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Bruce Wayne a un regard à couper le souffle après ce que je viens de révéler. Il fallait que ça sorte et puis de toute manière, il voulait la vérité. Il ne faut jamais mentir sauf que ma sœur ne sait pas gênée pour le faire. - Je suis morte de l'intérieur parce que personne ne veut de moi, ils m'oublient tous ou ils ne me regardent pas. Et puis tu sais, on finit tous par mourir, et nous sommes oubliés. Je marque une pause, les mains sur les genoux. - Un jour on oubliera qui je suis, plus personne ne se souviendra de mon anniversaire, de mon sourire et de mes rires si différents et pourtant les mêmes à chaque fois. Mes parents ne se souviennent déjà plus du jour où j'ai eu ma première dent, du jour où j'ai dit mon premier mot. Tu te rends compte ? Nous sommes éphémères. Un jour, on existera plus sur les photos, elles seront détruites par le temps. Le temps passe vite et donc on sera vite oublié. T'as déjà ressenti ce besoin de faire quelque chose pour ne pas être oublié ? Tu t'es déjà dit qu'il fallait arrêter de vivre puisque d'une manière ou d'une autre, nous allons être oubliés ? Il ne répond pas, ne sourit même pas. Il doit sûrement chercher ses mots ou bien me contempler paraît plus intéressant. Je me perds dans ses yeux et je pourrais y rester en permanence. Je ne sais pas combien de temps passe sans que personne ne dise rien. Je me contente de regarder autour de moi, jetant un coup d'œil à chaque objet, chaque meuble, chaque mur. Il doit me prendre pour une folle. On dirait chez moi, en encore plus grand. Tout est grandiose, vieux, beau. - Elle est triste la vie, dis-je, voyant qu'il ne répond pas. - J'ai déjà ressenti ce besoin de faire quelque chose pour exister. - Et tu as fait quoi ? demandé-je en buvant mon jus de fruit. - Rien, j'ai continué à vivre normalement comme au premier jour. - C'est peut-être pour ça qu'il est apparu, ce super héros. Peut-être qu'il voulait se rendre utile pour la société. - Sûrement. On ne saura jamais. Oui, on ne saura jamais. Il faudrait déjà trouver son identité, ce qui n'est pas une mince affaire. Peut-être faudrait-il chercher dans des endroits isolés ou au contraire, des endroits moins isolés comme au centre ville. Finalement, je décide de partir, prétextant un devoir d'histoire à rendre pour demain car l'ambiance est devenue trop pensante. Bruce me fait signe d'au revoir et peut-être que je le reverrais. Sur le retour de la maison, je tremble de froid. Je retrouve ma famille dans le salon, mes trois frères et mes parents assis sur l'immense canapé, regardant la télévision. - Que se passe-t-il ? demandé-je. - Prise d'otages, Batman à la rescousse, répond Alex. Je m'approche et contemple la télévision. C'est à la banque, des policiers et l'armée se trouvent un peu partout autour d'une zone de sécurité tandis que les journalistes se font le plaisir de s'installer devant la banque pour nous faire parvenir des informations. Un peu plus de vingt personnes sont retenues à l'intérieur, tandis que les journalistes affirment avoir aperçus Batman, notre cher héros, roder au dessus du toit. Je parie qu'il n'y aura aucun blessé, pas avec lui. Sauf si quelqu'un qui s'appelle Jérôme. Mais depuis sa mort, ses partisans ne sont plus jamais réapparus. Je grince des dents en repensant à toutes ces attaques qui ont causé tant de morts. Je monte dans ma chambre, ne désirant pas suivre une prise d'otage. Pas encore. Je me sens plus seule que jamais, isolée du monde.
