"Tout ce que je voulais, c'était être l'égale de ma mère"
Charlotte n'a qu'une ambition : devenir une grande gymnaste. Comme sa mère. Alors quand l'occasion se présente, elle n'hésite pas une seule seconde. Pourtant elle n'imagine pas le nombre d'ob...
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« So what if I call, and you pick up the phone »
Merry Christmas, I miss you – Alex Crichton
C'est Noël aujourd'hui. Et je crois bien que sa magie opère car pour la première fois en plusieurs semaines, je ne suis pas envahie par mes tourments dès le réveil.
Au rez-de-chaussée, je distingue déjà toute l'agitation que les festivités engendrent. J'entends Riley et Spencer se chamailler pour savoir de quelles couleurs nous allons décorer le sapin acheté par mon oncle Derek il y a quelques jours. Tante Liz doit déjà être en train de s'affairer en cuisine, sachant que nous avons invité les Taylor à dîner avec nous.
Ça me paraissait évident de les convier avec ce qu'ils traversent. Je ne voulais pas que Rachel passe les fêtes de fin d'année sans les deux personnes qui lui manque le plus. Personne ne devrait avoir à passer un Noël endeuillé. Mon cœur se comprime en pensant à lui. Encore et toujours à lui.
Je soupire et finis par me lever pour affronter cette journée. Sous la douche, je répète minutieusement mon rituel de désinfection puis me sèche et passe un jean délavé avec une ceinture serrée au maximum, un pull vert en laine et noue mes cheveux en une tresse avant de descendre, mon tote bag sur l'épaule. Dans les escaliers, je me fais le plus discrète possible, m'appuie sur la pointe des pieds et longe le mur pour éviter de faire grincer les marches. Si tante Liz ou n'importe qui me voit sortir en douce, j'aurais le droit aux gros yeux.
La porte d'entrée n'est qu'à deux mètres, je n'ai qu'à tendre le bras pour atteindre la poignée mais la mission est un échec quand j'entends le raclement de gorge de ma tante. Je tourne la tête dans un ralenti digne d'un film au cinéma et la découvre vêtue de son tablier de Noël, les bras croisés sur sa poitrine avec une spatule en bois dans les mains. Je ne souris pas, je me contente de la regarder d'un air neutre. Notre relation est plutôt froide en ce moment.
— Je peux savoir où tu vas ?
Partout, sauf ici. Là où je n'étoufferais pas sous le poids de mes pensées.
— Au cimetière. Je... je voulais souhaiter un joyeux Noël à maman.
Son regard sévère s'adoucit aussitôt. C'est mon rituel chaque année, ma façon d'honorer sa présence parmi nous pendant les fêtes, de rappeler qu'elle compte encore et qu'on pense à elle. Tante Liz se joint toujours à moi mais cette fois, je veux y aller seule. Je pivote vers la porte d'entrée mais elle soupire avant de reprendre la parole :
— Je suis désolée, mon ange. Pour la façon dont je me suis énervée et emportée, la dernière fois. J'ai eu très peur et j'aurais dû venir m'excuser plus tôt mais j'ai supposé que tu n'avais peut-être pas très envie de me voir.
— Ça ne fait rien. Riley est ta fille, c'est normal d'avoir eu peur pour elle.
— J'ai eu peur pour vous deux, Charlotte. Tu ne comptes pas moins que Riley ou Spencer, jamais, dit-elle en m'enlaçant. Qu'est-ce qui s'est passé ce soir-là ? s'inquiète-t-elle.