de verre, de glace, d'acier, de sang et surtout d'amour

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     Je marque la page du journal, la gorge nouée, le visage figé

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Je marque la page du journal, la gorge nouée, le visage figé. Et ça pour la première fois de ma vie, je déteste ma grande sœur. Je la déteste.
Elle a fait des choses monstrueuses dont je ne la pensais même pas capable, rien que pour lui. Et je la déteste tellement en cet instant. Comment a-t-elle pu faire tout cela ?
C'est terminé, je ne la défends plus, elle ne mérite pas qu'on prenne sa défense. Comment a-t-elle pu écrire cela ? J'ai honte d'elle, j'ai honte de porter ce nom de famille, me donnant plus l'envie de m'enfuir de ce pays. J'ai une honte d'être Zafrina Milles.
Ma sœur était malade, c'était une tarée qui avait besoin de se faire soigner. Je ne sais pas ce qu'elle avait, mais elle était complètement folle.
- Ça ne va pas ? demande ma mère.
- Maman, je peux te demander quelque chose ? C'est en rapport avec Kate.
Ma mère lève ses yeux foncés dans ma direction.
- T'as toujours son dossier médical ?
- Pourquoi ? marmonne-t-elle.
- Elle a été chez le médecin après le retour de Jérôme d'entre les morts. Mais vous n'avez pas voulu nous dire ce qui s'est passé là-bas. Est-ce que je peux savoir, maintenant qu'elle est morte ?
Elle doit probablement me prendre pour une folle mais je pense que Kate était véritablement malade. Ma mère sait quelque chose à propos de ça, une chose que j'ai toujours voulu savoir mais qu'elle a toujours refusé de m'avouer.
- Katerina est morte. L'histoire est enterrée. Point final.
Avec les révélations de ma sœur et le ton de ma mère, je ne me sens pas vraiment bien. À vrai dire, depuis quelques temps, je ne me sens plus vraiment très bien. Partir est la seule solution pour m'en sortir. Si seulement ma mère savait ce que je fais la nuit.
Elle fronce les sourcils en me fixant.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
- Rien.
- Si, dis-moi.
« Je ne me sens pas exister » avait dit ma sœur. Et, au final, c'est ce que je ressens en cet instant. Mon moral est bien bas et la raison de cela m'est inconnue. Ma mère me regarde bizarrement, presque inquiète.
- J'ai remarqué que ça n'allait pas depuis quelques temps. Tu avais l'air très en forme pourtant avant. Que se passe-t-il ? demande-t-elle d'un ton mielleux.
- Tu aurais du t'inquiéter de mon cas bien avant, craché-je, emportée d'un coup par la colère.
     Je me lève brusquement, journal en main. C'est aussi de sa faute si Kate s'est éloignée de nous. Elle n'aurait peut-être pas fuit si ma mère ne l'avait pas détesté comme elle l'a fait.
- Je vais prendre l'air.
     Quand mes jambes m'emmènent droit au manoir de Bruce Wayne, je m'arrête un instant en bas des escaliers avant de faire demi tour tout en secouant la tête. Je rumine contre ma mère, cette dernière toujours Katerina. Et peu à peu, je suis en train de prendre sa place.
     Notre génitrice nous déteste.
- Zafrina ? Qu'est-ce que tu fais ici ? dit une voix derrière moi.
- Je ne sais pas, haussé-je les épaules en reconnaissant sa voix.
     Je ne me retourne pas pour autant. Comment suis-je arrivée à un point de non retour ? Comment ma sœur a-t-elle pu devenir un monstre ? J'ai l'impression d'halluciner, d'être dans un autre monde. J'ai tellement envie de pleurer que je dois me mordre la lèvre inférieure pour ne pas laisser couler mes larmes.
- Ça va, Zafrina ?
- Non.
C'est plus fort que moi et c'est terrible, abominable. J'ai l'impression de tomber de haut. Je plaque une main sur mon visage quand mes larmes coulent. Je n'en peux plus de cette vie, j'aimerais tellement qu'elle redevienne normale. Il y a encore quelques mois j'avais cette joie de vivre, même il y a un mois. Que m'arrive-t-il ? Pourquoi est-ce que je tombe aussi bas ? D'aussi haut ?
J'ai envie de frapper dans les murs, contre quelque chose ou même quelqu'un. Je vis un véritable enfer, j'ai la sensation de mourir de l'intérieur. Comment tout ça est-il possible ?
- Zafrina, qu'est-ce qui se passe ?
- Je peux plus faire semblant, pleuré-je comme une gamine. Je peux plus supporter le poids de la douleur. C'est trop. Je peux plus respirer et faire semblant.
     Bruce reste planté là quelques secondes en me regardant, sans savoir quoi faire. Juste avant de me prendre dans ses bras pour me rassurer. Pour me dire que tout se passera bien. Je peux m'effondrer dans ses bras, je peux m'écrouler contre lui.
     Je me laisse aller, parce qu'il ne me reste plus que ça. Plus je lis ce maudit journal, plus je découvre ma sœur. Et plus elle terrorise mon cœur. Plus je la déteste. Alex, mon frère, avait raison. Ma sœur était une égoïste.
     Peut-être que c'est la sensation de ne plus rien contrôler qui me fait péter un câble. Je me bats contre tout, contre moi-même et surtout contre lui. Bruce agrippe mes poignets pour m'empêcher de me faire du mal avec les bibelots qui traînent chez lui. Il me plaque contre son torse d'une force impressionnante, me demande me calmer, mais impossible.
Quand la folie s'empare de nous, nous avons du mal à l'arrêter.
Bruce plante une aiguille dans mon cou, m'administre un tranquillisant.
- Ça va aller, murmure-t-il. Je suis là.
Je devrais garder le sourire et me dire qu'il y a pire. Mais je ne vois pas ce qui pourrait avoir de pire que de savoir que ta sœur morte te détruit. Même dans l'au-delà elle fait des ravages. Si elle savait ma haine, ma colère.
J'aimerais me tirer d'ici, ne jamais revenir. Je partirai. Je partirai loin d'ici et je recommencerai ma vie. Je ferai semblant d'être une autre tout en étant la véritable moi, au final, une chapardeuse.
- Ta douleur est belle, mais ne la laisse pas te détruire, dit Bruce avant que je ne ferme les yeux.

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