"Tout ce que je voulais, c'était être l'égale de ma mère"
Charlotte n'a qu'une ambition : devenir une grande gymnaste. Comme sa mère. Alors quand l'occasion se présente, elle n'hésite pas une seule seconde. Pourtant elle n'imagine pas le nombre d'ob...
Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.
— Je sens qu'il y a quelque chose que tu ne me dis pas aujourd'hui, Charlotte.
La trotteuse de l'horloge est un son affreusement bruyant dans les silences comme celui que je fais durer depuis quelques minutes déjà. Ma psychologue m'observe, à l'affût d'un signe qui pourrait me trahir et me faire parler tandis que je m'acharne à la fuir du regard pour analyser mon environnement. Ainsi, je sais qu'elle aime beaucoup les renards car j'ai compté une quinzaine de figurines disposées dans son bureau, que l'odeur de la lavande est sa préférée si j'en crois le parfum de la pièce à chaque fois que j'y entre, et qu'elle est une grande amatrice de thé à la framboise puisqu'elle en buvait déjà lors de nos séances au centre de repos.
Je mords ma lèvre inférieure, anxieuse. J'ai envie de parler mais je ne sais pas vraiment par où commencer. Il n'y a pas de bonne réponse en soit, j'aurais juste à balancer l'information. J'essaie juste de m'y faire avant de le prononcer à voix haute. Finalement, je prends une grande inspiration par le nez et ouvre la bouche.
— L'entraîneur qui m'a agressée, il va bientôt revenir au gymnase où je m'entraîne, la semaine prochaine, je crois. Et... je me sens piégée.
— C'est intéressant les mots que tu utilises pour me dire ça.
— Vous trouvez ?
Elle hoche la tête et croise les jambes tout en consultant son calepin.
— Oui. J'ai remarqué pendant nos séances que tu as tendance à minimiser ce qui t'es arrivé. Tu l'anonymise et tu dis « agressée » plutôt que « violée ». Tu es une victime, Charlotte. Tu n'as pas à en avoir honte, tu le sais ?
— Oui, je le sais, c'est juste que... que j'ai encore l'impression que ça se lit sur mon front et ça me fait chier, voilà tout. Désolée pour la vulgarité.
— Pas de soucis, je comprends que tu te sentes frustrée, et piégée comme tu dis. C'est un mot fort.
— Des fois je me surprends à vouloir retourner là-bas pour m'y entraîner et puis je panique parce que j'imagine croiser son regard, sentir son parfum et j'ai surtout peur de redevenir cette fille, celle qui s'est tue trop longtemps.
Rachel m'a déjà assurée qu'elle ne me lâcherait pas d'une semelle, qu'elle ferait en sorte qu'il ne m'approche pas pendant les entraînements. De toute façon, je ne pense pas qu'il oserait. Même si les charges n'ont pas été retenues, les accusations sont encore d'actualité. Ce ne sont pas les entraînements en eux-mêmes qui m'effraient, c'est ce qu'il pourrait faire en l'absence de témoin, trouver un moyen de se retrouver seul avec moi pour me menacer encore et encore, ou me faire bien pire. Le lieutenant Barnett a essayé d'obtenir une injonction d'éloignement mais je ne vois pas comment elle aurait pu être appliquée au sein du gymnase.
— Le voir revenir, pour toi, c'est comme si ça effaçait tout ce que tu as reconstruit ?
— Oui... Je pensais être passée au-dessus, être devenue quelqu'un d'autre, quelqu'un de plus fort.