« le chaos est sa seule raison d'être tandis que ma raison, c'est lui »
- note à moi-même
Je te passe l'épisode de l'hôpital psychiatrique parce que tu le connais aussi bien que moi. Enfin, peut-être pas dans les détails mais tu sais que j'y suis allée, restée un bon bout de temps. Tu ne sais pas ce que j'entendais là-bas, des fois on pouvait entendre les hurlements perçants des gens entre les murs.
Parfois j'entendais les gens murmurer à ma porte à propos de Jérôme, toujours le jour car en pleine nuit, personne ne pouvait sortir. J'étais saine d'esprit mais personne ne voulait l'entendre. Ils disaient que je n'étais pas guérie. Je suis sûre qu'ils me gardaient parce que les parents donnaient beaucoup d'argent.
Quand je suis ressortie, je n'ai pas pris la peine de demander aux parents de venir me chercher, je voulais marcher à pieds.
Les mains dans les poches, la tête baissée. Seule. Enfin presque.
« J'ai froid et je n'ai pas envie de rentrer chez moi. Néanmoins, je n'ai pas envie de retourner en hôpital psychiatrique. Mon Dieu que dirait ma grand-mère si elle le savait ?
J'espère que de là où elle se trouve, elle n'est pas déçue de moi.
J'ai une boule au ventre, toujours cette pensée de mort qui flotte dans mon esprit mais je ne ressens plus l'envie de le faire, pas pour l'instant du moins. Je n'ai jamais eu de tendances suicidaires comme l'autre jour auparavant mais ils disent que avec l'accumulation des événements avec Jérôme, je suis devenue fragile.
Il m'a cassée comme un vieux jouet.
J'ai trahi ma famille. Je n'ai pas d'amis. Alex ne me pardonnera jamais ce que j'ai fait. Jérôme s'est bien foutu de ma gueule, clairement. Je n'ai absolument plus rien. Que suis-je censée faire alors dans ce cas ? Continuer à respirer comme si de rien était ? Je n'ai pas envie. Mais je n'ai pas non plus envie de mourir, pas tant que Jérôme soit en vie.
La maison me semble méconnaissable, et pourtant rien a changé depuis que je suis partie. Tout me semble étranger, comme si je n'étais pas chez moi. L'odeur, la couleur de la tapisserie, les meubles. Tout me semble différent.
- Katerina ? dit ma mère.
- Je suis rentrée à la maison.
Je lui dis que j'ai retrouvé le droit chemin, que je reviens parmi les miens mais tout ce qu'elle comprend est le fait que je sois simplement rentrée. Ma mère me prend dans ses bras tandis qu'une masse sombre se dessine par la fenêtre du salon.
Il est là.
Je sens sa présence tout en étant à l'intérieur de la maison. Il m'observe, vérifie que je suis bien rentrée. Sait-il que j'ai été admise dans un hôpital psychiatrique ? Sait-il qu'il me fait souffrir ? Pourquoi m'espionne-t-il s'il se moque complètement de moi ?
- Je vais te préparer ton plat préféré.
- D'accord.
Je n'ai pas faim. Je ne mange plus beaucoup à présent mais cette fois je fais semblant pour lui faire plaisir. J'avais mon plat préféré en mastiquant le plus rapidement possible et je sais que j'irai tout vomir.
J'ai résisté à la tentation d'aller le rejoindre dans le jardin parce que je sais qu'il m'aurait fait encore plus de mal qu'il ne le fait déjà. Comment a-t-il pu avoir autant de contrôle sur moi ? Je le déteste pour ça, j'ai avoué mes sentiments et il s'en est servi pour mieux me détruire. Je le déteste tellement que j'ai l'irrésistible envie de le tuer.
Je ne sais pas qu'elle sera ma réaction si je me retrouve en sa présence, je perds mes moyens auprès de lui.
Mon père et mes frères sont contents de me revoir, Alex moins. Zafrina me serre dans ses bras quand le téléphone de la maison sonne. Elle me serre si fort que ma sœur m'en coupe le souffle. Je remarque ma mère prendre une expression d'incompétence. Que se passe-t-il ? Elle se fige, soudainement inquiète.
- Très bien. Au revoir.
Ma mère raccroche brutalement le téléphone avant de se tourner dans ma direction, quelque chose dans le regard que je ne sais lire ou décrypter.
- Habille-toi, des policiers viennent te chercher parce que tu es en danger.
- En danger ? Comment ça en danger ?
- Jérôme Valeska a été repéré près de chez nous.
Un grand silence s'installe dans le hall de la maison tandis que je sens mon sang se glacer. S'ils savaient qu'il était là tout à l'heure.
