51. Prendre la parole

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Keep Holding On - Avril Lavigne

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Keep Holding On - Avril Lavigne


Je suis figée sur le parvis du gymnase. Mes jambes ne répondent plus. Il est à peine huit heures du matin mais tout le monde s'adapte aux horaires d'entraînement des vacances d'hiver. Je dévisage une à une toutes les gymnastes qui passent les portes du bâtiment avec une insouciance qui me fait frissonner. Peut-être que si je les observe assez longtemps, je pourrais lire sur leur visage qu'il s'en prend à elles aussi.

Est-ce que d'autres connaissent son vrai visage ?

Est-ce qu'elles le voient comme moi je le vois ? Est-ce qu'elles aussi ressentent ce malaise quand il les touche pour corriger leur posture ?

J'en doute. Elles l'accueillent toujours chaleureusement, elles l'admirent. Lui accordent une confiance aveugle comme j'ai pu le faire.

Je ferme les yeux et respire plusieurs fois à fond mais sous mes paupières je ne vois que le visage de Manning, sur ma joue je sens son souffle chaud et dans mes inspirations, son parfum bon marché. J'ai envie de vomir.

Mon pied droit s'avance mais rapidement, je me trouve paralysée. Effrayée ou plutôt terrorisée par l'idée de le croiser entre ces murs et de ne pas pouvoir m'enfuir, de devoir faire semblant qu'il ne s'est rien passé, qu'il ne m'a pas violée sur les tapis utilisés en ce moment-même par mes camarades. Pourquoi c'est moi qui me sens honteuse à l'idée d'entrer dans ce gymnase ?

Je recule, accablée par ma lâcheté. Je pensais être prête, je pensais être capable de venir m'entraîner, de l'affronter, mais c'est au-dessus de mes forces.

— Hey ! Tu rentres pas ?!

Une main sur mon épaule accompagne la question. Je sursaute et pousse un cri strident. Ma respiration devient erratique alors que je cherche de quoi me défendre dans mes poches.

— Whoa, du calme, Charlotte ! C'est moi, c'est Rachel, calme-toi, fait-elle en levant les mains devant elle en gage de paix. Doucement, voilà. Respire...

Pliée sur moi-même, les mains sur mes genoux, je reprends tranquillement mon souffle. En découvrant qu'il s'agit bien de Rachel, je fonds en larmes. C'est fou la quantité d'eau que contient le corps. Même en pleurant pendant des jours entiers, ça coule toujours à torrent.

— Emmène-moi loin d'ici. S'il te plaît, Rach' ! Aide-moi, m'étouffé-je avec mes sanglots.

Ma meilleure ne se fait pas prier. Sous les regards curieux des autres gymnastes, elle passe son bras autour de mes épaules. Nous quittons le parking du L.A Elite Club dans un crissement de pneus. Rachel roule longtemps, prend l'autoroute et s'assure de mettre le plus de distance possible entre nous et ce lieu maudit. Elle ne ralentit que lorsque nous sortons de la Cité des Anges et arrivons à l'orée de la forêt de San Bernardino.

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