« la personne que j'étais hier, ne sera plus la même demain »
— note à moi-même
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Je ne vais pas faire long. Je ne vais pas non plus prétendre que je suis fière de ce que je suis devenue mais je ne vais pas prétendre que je regrette. Tout ça serait faux. Tu dois probablement te souvenir parfaitement de ce jour et la moindre chose que je puisse faire est m'excuser même si, je n'en pense pas un mot. Mais les mots écrits passent mieux que les paroles orales. On ne peut pas voir si c'est faux ou vrai. Mais là tu sais que je ne pense pas mes excuses. J'aimerais tellement pourtant. Je ne sais pas si tu t'es demandée quand est-ce que j'allais parler de sa mort. La voici. J'ai vu l'amour de ma vie mourir sous les yeux et je peux t'assurer que ça te détruit. Mais tu ne connais pas ça toi, Zafrina, l'amour. Puisque personne n'est jamais tombé amoureux de toi.
« Jérôme conduit rapidement, comme toujours à vrai dire. Tout ce dont j'ai besoin est de m'éloigner de cette maison de dingue. Il chantonne comme si c'était le plus beau jour de sa vie, tandis que ma propre vie semble m'avoir abandonnée. Je ne la ressens plus, pas en ce moment, c'est comme si j'étais vide ou comme si j'étais tombée dans le vide. Tout se mélange au fond de moi, les émotions se percutent les unes aux autres. Tristesse, colère, haine. - Ça va, principessa ? Je craque et les larmes coulent toutes seules dans un torrent démentiel. Je suis secouée de la tête aux pieds comme si un tremblement de terre était en train de gronder le sol. Ce n'est pas le fait de quitter ma famille aussi brutalement qui me fait pleurer, ni les paroles de ma mère. En réalité, je n'ai pas la moindre idée pourquoi suis-je en train de pleurer. Je suis imprévisible, comme l'est la météo. Je craque parce que je n'en peux plus, j'ai l'impression de ressentir toute la douleur et le malheur du monde sur mes épaules. Je tombe encore plus bas, du haut d'une montagne russe, d'une falaise, d'une montagne. Je tombe encore et encore. La chute est vertigineuse, rapide. Et l'atterrissage sera douloureux. Tout explose au fond de moi. Et je ressens le grand besoin de me laisser dépérir, car je n'en peux plus. Ce qui m'amène à penser que cela m'est inconnu, j'ai l'impression que mon cœur est emprisonné dans un étau d'émotions trop fortes. - Kate, pourquoi pleures-tu ? Je plaque une main sur mes lèvres pour étouffer mes gémissements. On dirait une enfant de six ans. Incapable de contenir ses larmes parce qu'elle a mal au fond, parce que la douleur est trop forte pour la supporter. Je ne sais pas ce qui m'arrive. Suis-je vraiment malade, comme ma sœur le disait ? Je dois forcément avoir un problème pour craquer comme cela.
« Je sais ce dont tu as besoin, a dit Jérôme Valeska. » Mais qu'en sait-il vraiment ? Les autres disent qu'il me manipule, qu'il a fait de moi un monstre. Mais peut-être que nous l'avons forcément tous été un jour ou l'autre, tous les deux. À force d'avoir vécu toute notre vie ensemble, nous nous sommes accordés l'un à l'autre, ne pouvant se passer de chacun. Et c'est ça, la vraie vie. Passer chaque seconde à ses côtés. Et c'est lui qui m'a sauvée. Je peux voir dans le fond de ses yeux qu'il est fier de moi. Comme avant. Il me lance la batte de base-ball que je rattrape d'une main. Et ce dont j'ai besoin, c'est de me défouler, d'extérioriser ma colère, ma haine, ma tristesse. Le type à genoux en face de moi me supplie de l'épargner. Une petite voix à l'intérieur de moi m'interdit de faire ça. Mon Dieu, qu'est-ce que ta sœur dirait si elle te voyait ? Qu'es-tu devenue Katerina Nevena Milles ? Sais-tu que tu es une abomination ? Et c'est vrai, je suis devenue ce que je ne voulais pas que Jérôme soit. Je suis comme lui, nous sommes les mêmes. Semblables, se complétant l'un à l'autre comme deux pièces de puzzle. Mais ses implorations ne me font pas pitié. Je souris sans vraiment sourire, un peu à la manière de Jérôme. Quand je fais un mouvement, prenant de l'élan, l'homme écarquille les yeux avant que je n'abatte d'un grand coup sec et puissant, sur le sommet de son crâne, la batte de base-ball. Il y a du sang qui éclabousse, beaucoup de sang, et des cris aussi. Il y a mon sourire également. Je ne sais pas d'où il provient mais agir ainsi ne peut le faire que du bien. Tu agis comme un monstre, intervient la petite voix dans ma tête. Non, je ne suis plus la même. De la musique classique accompagne le tout, Jérôme a tenu à mettre de l'ambiance. D'après lui, c'est plus festif. Je ne peux pas prétendre le contraire. Tout le monde a les yeux horrifiés, la terreur s'étant propagée jusqu'à leur système sanguin. Il doit probablement rester quelques minutes avant que la police intervienne. - Qui veut que ça tête serve de balle ? À qui le tour ? s'exclame Jérôme. Tout le monde secoue la tête de droite à gauche, terrifié. Je le serais aussi à leur place. Jérôme saute du haut du comptoir en brandissant un couteau tandis que je marche entre les personnes agenouillées, batte sur l'épaule. - Qui veut un joli sourire ? chantonne-t-il en souriant. Une femme hurle