- Je ne suis pas en danger.
À vrai dire, je ne suis pas trop certaine de ce que j'avance. Je ne sais pas comment il fonctionne depuis un bon bout de temps et cette phrase a le don d'énerver ma famille, je le lis sur leur visage. Alex monte les escaliers en veillant à me jeter le plus assassin des regards.
Ils ne me croiront jamais quand je leur affirme qu'il ne me fera aucun mal. Physiquement du moins.
Néanmoins, quelque chose cloche dans cette situation. Comment se fait-il qu'il ait été repéré ? Il ne se laisse jamais voir d'habitude, même quand il prépare un coup. J'aimerais parler de ma théorie à mes parents mais ils diraient que je me fais des idées et que monter dans cette voiture de police serait préférable qu'essayer de trouver un moyen d'échapper à cela.
Alors je sors de chez moi et je grimpe dans la voiture de police, où le policier regarde par la fenêtre. J'attache ma ceinture sans me soucier de ce qu'il peut me dire. Puis, ses yeux rencontrent les miens.
Trop choquée pour lâcher le moindre cri, je me contente de plaquer une main contre mes lèvres.
Il a le sourire jusqu'aux oreilles quand il démarre la voiture, il m'est alors impossible de fuir. Jérôme sifflote dans l'air comme si c'était un beau jour tandis que je ne le quitte pas du regard. Que se passe-t-il ? Que fait-il ici ? Je secoue la tête sans croire à ce que je vois quand je comprends.
- Tu as fait exprès de te montrer, murmuré-je. Tu voulais être vu pour qu'ils envoient une voiture de police me chercher.
- Merveilleux, je n'ai même pas besoin de t'expliquer ce que tu sais déjà !
J'ai envie de pleurer mais je n'en ai pas la force. La cicatrice de ma scarification me pèse dans mon esprit. J'ai même l'impression qu'elle me brûle. Sait-il ce que j'ai vécu ? Sait-il ce que j'ai fait à cause de lui, parce que je suis faible ? Jérôme accélère en éclatant de rire. Comment fait-il pour donner l'impression qu'il ne se force pas à rigoler ?
Accélérant de plus en plus, Jérôme ne fait rien pour dévier la voiture vers la gauche quand un homme est engagé sur la route. En réalité, il donne même un coup de volant pour heurter l'homme. Ce dernier s'écrase contre le pare-brise et vole sur le toit de la voiture avant de retomber à terre. Les yeux sortant de leur orbite, je pousse un cri de terreur. Quand je regarde à l'arrière, il est couché sur le sol, comme raide mort et des gens se précipitent vers lui.
- Désolé, je vous avais pas vu ! cri Jérôme par la fenêtre avant de rigoler.
Mon meilleur ami allume la sirène de police qui se trouve sur le toit de la voiture sans cesser d'accélérer.
- T'es malade ! Tu viens de renverser une personne ! hurlé-je.
- Oups, fait-il.
Comment peut-il avoir aucune pitié envers un être humain ? Comment peut-il être inhumain au point de se moquer de la vie des autres ? Pourquoi est-ce un meurtrier ?
Il continue à accélérer, grillant les feux rouges, évitant des obstacles en donnant des coups de volant de droite à gauche jusqu'à ce que la véritable police s'aperçoive que nous ne sommes pas l'un des leurs. Elle ne pourchasse et cela ne semble qu'augmenter le rire épouvantable de Jérôme.
Habillé avec un uniforme de police, je suppose qu'il a volé cela avant de voler la voiture. Il ne cesse d'accélérer, évitant accident sur accident, me flanquant la trouille comme jamais. Mon cœur bat trop vite et j'ai l'impression que je suis au bord de m'évanouir. Je m'accroche à tout ce que je peux.
- Arrête la voiture ! hurlé-je.
- Non, non, non ! chantonne-t-il.
- Arrête la voiture ! hurlé-je plus fort.
Son air déterminé m'indique qu'il n'est pas prêt à m'obéir tandis que la peur s'empare rapidement de moi. Mes mains tremblent tandis que j'ai la bouche pâteuse.
- Je t'en supplie, arrête cette putain de voiture ! crié-je en le regardant.
Il se tourne vers moi en souriant comme si cela le faisait marrer de me voir effrayée. En réalité, il est actuellement en train de se marrer. Mes yeux bruns sont figés dans ses yeux verts qui ne ressentent pas la moindre pitié. Alors c'est ça qu'il essaie de me faire ressentir ? De la terreur ?
Combien de temps cela va-t-il durer ? Quand aura-t-il fini de jouer ?
