"Tout ce que je voulais, c'était être l'égale de ma mère"
Charlotte n'a qu'une ambition : devenir une grande gymnaste. Comme sa mère. Alors quand l'occasion se présente, elle n'hésite pas une seule seconde. Pourtant elle n'imagine pas le nombre d'ob...
Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.
Meet you at the Graveyard - Cleffy
Le temps. Il est possible de le diviser en trois périodes.
Le passé : là où appartient Lucy.
Le présent : là où je suis en train de me noyer sans aucune volonté de remonter à la surface pour respirer de nouveau.
Le futur : inexistant. Incertain.
240 heures. 14 400 minutes. C'est le temps qui s'est écoulé depuis que le ciel m'est tombé sur la tête, que mon monde s'est arrêté de tourner, que Lucy a été enterrée.
J'évolue dans un monde sans couleurs, où mon cœur se nécrose à chaque battement, sans celui de ma jumelle pour l'accompagner. J'ai lu dans une revue scientifique, que parfois, lorsqu'on retire certaines tumeurs cardiaque tellement massives, il faut plusieurs jours voire plusieurs semaines pour que le cœur retrouve un rythme naturel, qu'il ne batte pas pour deux.
Dix jours plus tard, le mien n'a toujours pas décidé de battre à nouveau. Il est juste mort.
J'essaie d'étouffer mes cris intérieurs en allant en cours, aux entraînements mais il ne s'agit que de mensonges que je me répète pour espérer aller mieux, alors qu'au fond de moi, l'espoir je n'en ai plus aucun.
Parfois, je parviens à taire son manque quelques heures. Quand je suis trop bourré pour avoir conscience de mon environnement. Je m'endors apaisé avant que la souffrance ne me réveille quelques heures plus tard.
Elle avait dix-neuf ans quand l'accident s'est produit.
Vingt-deux quand elle s'est éteinte pour toujours.
Les parents m'ont forcé à reprendre rendez-vous avec le thérapeute que j'ai consulté après l'accident. Je suis allé à la première séance, à la deuxième, durant lesquelles je n'ai pas ouvert la bouche puis j'ai arrêté d'y aller. La bouteille est bien plus efficace que les explications farfelues d'un psychologue. De toute façon, il n'y a plus rien à sauver chez moi. Je n'attends plus que le jour où je rejoindrais ma sœur dans la tombe.
Rachel m'ignore royalement. J'ai aussitôt regretté ce que je lui ai dit avant-hier. L'avoir confondu avec notre sœur est la pire blessure que j'ai pu lui infliger. J'ai tenté de m'excuser dès le lendemain, sans succès. Elle reste imperméable à mes excuses. Je la comprends.
Je n'ai pas d'autre choix que d'attendre. Mais pour être honnête, j'ai juste l'impression de gâcher la vie de tout le monde.
***
Jour de match.
Le dernier avant la reprise de la saison en janvier.
Les seuls qui ne me traitent pas comme si j'étais une créature fragile, ce sont les gars de l'équipe. Avec ce match, c'est l'assurance de ne pas penser à elle pendant quelques heures. Je suis entièrement dévoué à l'équipe en ce vendredi soir. Après quoi, j'irais probablement boire avec eux pour que maintenir l'effet de l'oubli.