de douleur quand le couteau s'enfonce dans la chair de sa joue jusqu'à la commissure de ses lèvres. Il fait de même pour le côté gauche de sa joue, comme si la femme souriait sans vraiment sourire, à l'image du Joker, de Jérôme. Son sourire est figé, elle le portera à jamais. Du sang s'écoule le long du menton de la femme avant qu'elle ne perde connaissance. Par tant de faiblesse, Jérôme secoue la tête de droite à gauche. Il sort une bombe artisanale de sa poche, contenant un liquide jaunâtre empoisonné. Jérôme a toujours été doué pour la chimie, au point d'inventer des produits totalement dangereux. Il n'a pas le temps de dégoupiller la bombe que des militaires brisent les vitres, armes pointées droit sur nous. À ce moment précis, tout est fichu. Jérôme pointe une arme sur moi, droit dans ma tête tandis que je prends une expression terrifiée sous mon maquillage blanc. - Pitié ! Il m'a obligée à faire tout cela ! Aidez-moi ! crié-je le plus théâtralement possible. - Jérôme Valeska, lâchez votre arme ! - J'ai une meilleure idée : je vais m'en aller ! Il fait quelques pas en arrière tandis que je laisse les larmes couler, peut-être que ce sont de vraies larmes, je n'en sais trop rien puisque je suis une véritable boule de nerfs depuis hier. Je ne fais qu'exploser, pleurer sans que je sache pourquoi. Et ça me tue. Nous allons nous en tirer tous les deux. Il s'en sortira et prendra la fuite tandis que je plaiderai l'innocence pour avoir été obligée à faire tout cela. Les gens ne témoigneront pas contre moi puisqu'ils auront trop peur que le Joker revienne les assassiner. Je ne risque rien. Nous pouvons voir des journalistes s'emparer de la scène derrière les militaires qui nous menacent de leurs armes. Les mains en l'air je continue de jouer mon rôle est de pleurer. Cependant, j'entends quelqu'un qui s'étouffe avec un liquide ou de la nourriture. Un bruit qui me serre le cœur et qui me foudroie de l'intérieur. Quand je me retourne lentement vers Jérôme, ce dernier a les mains appuyées sur sa jugulaire. Et de l'hémoglobine coule entre ses doigts. Un homme tient un couteau entre ses mains, du sang sur la lame. Je lâche la batte de base-ball et elle tombe dans un bruit sourd contre le sol en marbre blanc. Les bruits autour de moi deviennent silencieux bien qu'en réalité, ils sont bruyants. Mes yeux restent fixés sur Jérôme qui flanche, les genoux cédant sous son poids. Ses yeux deviennent vides de toute vie. Mon cœur se déchire en milliards de morceaux tandis qu'il s'écroule par terre, les mains sur sa jugulaire, le sang coulant abondamment. Plus de rire, plus de mot. Rien. Je reste figée comme si je m'étais enracinée dans le sol et je le regarde, les yeux écarquillés, toutes les émotions s'abattant sur moi comme une énorme vague dévastatrice, destructrice. - C'est fini Katerina. Tu vas pouvoir rentrer chez toi, murmure le commissaire Gordon. Il me prend dans ses bras pour me rassurer, alors que je ne veux pas mais je suis incapable de protester, choquée, paralysée par le spectacle qui s'offre à moi. Mon cerveau met de longues minutes avant de réaliser ce qui s'est produit. Je suis dans une voiture quand les larmes coulent véritablement pour de vrai. J'ai envie de me terrer mille lieux sous terre, de hurler toute la douleur de mon âme, cette dernière déchirée, brisée. Peut-être que c'est le choc émotionnel qui ne me fait pas hurler de douleur, de rage et de haine. Médusée, mon regard est perdu dans le vide. Je dois probablement avoir du sang sur le visage quand je constate en avoir sur les mains. Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Je t'avais dit que tu étais un monstre, Katerina. Je subis un interrogatoire lorsque je rentre à la maison, chez moi. Mes parents n'évoquent pas le fait que je me sois enfuie délibérément. D'ailleurs, ils mentent en inventant que le Joker m'a enlevée. - Pourquoi ne pas avoir prévenu la disparition ? s'étonne le commissaire. - Parce qu'en ce moment, Katerina part et revient comme bon lui semble en disparaissant pendant des heures ! dit ma mère, en parfaite menteuse. Mes oreilles écoutent mais mon esprit est ailleurs. Les parents font semblant et je sais que, dès que les policiers partiront, les cris et hurlements commenceront. Mais Jérôme est mort. Mort. Tué sans la moindre pitié. Je pousse un râle, un gémissement de douleur en plaquant une main sur mes lèvres. Je glisse du bord du canapé en suffoquant tandis que l'on me parle. Mais les voix sont floues, lointaines. Je pleure toutes les larmes de corps. Non, il y a vraiment quelque chose qui ne va pas chez moi. Pas seulement la mort de Jérôme, qui me bousille, me consume à chaque micro seconde. Non, il y a forcément autre chose pour que je dérive. Mes émotions sont mises à rude épreuve. Zafrina a raison, je suis malade. Et je sais que les informations diffusent déjà les nouvelles de la mort de Jérôme Valeska, cette dernière si rapide, et je sais que ma sœur ne tardera pas à entrer à la maison. Elle se jettera dans mes bras, soulagée. Mais moi je suis déjà morte quand je ferme les yeux, tandis que les voix s'estompent dans le néant. »