"Tout ce que je voulais, c'était être l'égale de ma mère"
Charlotte n'a qu'une ambition : devenir une grande gymnaste. Comme sa mère. Alors quand l'occasion se présente, elle n'hésite pas une seule seconde. Pourtant elle n'imagine pas le nombre d'ob...
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Sans surprise, j'ai très mal dormi, hanté par les conséquences de mon départ et les regrets. Comme mes pensées prennent encore trop de place à mon réveil, je suis les conseils de la psychologue que j'ai consulté et les couche dans un de mes carnets. Quand nous avons mis ça en place, elle m'a suggéré d'utiliser ce carnet comme si j'écrivais des lettres à quelqu'un. J'ai choisi Lucy.
J'aurais très bien pu choisir Rachel, Charlotte ou n'importe qui d'autre mais j'estime qu'il est plus facile de m'adresser à quelqu'un dont les réponses ne peuvent pas me décevoir. Au moins j'étais sûr d'avoir quelqu'un de mon côté. Au début je n'écrivais trois fois rien, un mot ou deux. J'étais complètement paumé, et je ne savais pas quoi raconter de ma minable existence lorsque je suis parti de Los Angeles. Petit à petit, j'ai parlé de mes souvenirs d'enfance, je me suis confié à ma jumelle comme je l'aurais fait si elle était encore là. Je parle de la fierté que je ressens pour Rachel qui est sur le point de concourir au championnat national de gymnastique, avant de glisser vers les sentiments que j'éprouve pour Charlotte. Je pourrais remplir des pages et des pages, raconter à quel point je suis fier de ces deux bouts de femmes qui, sans le savoir, m'ont aidé à garder la tête hors de l'eau.
Le deuil n'est pas une course et je l'ai compris qu'il n'y a peu de temps. Lucy me manquera toujours, j'ai perdu une partie de mon âme mais j'ai aussi réalisé que j'avais le pouvoir de la faire vivre à travers moi. Le moins que je puisse faire, c'est honorer la promesse que je lui ai faite il y a trois ans : prendre soin de Rachel, continuer à vivre et tomber amoureux.
En parlant de Rachel, celle-ci est parti à son entraînement sans m'adresser la parole ce matin. Nos retrouvailles ne sont clairement pas celles que j'ai imaginées un million de fois dans ma tête. Aucun des scénarios que j'ai élaborés ne semblent bons. Toutefois, elle a le droit à des explications, et je connais ses points faibles. Je passe en vitesse chez Ivy's pour acheter deux grands iced latte et une boite de six donuts aux vermicelles multicolores puis revient à la maison, en espérant qu'elle ne soit pas déjà rentrée. Je dois la prendre en embuscade.
Il est bientôt treize heures, leur entraînement finit à midi le samedi si j'en crois ma mémoire donc elle ne devrait plus tarder. Lorsque j'entends son jeu de clé dans la serrure, je pivote sur mes roues et met mon plan à exécution. Je sors de la cuisine avec les boissons et la boite de sucreries en équilibre sur mes genoux.
— Salut !
Son visage se ferme lorsqu'elle lève la tête et tombe nez à nez avec moi. Dans ses yeux, l'amertume s'y lit sans problèmes.
— Salut...
— Tiens, je suis passé chez Ivy's. Je nous ai pris une boîte entière de donuts, comme au bon vieux temps.
Elle considère la boîte un court instant. Son regard s'adoucit et un sourire éclair étire ses lèvres mais en un battement de cil elle a déjà repris son air renfrogné.