant nos appels. Si je peux être là au beau milieu de la semaine, c'est parce que je suis en vacances, banane. Tu sais, les petites semaines auxquelles on a le droit après avoir durement travaillé pour se reposer et éviter de devenir complètement taré. Ces semaines vitales que tu ne daignes jamais prendre.

Lauren esquiva le regard de son ancien collègue, ne supportant pas le poids de ses iris perçants.

— Ôte-moi d'un doute, mais jusqu'à preuve du contraire, même lorsque tu es en vacances tu ne quittes jamais la Californie. Comment se fait-il que tu sois ici aussi peu de temps après l'accident ? Tu as dû être averti extrêmement rapidement pour sauter dans le premier avion venu. Comment tu expliques ça ? C'est Johnson qui t'a prévenu ?

— Non, ce n'est pas Johnson, c'est moi.

Lauren se retourna vers Eddy, ses yeux écarquillés l'empêchant de masquer sa surprise.

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