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Je suis contente que Cheyenne soit de retour au lycée, elle m'avait terriblement manquée. Et j'étais terriblement inquiète pour elle. - Alors, quoi de neuf ? me dit-elle. - Tu sais qui j'ai rencontré et dont j'ai gardé la veste ? - Non ? fronce-t-elle les sourcils. - Bruce Wayne. - Quoi ? s'écrit-elle. Quoi ? Attends, j'ai loupé un épisode là ! C'est une blague ? - Non, je te jure ! J'étais sur la tombe de ma sœur, il m'a entendue crier et puis il m'a parlée. - Tu criais ? - Laisse tomber, rigolé-je. Je repense à cette journée plutôt mémorable, à ma crise de colère contre ma sœur et à mes larmes. Je finis par soupirer, levant les yeux au ciel. Finalement, je craque. - Je hurlais sur la tombe de ma sœur comme quoi je la détestais d'être morte. - Oh. Je suis désolée, tu sais. Je n'ai pas été trop présente ces derniers temps. - Ne t'excuse pas, dis-je. Tu avais autre chose à penser. Cheyenne me conseille d'aller lui rendre sa veste mais je n'ai aucune idée où il peut bien vivre, je ne m'en suis jamais souciée jusqu'à présent parce que j'avais autre chose à penser. Elle lève les yeux au ciel et lance une recherche sur mon téléphone, m'indiquant finalement la localisation de la maison de Bruce Wayne. Je la remercie avec un sourire. Je ne suis pas étonnée qu'il puisse vivre dans une maison comme la mienne, avec tout l'argent qu'il possède, c'est normal. Mais cela doit être assez horrible de vivre seul dans une maison faisant presque la taille d'un château. Seul, au quotidien, sans personne. Les journées doivent être longues. Que fait-il pour s'occuper ? Pleure-t-il les nuits en repensant à ses parents ? Parce moi je pleure quelques fois lorsque je pense à ma sœur. - Tu me conseilles de faire quoi ? - Tu plaisantes Zafrina Milles ? Je lève les yeux au ciel. - Tu dois lui rendre cette putain de veste ! Après cette dernière heure de cours, tu te rends chez lui ! - Nous avons quatre ans d'écart je te rappelle. - Et alors ? ricane-t-elle. Des hommes se tapent bien des femmes qui ont vingt ans de moins qu'eux. Quatre ans de différence, ce n'est rien. - Oui, tu as raison. - Bien sûr que j'ai raison ! Elle plaque ses mains contre ses cuisses en soupirant d'exaspération. Malgré sa maladie, elle n'a jamais perdu son énergie. Même affaiblie elle trouvait le moyen de se battre et de rester active comme jamais. J'imagine que Cheyenne a raison quand elle m'ordonne de me rendre chez lui, après tout, cela peut faire du bien de voir un visage nouveau même si je sais que mes parents ne seraient pas de cet avis. Sa maison est plus haute que la mienne. Il y a deux tours à chaque extrémité et quelques oiseaux tournent autour de ces tours, sous les nuages gris menaçant. Contrairement à ma maison, la sienne paraît effrayante, loin d'être accueillante. On se croirait dans un film d'horreur, face à une maison hantée. Je ne sais pas si c'était une bonne idée de me rendre seule chez lui, peut-être qu'il tue des gens et que personne ne le remarque. Qui sait, on ne soupçonnait pas le meilleur ami de ma défunte sœur devenir un tueur. Je réfléchie quelques minutes devant la porte si cela vaut la peine de lui rendre cette veste. Peut-être que je devrais l'envoyer par la poste, ce serait tellement plus facile. Je ne me décourage pas pour autant, je toque à la porte et un majordome vient m'ouvrir la porte quelques minutes plus tard, le visage inexpressif. - Je m'appelle Zafrina Milles, je viens rendre cette veste à Bruce. - Vous êtes la fille du cimetière ? demande-t-il sans réagir à mon nom et mon prénom. D'habitude, les gens ont tous une réaction excessive, comme si j'étais ma sœur, comme si j'étais une mini elle. Ils me regardent de haut en bas en pinçant les lèvres mais ils ne comprennent pas que je ne serai jamais elle. - Oui, c'est ça, sourié-je. - Entrez, dit-il d'un ton plus agréable. Il s'écarte de mon passage et me laisse pénétrer dans l'immense demeure, étant du même style que la mienne. Tout est ancien, le sol est en marbre et l'entrée débouche sur un escaliers magnifiquement gigantesque. Une verrière illumine l'entrée, on peut y voir les nuages