- Je t'ordonne de t'arrêter ! dis-je en essayant de m'emparer du volant.
Il me plaque contre mon siège avant de braquer une arme en direction de ma tête. À cet instant, je me fige et ne me soucie plus de la vitesse à laquelle nous sommes, des policiers qui nous suivent sans répit.
- Qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce que tu fais ? répété-je.
Il pousse un grand coup d'accélérateur et ma tête heurte contre mon siège avant de ranger son arme.
- Jérôme arrête la voiture ! Ralentis ! Arrête cette voiture !
- Tu n'as pas dit le mot magique !
- Valeska, arrête ! hurlé-je. Arrête !
Ce dernier ne cesse pas, toujours guidé par une folle envie de nous tuer tous les deux comme deux amants maudits. Sauf qu'il n'est pas amoureux de moi, enfin, c'est ce qu'il prétend.
- Joker, espèce de monstre, arrête la voiture ! hurlé-je, plaquée contre mon siège.
J'ignore encore comment pouvons-nous être en vie, mais nous le sommes bien. Jérôme appuie soudainement sur la pédale de frein tout en tournant. Les pneus crissent sur la route et quand la voiture est aussitôt arrêtée, je descends immédiatement de la voiture en m'éloignant de lui et du véhicule.
À quoi cela rime de me faire enlever pour s'arrêter alors que la police nous pourchasse ? J'entends une portière claquer et je devine qu'il me suit.
Cependant, je n'entends pas son rire, pas une fois. Les sirènes se rapprochent de nous rapidement tandis que je suis secouée par des tremblements. Je m'agrippe à mes cheveux en espérant que tout cela soit un cauchemar. L'hôpital, cette course en voiture. J'aimerais que cela ne soit pas réel mais Jérôme se trouve bien en face de moi.
- Comment est-ce que tu as pu me faire ça ? À moi ?
- Kate...
- T'avais pas le droit ! crié-je.
Mes cheveux sont sûrement en bataille mais son regard est perdu dans une incompréhension totale. Je n'avais pas encore vu son visage figé dans cette expression depuis qu'il a tué sa mère. Cette expression est indescriptible, un mélange d'incompréhension et de peur.
Jérôme fait un pas vers moi mais je recule immédiatement. Voyant ce que je ressens à propos de tout cela, il ne recommence pas. Cette fois, c'est moi qui contrôle la situation. C'est moi qui instaure les règles.
- T'avais pas le droit de faire ça. T'es qu'un monstre, Jérôme Valeska. Commet tu peux te montrer si cruel envers moi ? Ta meilleure amie ?
Je vois sa mâchoire se contracter face à mes mots qui lui arrivent en pleine face.
- Je ne veux pas jouer à ce jeu auquel tu joues avec moi ! Je ne veux pas être une marionnette ! Je ne veux pas que tu te serves de moi comme bon te semble ! craché-je.
- Kate.
- Il n'y a pas de Kate qui tienne ! Est-ce que tu réalises à quel point tu es un véritable monstre et dont le seul plaisir est d'infliger terreur et propager la mort partout où tu vas ?
Jérôme est malade et rien ne pourra le changer.
- Tu prétends que tu ne me tueras pas, puis je tente de me donner la mort à cause de toi et au final, tu pointes une arme sur moi ? C'est quoi ton problème Valeska ?
- Tu as tenté de te donner la mort ?
En cet instant, j'ai retrouvé le Jérôme que je connaissais, le Jay que j'ai toujours connu depuis le début. Celui qui me faisait rien à en pleurer. Il est redevenu comme avant, en l'espace de quelques secondes.
J'essuie les larmes de mes joues du revers de la main.
Et cette peine au fond de moi est soudainement extériorisée. Je ne parviens pas à contrôler toutes ces larmes qui me rendent faible. J'ai pitié de ce que je suis. Je suis la fille que tout le monde déteste, que personne n'aimera et qui aime la mauvaise personne.
Comment j'ai pu tomber amoureuse de la mauvaise personne ? Je suis la fille qui sera toujours regardée avec méfiance parce que j'ai été amie avec la mauvaise personne. Mais qui a-t-il de mal à cela ?
Je déteste tellement Jérôme en cet instant mais je l'aime tellement à la fois. Je dois probablement être pathétique face à lui.
- Je croyais que tu t'étais servi de moi pour mieux me détruire ?
- J'ai peut-être menti.
Je secoue la tête de droite à gauche. Non, il ment. Je ne peux pas être manipulée encore une fois par lui. Son regard serait tellement vrai que je pourrais croire à ses mots, au fait qu'il dit la vérité.