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Maman dit que je devrais éviter de penser trop à Katerina, elle dit que penser à elle influence sur mon humeur. Maman dit que je sors beaucoup trop souvent depuis quelques jours. J'ai seulement été rendre la veste de Bruce hier, je suis restée une heure chez lui, à peine. Ce n'est pas trop long tout de même. Mais tout de suite, j'ai simplement besoin d'être seule, autre part qu'à la maison. J'ai besoin de changer d'air. Enfin, je ne pensais pas me rendre ici, dans cette ruelle sombre et étroite. D'ailleurs, je n'aurais pas dû puisque je côtoie légèrement les risques de me faire agresser en passant par ici, j'ai besoin de sensation, quelque chose qui fasse revivre l'intérieur de moi-même parce que je me sens mourir de jour en jour. Et c'est ce que j'ai trouvé de mieux pour essayer de me sentir en vie, me confronter au danger. Je tente le diable. C'est à cause de ma sœur si je cherche la tentation du diable, je prends des risques en cherchant le danger. Je pince les lèvres en entendant un bruit provenant de derrière moi, j'ai des frissons qui parcourent mon échine, la sensation de renaître dans le danger. - Hé toi ! m'appelle quelqu'un. - T'as un beau cul ! dit un autre. Alors c'est ça, se sentir en vie ? Avoir le cœur qui bat jusqu'à en faire mal ? Avoir une légère sensation d'insécurité ? Moi qui aie toujours vécu dans la sécurité, cette fois je ne me sens plus comme telle, pas une seule seconde. C'est ce que je recherche en me confrontant à ces types louches et dangereux qui s'approchent de moi. Je peux sentir mon cœur battre jusque dans mes oreilles, il tambourine fort. Le danger est présent, il me fait revivre. J'ai besoin de ça. - Alors, qu'est-ce que tu fais ici ? - Mmmmmh, elle est jeune, murmure l'autre. Ils ricanent et laissent dévoiler des dents jaunes. J'avale difficilement ma salive en les scrutant de la tête aux pieds. Ils ont l'air bourré, loin d'être des anges. Les cheveux de l'un des hommes sont gras, tandis que ceux de l'autre sont rasés, sa tonsure étant noire dans cette sombre ruelle. Ils s'apprêtent à faire qu'une bouchée de moi parce que j'ai cherché le danger mais qui sera présent pour me sauver ? Personne. Comment vais-je faire à présent pour me sauver de cette situation ? Je fais quelques pas en arrière tandis qu'ils ricanent de leur voix grave. Ils puent l'alcool à des kilomètres, même mes frères ne sentent pas autant quand ils sont bourrés. L'odeur de l'alcool a imprégné leurs vêtements. Quand soudain, une masse sombre apparaît derrière eux en silence. J'écarquille les yeux. Voyant mon regard rivé derrière eux, les deux hommes se retournent doucement avant qu'ils ne soient lancés en l'air contre le mur de l'un des deux immeubles de la ruelle. Ils atterrissent dans les poubelles et se relèvent difficilement avant de fuir, sans jamais se retourner. Je recherchais les sensations fortes, celles qui font vivre mais je ne pensais pas être confrontée à lui, celui qui n'a pas sauvé ma sœur. Je ressens une légère pointe de frayeur, la même que je ressentais quand j'étais chez Wayne quelques minutes avant de partir. J'ai toujours cette sensation de renaître, comme si le danger n'était pas parti et cela fait du bien de se sentir en vie. - Qu'est-ce que tu fais ici ? gronde-t-il. Impossible de reconnaître sa voix, elle est trafiquée, plus grave. Je vois à peine ses yeux sous son masque, l'obscurité n'aide pas pour autant. Je n'ose plus bouger. Je me sens tellement folle à présent d'avoir recherché le danger. - Tu n'es pas censée être ici, continue-t-il avec fureur. - Je ne reviendrai plus, murmuré-je, impressionnée par sa carrure. Il fait un pas en avant, me dominant d'au moins vingt centimètres. Combien de personnes ont pu le croiser ? Combien de personnes a-t-il sauvé ? Il n'a pas sauvé ma sœur en tout cas. Je tremble, claque des dents et avale difficilement ma salive face à lui. Il est plus imposant que je ne me l'étais imaginée. Mes parents vont me tuer s'ils apprennent que je suis passée dans des rues risquées. - Ta sœur m'a demandé de veiller sur toi alors fais au moins la part du marché. Évite de traîner dans les mauvaises rues. J'arrête de trembler et je me fige, glacée par ses mots. Depuis quand ma sœur a pu lui adresser la parole ? Depuis quand ma sœur s'est préoccupée de moi une seule seconde ? Depuis quand ma sœur est rentrée en contact avec lui ? Qui d'autre a-t-elle fréquenté ? A qui d'autre a-t-elle demandé que je sois surveillée ? Et pourquoi ? Depuis quand se connaissaient-ils ? Je n'ai pas le temps de lui demander pourquoi je dois être protégée qu'il est déjà parti, envolé dans les airs. Je regarde le toit des grattes-ciel. Rien. Je fais demi-tour rapidement, quittant l'ombre pour la lumière. Néanmoins, je continue de regarder le toit des immeubles tout en courant pour rentrer chez moi et je vois soudainement une masse sombre, une ombre se déplacer de toit en toit. Il me surveille.