noirs et les oiseaux. Cela doit être apaisant d'entendre la pluie s'écraser contre le verre. Bruce Wayne débarque quelques minutes plus tard, en t-shirt et survêtement, sourire aux lèvres. Je ne pensais pas que quelqu'un pouvait être aussi content de me voir un jour. Je lui tends aussitôt sa veste. Il me sourit sans retenue et je remarque qu'il a quelques hématomes violacés au biceps gauche. - Tu restes ? demande-t-il. - Je ne sais pas, mes parents ne sont pas au courant que je suis ici. - Tu veux que je les prévienne ? - Non ! m'exclamé-je aussitôt. Il lève les sourcils tandis que son majordome lui lance un regard bizarre. Je soupire. - Ne le fais pas. Depuis que ma sœur a eu la bonne idée de tomber amoureux de lui, ironisé-je, et depuis sa mort, mes parents n'apprécient pas que je sorte avec des garçons qu'ils ne connaissent pas. - Mais tout le monde me connaît, dévoile-t-il ses dents blanches en souriant. - Je les appelle. Bruce lâche un petit ricanement comme quoi il savait que j'allais finalement rester. Je lève les yeux au ciel avant de prévenir mes parents que je risque de rentrer tard, ayant pour excuse que je fais les magasins. Ma mère ne s'y opposera pas, elle sait que j'ai besoin de penser à autre chose depuis cinq mois. Sauf que tout cela ne durera pas une éternité, un jour, je finirai par voir la réalité en face. - Elle te manque ? demande Bruce en m'emmenant dans l'immense salon. Nous sommes suivis par son majordome dont je ne connais même pas le nom. - Chaque jour. Mais je la déteste, ça comble le manque. Il m'explique l'histoire de sa maison, éclate de rire quand il me raconte une vieille anecdote de lui et son père mais à vrai dire, je n'écoute pas vraiment. Je suis hypnotisée par son rire, son sourire et ses yeux. Son visage aussi. Il y a quelques chose derrière ce visage qui demande à être décrypter. Je ne sais pas si ce sont ses cheveux noirs en bataille qui m'attirent ou si c'est la forme carrée de son visage qui m'hypnotise. J'ai entendu dire qu'il plaisait à beaucoup de filles et qu'il avait été amoureux de sa meilleure amie. Cette dernière étant morte à cause de J. et de ma sœur, en partie. Batman n'a pas pu la sauver. - Tu ne ressembles pas à ta sœur, me dit-il soudainement. - Je sais. Elle avait les cheveux noirs, j'ai les cheveux bruns, elle avait les yeux bruns, j'ai les yeux bleus. Bruce penche la tête sur le côté comme pour m'examiner d'un autre angle. Je ne me laisse pas déstabiliser, à vrai dire, je l'imite. - Comment se fait-il que je n'avais pratiquement jamais entendu parler de toi jusqu'à maintenant ? - Mes parents ont essayé de nous protéger des médias depuis qu'il est apparu. - Les médias, ricane-t-il. C'est compliqué de vivre quand nous sommes épiés chaque jour. - Avec le temps, on s'y habitue. Tu ne passais pas souvent à la télévision non plus, remarqué-je. - Je ne suis pas de nature sociable. Je préfère être dans l'ombre des projecteurs. Je lève les sourcils, étonnée puisque quand il est question de lui dans les médias, on peut dire qu'il se met très bien en avant aux bras de jolies filles de son âge. J'en suis presque jalouse mais étant donné qu'il ne les fréquente que le temps d'une nuit, cela ne me dérange pas. Et puis, il a vingt ans après tout. Il fait ce qu'il désire. - C'est dommage de rester dans le noir, dis-je. - J'aime le noir, c'est ma couleur préférée. Je fronce les sourcils sans m'empêcher de sourire. Le majordome de Wayne arrive avec un jus de fruit et un verre contenant un liquide vert. Par la suite, je ne peux pas décrocher mon regard du sien. Le problème est qu'il a des yeux ténébreux et putain de merde, ce n'est pas désagréable à regarder. Il est intimidant, légèrement froid quand on le regarde aussi longtemps que je suis en train de le faire. - Le noir ? Vraiment ? - Si je te le dis. - Pourquoi ? Il réfléchit quelques secondes avant d'hausser les épaules. - Tu ne regrettes pas qu'il n'ait pas pu sauver ta sœur ? - Qui ça ? Notre super héros pas si héros que ça ? ricané-je. - Oui, marmonne Bruce. - Non, pas du tout. Je ne lui en veux pas, ce n'est pas sa faute si elle a choisi la mauvaise personne. Il se baisse en