40. La lettre

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Secret – Louane

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Secret – Louane


Nous avons trouvés refuge dans notre motel, situé à quelques kilomètres au sud de Colorado Springs. Ezra n'a pas cherché plus loin en me voyant dans cet état : nous sommes repartis vers la voiture et avons quitté le centre d'entraînement au plus vite.

Aussitôt entrée dans la chambre, je m'assois au bord du lit, ressassant ma rencontre avec Gabrielle. C'est Ezra, dans son éternelle tendresse qui m'enlève mon manteau, retire mes chaussures et me tend mon pyjama.

— Va prendre une douche, on parlera après, me dit-il d'une voix douce après avoir embrassé mon front.

Je le laisse me dire quoi faire, incapable de me prendre en main toute seule. Vivre me paraît soudain compliqué. Assise sur le carrelage de la douche, les genoux ramenés contre mon corps nu, je laisse les gouttes d'eau tomber en pluie sur ma peau et emmener mes larmes avec elles dans le siphon. La chaleur de l'eau qui m'ébouillante est la seule chose que je ressens.

Je ne sais plus qui je suis, qui je dois être. J'ai le sentiment que cette vie ne m'appartiens plus. Tout n'est qu'une douleur sourde au fond de ma poitrine.

Je sors de la salle de bain en ressemblant à une écrevisse. Toujours la tête baissée, mes jambes me portent à peine jusqu'au lit et m'assois lourdement à côté d'Ezra. Ce dernier me tend son sweat-shirt que je m'empresse d'enfiler, cherchant le réconfort dans son parfum. Je pourrais me dérober, prétendre que tout va bien, que cette lettre ne représente rien mais je suis épuisée de faire semblant. Je lâche un soupir lourd et saisis l'enveloppe sans l'ouvrir pour autant.

Les doigts d'Ezra se posent sur mon genou, et ce simple contact me fait tressaillir, me ramène à l'instant présent comme une bouffée d'oxygène après avoir été en apnée. Il ne dit pas un mot, ne pose aucune question. Ses doigts râpeux voyagent avec tendresse sur ma peau, attendant que je sois prête à me confier. Alors je pose ma tête sur son épaule, et me niche dans le creux de son cou. La chaleur de son corps me réchauffe quand sa main passe autour de ma taille.

— Mon père est mort...

C'est la première chose qui me vient à l'esprit, j'ignore pourquoi. De tout ce que j'ai appris durant cette discussion, j'ai décidé de me focaliser dessus.

— C'est pour ça que j'ai jamais eu de ses nouvelles, parce qu'il est mort. Et maman aussi.

Je renifle péniblement, empêchant davantage de larmes de couler.

— Gabrielle m'a donné cette lettre et cette clé USB. J'ai pas osé l'ouvrir.

Je crois que la vie était plus facile avant que je prenne connaissance de cette lettre. Je la tend à Ezra qui la récupère délicatement, comme si elle manquait de s'effriter entre nos doigts.

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