Je ne sais pas ce que je dois croire.
- Je suis désolé, dit-il.
- Je m'en fiche. Je ne veux pas de tes excuses. Je veux juste que tu t'en ailles. Je veux que tu disparaisses de ma vie, à jamais. Parce que tu es un putain de menteur, un fracassé ! craché-je en injectant le plus de haine et de colère possible.
Son regard ne se détache pas du mien. Il fronce les sourcils.
- Tu m'aimes et si tu m'aimais vraiment, tu ne t'excuserais pas.
- Katerina, je...
- Non !
- Katerina...
- Non, arrête !
- Peu importe...
- Ne t'excuse pas parce que tu n'es pas censé blesser la personne que tu aimes, tu n'es pas censé la détruire ! hurlé-je à m'en casser la voix. T'as tout détruit !
Il cesse de m'interrompre et à cet instant, des véhicules de police s'arrêtent tout autour de nous, nous sommes cernés. Pourquoi se laisse-t-il prendre ? Il n'a jamais fait cela auparavant. Qu'a-t-il prévu ? Mes paroles atteignent son cœur plus que je ne le pensais et il relève le menton, comme pour se montrer fier de la personne qu'il est.
J'ai juste envie de m'effondrer et de ne jamais me relever.
Les policiers braquent leur arme droit sur lui.
- Les mains en l'air Jérôme Valeska !
- Lâche cette arme immédiatement !
Jérôme obéit à mon plus grand étonnement, l'arme tombe au sol dans un léger bruit. Il lève les mains en l'air sans jamais cesser de me regarder.
Je suis la première étonnée qu'il puisse écouter une personne, c'est un électron libre qui tue les gens autour de lui. Comment peut-il les écouter ? A-t-il quelque chose derrière la tête ?
- À genoux ! À genoux !
- Quel bon vent vous amène, commissaire Gordon ? dit Jérôme.
- À genoux !
Le commissaire s'avance vers mon meilleur ami, l'arme pointée droit sur on visage. Jérôme plie les genoux, les mains en l'air tandis que je reste spectatrice de tout ce spectacle. Les policiers finissent par lui attacher les poignets avec des menottes, les mains dans le dos.
Jérôme ne sourit toujours pas. Il entrouvre les lèvres, regarde le sol quelques secondes en cherchant ses mots avant de me regarder de nouveau, comme un martyr.
- C'était bon de te revoir, dit-il.
Mon meilleur ami disparaît dans une voiture tandis qu'une larme coule le long de ma joue. Jérôme dit cela comme s'il allait mourir, comme si était la dernière fois que nous nous voyons. Je suis obligée de lui pardonner pour ce qu'il a fait en m'enlevant dans une voiture de police mais je ne sais pas si je pourrais lui dire un jour, peut-être que je ne le reverrai jamais.
Je réalise qu'il a changé de comportement à l'instant même où je l'ai insulté de monstre. Je n'ai même pas eu le temps de lui dire au revoir. Comment peuvent-ils être aussi cruels ? J'ai mal à la gorge, mal au cœur. Le commissaire s'approche de moi en rangeant son arme, alerté par ma présence.
- Est-ce que ça va ?
- Non, murmuré-je en secouant la tête.
C'est vrai, je me sens tellement mal. J'ai envie de tout détruire sous mon passage sauf que je n'ai aucune force, à part celle de tenir débout.
- Ne t'en fais pas, nous l'avons enfin. Tu peux dormir tranquille à présent.
Quand est-ce qu'ils vont comprendre que Jérôme m'est vital ? Quand vont-ils comprendre que l'éloigner de moi ne fera qu'empirer mon état ?
J'ai proclamé à Jérôme que je ne voulais plus le voir mais tout ce que j'ai bien pu dire était sous le coup de la colère. Je veux absolument le revoir.
- Ça va ? demande-t-il à nouveau en voyant mon regard figé.
- Non, mais j'irai mieux.
Je fais volte-face, n'ayant plus qu'une idée en tête, me vider l'esprit et surtout, rentrer à la maison. »
Voilà ce qu'il s'est passé ce jour-là. J'ai eu tellement peur, j'étais terrifiée à l'idée que sa voiture puisse se cracher. On serait mort tous les deux.
Je ne comprenais pas pourquoi il s'était fait prendre. C'est vrai, c'est le Joker, il est malin.
Mais je ne pensais pas que se faire arrêter par tous les flics de la ville était dans son plan pour mieux détruire la ville.
À l'heure où j'écris, je me demande encore comment a-t-il fait pour être aussi malin.