avant pour prendre son verre au liquide bizarre qui ne donne pas envie d'être bu. Je regarde ses veines ressortir le long de ses bras et au dos de ses mains. Ce que je dis est horrible, méchant à la fois mais c'est la vérité et face à ça, je peux donner une justification tout à fait valable. Et puis, j'ai le droit à la liberté de penser, pas vrai ? - Parce que le Joker serait mort. Ma sœur n'aurait pas su vivre sans lui, elle se serait suicider dans les heures qui auraient suivies, terminé-je ma phrase. Elle a déjà essayé. Bruce Wayne lève le menton, de sorte à prendre un air hautain. Il règne une tension froide dans la pièce à présent et elle ne semble pas lui déranger contrairement à moi qui me sens soudainement mal à l'aise. Je gigote sur le canapé, déstabilisée par sa personne. Cependant, je me livre à cœur ouvert, comme si je n'avais pas le choix et comme si je pouvais avoir confiance en lui. À vrai dire, je peux puisqu'il n'a pas d'amis, pas de famille. - D'une manière ou d'une autre, elle n'aurait pas survécu. Personne ne pouvait la sauver. - C'est pour ça que tu la détestes ? Parce qu'elle a choisi l'amour à la famille ? - Elle a choisi le mal, Wayne. C'est peut-être pour cette raison que Batman n'a pas sauvé ma sœur. Il hausse les épaules, encore une fois. Fait-il souvent cela ? - On ne saura jamais. - J'aimerais tout de même savoir pourquoi il n'a rien fait. Il aurait pu la sauver, des la première fois. Batman surveillait constamment Jérôme, il aurait pu empêcher Katerina de continuer à le voir. - Mais l'amour est toujours plus fort, tu sais ? - Non, pas vraiment, haussé-je les épaules. Wayne avale sa boisson d'un trait, me paraissant toujours aussi dégoûtante. - Tu n'as jamais eu de « first love » ? - Les garçons m'oublient. Je suis facile à oublier. Je suis coincée entre deux mondes. Un monde où tout le monde a le regard tourné vers les autres et un monde où les gens sourissent pour faire croire qu'ils sont heureux. Je ne l'ai jamais dit à personne mais je suis morte de l'intérieur. Il y a un vide en moi, quelque chose qui doit être combler mais qui ne peut pas l'être, c'est trop gros. J'ai seize ans, j'ai encore la vie devant moi mais je me sens morte de l'intérieur. J'ai des amis du sexe opposé mais je n'ai jamais attiré les autres garçons. Sauf un, mais il ne compte pas. Ces derniers en tous le regard tourné vers les autres filles, comme si je n'existais pas, comme si je faisais mal à regarder. Et quand on me regarde, je me sens mal parce que j'ai l'impression d'être jugée. Mais c'est sur cela que repose notre société, le jugement. On juge les autres pour se sentir mieux. Alors je me sens morte, morte de l'intérieur. C'est encore pire depuis que ma grande sœur est morte. Personne ne s'intéressera à moi, je suis la sœur de la folle, de celle qui a aimé un monstre. J'aimerais être ramené à la nuit où elle a fuit de la maison. Ce soir où elle est partie sans même laisser un mot. Ce soir où c'était son dernier soir. J'aimerais revenir en arrière pour lui prendre la main, la serrer une dernière fois et lui demander de ne pas m'abandonner. Lui demander de réfléchir une seconde si elle a une chance d'être heureuse avec ce monstre, ce que j'en doute. La supplier de rester auprès de moi. Peut-être que je me sentirais moins morte à l'intérieur. On sent notre cœur battre mais nous savons qu'il ne bat pas pour quelqu'un, il bat pour nous garder en vie. Je ressens ce vide depuis bien longtemps maintenant. Je joins mes doigts, hochant la tête de droite à gauche, lentement. - Personne n'est facile à oublier. - Crois-moi, je le suis. - Je ne comprends pas, soupire-t-il. Difficile à dire, difficile à laisser sortir toutes mes pensées sans avoir peur d'être jugée. Je me sens bien et en même temps non puisque je me sens morte de l'intérieur. J'ai tout ce que je veux dans ma vie et cela ne m'empêche pas de ressentir cela. Je baisse la tête, les lèvres entrouvertes puis je souris douloureusement, comme toujours depuis plus de cinq mois. J'ai l'impression de parler à un psychologue. - Un minute je pense que je vais bien et puis la minute suivante je me sens vide. Je me sens morte.