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Le lieutenant Barnett m'a appelée hier, et m'a demandé de me déplacer au commissariat pour m'informer de l'avancée de l'enquête

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Le lieutenant Barnett m'a appelée hier, et m'a demandé de me déplacer au commissariat pour m'informer de l'avancée de l'enquête. J'ai ressassée son appel en boucle toute la nuit et toute la journée. S'il y a du nouveau, c'est qu'il est revenu, qu'il a fini de se cacher. Et ça ne veut dire qu'une chose : qu'il a trouvé un moyen de s'en tirer.

Quelque part j'ai accepté cette fatalité depuis longtemps. Maman a raison dans sa lettre : il a plus d'influence, plus de soutien hormis le fait qu'en presque vingt ans, rien n'a vraiment changé pour les victimes. Ce n'est jamais la carrière des agresseurs qui volent en éclat, ce n'est jamais leur santé mentale et physique qui est flinguée. Les agresseurs n'ont pas le besoin constant de regarder par-dessus leur épaule, de se laver plusieurs fois par jour ; ils ne laissent pas la lumière allumée toute la nuit lorsqu'ils dorment, pas seulement à cause de l'obscurité de la pièce mais parce qu'il fait tellement sombre dans leur tête que ça les effraient.

Le patriarcat s'en sort toujours.

Je reste figée quelques minutes sur le trottoir opposé au poste de police, à regarder les policiers aller et venir. Mes genoux menacent de se dérober mais je prends mon courage à deux mains, serre les mâchoires et traverse la route.

Lorsque je passe la porte vitrée, l'odeur du café fraîchement passé et les sonneries des téléphones flottent dans l'air. Les officiers s'affairent derrière leurs bureaux de l'open space, apportent des documents à leurs collègues dans un ballet d'uniformes bleu marine.

— Je peux vous aider, mademoiselle ?

L'agent situé à l'accueil me sort de ma contemplation. Je m'approche du comptoir et décline mon identité :

— Bonjour, je suis Charlotte Miller. Le lieutenant Barnett m'a demandé de passer aujourd'hui.

— Très bien, asseyez-vous. Je vais l'avertir de votre arrivée, me sourit-il.

Comme indiqué, je m'assieds sur un des fauteuil en métal et patiente. Ma jambe rebondit nerveusement contre le sol, mes ongles grattent les trous sur mon siège en métal et arrache les petites peaux sur mes lèvres avec mes dents. L'attente est interminable, insupportable.

— Charlotte ?

Je relève la tête, le lieutenant Barnett se tient devant moi, un sourire réconfortant sur les lèvres. Je quitte mon siège et serre sa main tendue. Toujours avec la douceur avec laquelle elle m'a abordée la première fois que je l'ai rencontrée, l'agent Barnett m'invite à la suivre dans son bureau. Celui-ci est plus chaleureux que le reste du commissariat. Il y a des photos et des dessins d'enfants sur les murs et un canapé poussé contre le mur du fond de la pièce. La lumière douce sous un abat-jour couleur sable tranche avec les néons du couloir que nous venons de traverser. Une odeur de pomme flotte dans la pièce dont l'origine est une bougie qui fond sur son bureau. L'agent Barnett essaie toujours de sourire lorsqu'elle ferme la porte derrière nous mais sa moue triste ne m'échappe pas.

DaylightOù les histoires vivent. Découvrez maintenant